À 8 ans, Magdeleine Vallières Mill a reçu à Noël un vélo de son père. Il lui a fait une proposition pour l’été suivant : on ira visiter ta mère à vélo. Ils habitent Sherbrooke. Elle vit à Carleton-sur-Mer, en Gaspésie.

Publié le 12 mai
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

« C’est 1000 kilomètres. On est partis avec nos bagages quand j’avais 9 ans et on s’est rendus là-bas en neuf jours. C’est comme ça que j’ai eu la piqûre.

« La plus grosse journée, on a roulé 135 kilomètres. On partait du camping le matin vers 7 h et on arrivait à 7 h le soir. Ça nous prenait toute la journée, mais c’est vraiment de beaux souvenirs que je conserve avec mon père. Je recommande à n’importe quel parent de faire ça avec son enfant. »

Dix ans plus tard, Magdeleine Vallières Mill raconte cette anecdote depuis le campeur de l’équipe EF Education-Tibco-SVB, qui vient de partir de Pampelune, dans le Pays basque espagnol.

Cent trente-cinq kilomètres, donc, soit dix de moins que ce qu’elle vient de franchir dans le cadre de la classique élite féminine de Navarre. La journée s’est déroulée à merveille. Sa coéquipière américaine Veronica Ewers s’est imposée en solo après avoir largué ses trois partenaires d’échappée. Vallières Mill, elle, a fini 11e à 3 min 52 s, son meilleur résultat à vie dans la catégorie senior.

« C’est aussi mon premier podium, je suis la première U23 aujourd’hui, c’est vraiment cool, s’est réjouie la jeune femme de 20 ans. On avait vraiment une bonne équipe. On était trois filles d’EF dans le groupe derrière. C’était vraiment le scénario parfait parce qu’on n’avait pas besoin de travailler. »

Vallières Mill est l’une des quatre Canadiennes et la seule Québécoise à faire partie d’une équipe du WorldTour, un plateau composé de 14 formations et 157 coureuses.

Comment en est-elle arrivée là à un si jeune âge ? En écrivant un courriel à quelques équipes qui l’intéressaient, dont Tibco Silicon Valley Bank (SVB), qui détenait une licence continentale (deuxième division).

« Je les avais vues courir. Elles faisaient de belles courses, elles étaient super fortes et l’ambiance semblait bonne. C’est aussi une équipe américaine. Ça peut être un peu plus difficile dans une équipe européenne parce que la mentalité n’est pas la même. »

Elle a eu une conversation téléphonique avec la directrice générale, la Britannique Rachel Hedderman, qui lui a fait parvenir un contrat peu après. À l’étonnement de la Québécoise, Education First (EF) s’était joint à l’aventure et faisait passer la formation au niveau WorldTour.

« Ç’a été une surprise. C’est vraiment fou ! J’ai découvert ça carrément en recevant le contrat. J’ai fait le saut ! C’est une très belle occasion pour moi. »

Centre mondial du cyclisme

Enfant de la balle, Vallières Mill a passé son secondaire dans le programme sport-études à l’école du Triolet, à Sherbrooke. Avant de se consacrer à la route, il y a deux ans, elle a surtout pratiqué le cyclocross et le vélo de montagne. En 2019, elle a d’ailleurs pris part aux Championnats mondiaux juniors dans les trois disciplines.

Double championne nationale junior sur route, elle a pris le 10e rang du contre-la-montre aux Championnats du monde de 2019.

Elle a ensuite passé deux années avec l’équipe du Centre mondial du cyclisme. Établi à Aigle, en Suisse, ce programme est financé par l’Union cycliste internationale (UCI) pour favoriser le développement du sport.

Avec l’aide de Cyclisme Canada, elle avait participé à un camp d’identification sur place, où elle avait réalisé le meilleur temps sur une montée de 20 minutes. Hébergée dans une résidence près du siège social de l’UCI, elle a côtoyé des coureuses des quatre coins du monde.

Ça m’a ouvert plein de perspectives sur les différentes cultures et ce qui se passe dans le monde. Je ne changerais pas ces deux années. J’ai beaucoup appris.

Magdeleine Vallières Mill

Son seul regret est d’avoir peu couru en 2020 et 2021, en pleine pandémie. Elle est servie avec EF. La maladie et le virus de la COVID-19 n’ont pas épargné ses coéquipières, ce qui lui a donné plusieurs départs imprévus.

Après sa prometteuse 31e place aux Strade Bianche, elle a pris part à plusieurs grandes classiques du WorldTour. Dans les deux derniers mois, elle s’est alignée sur l’Amstel Gold Race (90e), Paris-Roubaix (74e), la Flèche Wallonne (42e) et Liège-Bastogne-Liège (63e), où elle s’est glissée dans une échappée.

Ses faits saillants ? La victoire de sa coéquipière Ewers à la dernière étape du Ceratizit Festival Elsy Jacobs, au Luxembourg, la semaine dernière.

« Je n’ai jamais été aussi excitée de toute ma vie, a dit Vallières Mill. Ç’a été le moment le plus spécial au niveau de l’équipe. J’étais tellement contente ! »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @MAGDELEINEVALLIERES

Magdeleine Vallières Mill pendant le prologue du Ceratizit Festival Elsy Jacobs, au Luxembourg

Sur le plan personnel, elle retient sa prestation sur les Strade Bianche, spectaculaire épreuve italienne disputée en partie sur des routes de « poussière » blanche.

« Je me sentais très à l’aise dans la gravelle et j’avais de bonnes jambes. Le seul problème a été mon positionnement au moment d’entamer l’avant-dernier secteur de gravelle. Je pourrais sûrement mieux faire si j’y retournais. Ça m’a motivée de savoir que j’étais capable d’être dans le groupe en avant et de ne pas juste souffrir et subir la course. »

Magdeleine Vallières Mill cherche encore à se définir comme athlète : « L’objectif de l’équipe pour moi, c’est surtout de prendre de l’expérience et de découvrir quel type de coureuse je suis. »

De vendredi à dimanche, la résidante de Gérone s’alignera sur le Tour du Pays basque, un triptyque de niveau WorldTour. Après une autre semaine de courses en Espagne, elle tournera ses yeux vers le Tour de Suisse, en juin, et le Giro féminin, en juillet.

Le petit vélo de Noël l’aura menée loin.

Ça roule pour elle

Comme si elle n’était pas assez occupée, Magdeleine Vallières Mill est également copropriétaire d’une toute nouvelle boutique de vélo à Sherbrooke. Son nom : Qui Roule. Son mandat : offrir « une prise en charge complète et avant-gardiste pour l’achat et l’entretien de vélos électriques, de route, de gravelle et de montagne ». Son père Stéphane Vallières, l’ancien coureur et expert brasseur Pierre-Olivier Boily et Jonathan Gaudreault sont ses partenaires. Pour avoir des nouvelles de Magdeleine sur le circuit européen, c’est l’endroit tout désigné.