« À quel point la route impossible est-elle impossible ? »

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

C’est la question que le cycliste montréalais Charles Ouimet s’est posée avant de se lancer le défi de faire l’ascension à vélo de l’« Impossible Route » – ou la Route impossible en français –, située à Hawaii.

Ladite route, dont le nom inspire peu confiance, est asphaltée du niveau de la mer jusqu’au sommet du volcan Mauna Kea.

D’une distance totale de 68 km, elle comporte 4200 mètres d’altitude. Notre protagoniste, qui n’a visiblement peur de rien, a également opté pour la route optionnelle en gravier, qui compte 40 km et 600 m de dénivelé supplémentaires. On parle ici de la route en gravier la plus difficile au monde.

Comme si ce n’était pas assez, il en a profité pour produire son premier long métrage, Ocean to Heaven, dont la sortie est prévue vendredi sur sa chaîne YouTube.

C’est ma première grande aventure documentée dans le monde du cyclisme.

Charles Ouimet

Par le passé, Charles Ouimet a coursé plusieurs années dans le circuit de la Coupe du monde de planche longue (longboard). En 2016, à la recherche d’un sport accessible qu’il pouvait pratiquer plus localement, il a découvert le vélo. Quatre ans plus tard, en 2020, il a lancé sa chaîne YouTube, qui compte déjà plus de 17 000 abonnés.

C’est en septembre dernier qu’il s’est envolé pour Hawaii avec sa copine. Initialement, l’idée était seulement de faire un voyage de vélo en couple, donc de parcourir 50 km par jour.

« Dans la préparation, je trouvais qu’il me manquait un défi, quelque chose de légendaire, qui n’avait pas été fait. C’est là que je me suis rappelé un autre youtubeur. »

Ce youtubeur, c’est The Vegan Cyclist, ou Tyler Pearce de son vrai nom. C’est lui qui a créé l’Impossible Route en 2020.

« J’ai joint Tyler, on se parle sur les réseaux sociaux, raconte l’athlète de 28 ans. Il était vraiment content que je sois la seule personne autre que lui et son partenaire à aller faire la route. C’est même comme ça que le film commence. C’est moi qui me demande : “À quel point la route impossible est-elle impossible ?” »

L’aventure

La grande ascension a eu lieu le 23 septembre. Fort de ses 13 000 km de vélo accumulés depuis le début de la saison cette année, Charles Ouimet l’avait organisée comme il se doit. Il a demandé l’aide d’un ancien professionnel maintenant guide à Hawaii, Chris DeMarchi, qui l’a accompagné à vélo. Un local, Dan, se chargeait de conduire le véhicule qui les suivait, tandis que son ami Julian était le vidéaste et sa copine, Gabrielle, s’assurait qu’ils se nourrissent adéquatement.

PHOTO FOURNIE PAR CHARLES OUIMET

Chris DeMarchi et Charles Ouimet

On a dit plus haut que la route optionnelle était en gravier. Cela signifie qu’elle est faite de roches, de cratères, de sable et de pentes abruptes du début à la fin. « Même par la route pavée, 60 % des clients de Chris [DeMarchi] ne la finissent pas. Ç’a vraiment été tout un challenge. »

Comme on le devine, la Route impossible n’offre pas de cadeau. Pour les deux premiers kilomètres, le cycliste devait emprunter « la route la plus à pic pavée des États-Unis », qui mène de la plage au haut d’une côte.

« Ce qui est fou là-dedans, c’est qu’on part pour une journée de 11 heures, mais le premier 10 minutes, c’est un effort maximum, poursuit-il. Sur une journée d’endurance, tu veux être le plus constant possible dans ton effort, dépenser le moins d’énergie. Là, la journée part avec du 20 % à 30 % à pic pendant plus de 1,5 km. »

Une fois les difficiles premières minutes passées, les routes de champs abruptes et de quatre roues mal entretenues se succédaient. Plus il montait sur le volcan, plus l’altitude se faisait sentir.

Passé les 2000 m d’altitude, il y a de moins en moins d’oxygène, ce qui fait que les muscles ont de moins en moins de puissance pour pousser. […] C’est complètement débile.

Charles Ouimet

« Les odeurs sont incroyables, continue-t-il. Plus on monte, plus la végétation change. En montant sur le volcan, il y a de moins en moins d’arbres jusqu’à ce qu’on se croie sur Mars à un moment donné en arrivant en haut, avec les télescopes de la NASA. »

Après 11 h 39 min de vélo, Ouimet est arrivé au sommet du volcan avec le sourire et, étonnamment, encore de la force dans les jambes – merci l’adrénaline. Il est le troisième à réussir l’exploit. « Je ne sais pas comment j’y suis arrivé », a-t-il confié.

« Avant même que j’aie donné un coup de pédale, je me suis dit : “Je vais finir, peu importe ce qui arrive. Qu’il y ait des blessures ou non, je dois trouver une façon de terminer.” Tout au long de la journée, c’était ma seule motivation. C’était juste de gérer l’effort pour optimiser les chances de réussir. »

Le film

Dans la vie de tous les jours, Charles Ouimet est photographe et vidéaste professionnel. En plus d’être le protagoniste d’Ocean to Heaven, il a trouvé lui-même tous ses commanditaires, géré les communications et la préproduction, s’est chargé du montage et de la distribution. Au total, il a consacré plusieurs centaines d’heures au projet.

PHOTO FOURNIE PAR CHARLES OUIMET

Le volcan Mauna Kea

« C’est un peu un statement : avec un petit budget, des commanditaires, j’ai réussi à faire un film de qualité que je distribue moi-même. […] Je me suis dit que je n’allais pas attendre après les autres, les médias traditionnels. Je vais le faire moi-même. Je le fais pour moi, et on verra ce qui arrive. »

Le film présente toute l’histoire de ce grand défi que le cycliste s’est lancé sous le chaud soleil d’Hawaii. Il est ponctué de moments drôles, émotifs et haletants.

« Tout ce qui se passe dans le film, c’est vraiment ce qui est arrivé, note-t-il. Il n’y avait pas de script, de moments planifiés. Ç’a vraiment juste été de trouver les bons moments au montage, de couper les bonnes choses. »

C’est d’ailleurs à la toute fin du film qu’il annonce sa prochaine aventure, qu’on se garde de dévoiler…

Regardez la bande-annonce du film Ocean to Heaven