Le cycliste Hugo Houle rejoint ses amis Guillaume Boivin et Michael Woods chez Israel Start-Up Nation

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Hugo Houle s’alignera l’an prochain pour l’équipe Israel Start-Up Nation, a annoncé la formation israélo-canadienne mercredi.

Le cycliste de Sainte-Perpétue s’amène avec le Danois Jakob Fuglsang, un ami avec qui il a disputé les quatre dernières saisons sous les couleurs d’Astana-Premier Tech.

Dévoilée l’avant-veille de la date limite de fermeture des effectifs par l’Union cycliste internationale, cette nouvelle arrive comme une surprise.

Houle et Fuglsang devaient rouler ensemble dans l’équipe australienne BikeExchange, à laquelle se joindrait la multinationale québécoise Premier Tech, en rupture avec Astana, avait annoncé le site spécialisé Cyclingnews le mois dernier.

Les pourparlers entre les deux parties ont achoppé, provoquant le départ du duo chez Israel Start-Up Nation (ISUN), copropriété du milliardaire d’origine montréalaise Sylvan Adams.

C’est Jean Bélanger, actionnaire majoritaire et PDG de Premier Tech, qui a négocié l’arrivée des deux coureurs, sans avoir pris de participation ni de commandite chez ISUN. Tant Houle que Fuglsang ont obtenu un contrat de trois ans, une durée rare dans le WorldTour.

Houle sera donc coéquipier de Guillaume Boivin, Michael Woods et Chris Froome à partir de la saison prochaine. Le Montréalais James Piccoli et l’Ontarien Alex Cataford font également partie de l’effectif de l’équipe du WorldTour.

PHOTO GIAN EHRENZELLER, ARCHIVES KEYSTONE

Guillaume Boivin

« Je suis très heureux », a réagi Houle depuis Monaco au moment où la nouvelle était dévoilée, mercredi midi.

« C’est le meilleur des mondes. Je rejoins mes chums canadiens dans l’équipe, surtout Mike et Guillaume avec qui j’ai eu la chance de courir aux Jeux olympiques. On a eu beaucoup de plaisir, ce sont des gars que je connais bien. »

Dix ans plus tôt, Houle et Boivin ont roulé ensemble chez SpiderTech, une équipe pro continentale canadienne dirigée par Steve Bauer.

« Le fait d’être plusieurs Canadiens nous procurait beaucoup de plaisir, s’est souvenu Houle. On n’était certainement pas au niveau où on est aujourd’hui, mais cet esprit de fraternité, d’avoir une gang de coureurs qui se tiennent ensemble, qui se respectent, ça n’a pas de prix. J’ai rarement retrouvé ça dans des équipes professionnelles par la suite. »

L’homme d’affaires Sylvan Adams faisait partie des donateurs de SpiderTech à l’époque. L’arrivée de Houle est pour lui toute naturelle.

« C’est une chose qui se discutait, mais il fallait que les circonstances soient propices pour que les deux coureurs signent avec nous », a signalé Adams depuis Israël, où il réside depuis quelques années. « Pour moi, c’est une très bonne nouvelle. Je suis très heureux d’accueillir le Canadien Hugo Houle, que je connais de très longue date. »

M. Adams, coureur maître de très bon niveau, a raconté l’époque où il partait en échappée avec Houle, encore junior, dans une série de courses du jeudi soir à Saint-Rémi, sur la Rive-Sud de Montréal.

« Il y avait des sprints à tous les tours et Hugo me battait chaque fois. Il faisait les trois quarts du travail et je lui donnais quelques relais. À la fin de la course, il gagnait et moi, je finissais deuxième, mais champion des maîtres de tous les âges ! On a donc fait une bonne équipe ensemble. »

« Je prendrais tous les Canadiens »

L’arrivée de Houle porte à cinq le nombre de Canadiens chez ISUN, ce qui en fait la nationalité la plus représentée devant Israël. « Personnellement, je prendrais tous les Canadiens du WorldTour, a dit Adams. Leur famille est chez nous. »

Houle, 31 ans, a passé les cinq premières saisons de sa carrière en Europe avec la formation française Ag2r La Mondiale. « C’était plus la découverte. Je ne connaissais personne dans l’équipe. C’était aussi un choc culturel, je n’étais pas habitué d’être en Europe. J’ai dû m’adapter et j’ai beaucoup appris. »

Avec Astana, où il a couru pendant quatre ans, le Québécois a participé à trois Tours de France, s’établissant comme l’un des bons coéquipiers du peloton, en particulier auprès de Fuglsang, qu’il côtoie à Monaco.

PHOTO MARCO BERTORELLO, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Jakob Fuglsang

« L’équipe était plus internationale, avec d’autres cultures, beaucoup d’Espagnols, d’Italiens. Maintenant, je parle pratiquement italien. J’ai appris à évoluer à travers ce mélange de cultures. »

Ayant un contrat avec Astana jusqu’en 2022, Houle a annulé la dernière année de l’entente dans la foulée du départ du copropriétaire Premier Tech. Bélanger était en désaccord avec Astana sur la gestion et la direction de l’équipe et surtout sur le statut du manager sportif Alexandre Vinokourov, suspendu avant le dernier Tour de France.

« Avec Astana, on a été souvent leaders de grandes courses, a souligné Houle. J’ai un bon bagage d’expériences que je peux partager. Je suis un bon petit coureur polyvalent qui peut être très utile à l’équipe dans des grands tours. Être présent dans les étapes de transition quand les effectifs des équipes sont réduits, par exemple. »

Houle pense ressentir un sursaut de motivation en se joignant à une nouvelle organisation, tant pour les coureurs que parmi le personnel dont il connaît déjà plusieurs membres.

« Je veux montrer que je suis capable de prendre ma place, de faire de belles performances. Je vais avoir à me justifier de nouveau auprès de mes pairs. »

C’est stimulant de refaire sa place dans un nouvel environnement. Ça nous met au défi. Ça va me crinquer un peu pour l’année prochaine.

Hugo Houle

Boivin, qui vient de terminer 9e de Paris-Roubaix, ne pouvait recevoir meilleure nouvelle à l’entame de ses vacances.

« Ce n’est pas n’importe quel coéquipier, c’est Hugo. C’est un de mes meilleurs chums avec qui j’ai partagé plusieurs beaux moments cette année. J’ai hâte qu’il soit mon compagnon de chambre. On va pouvoir parler québécois ! En plus, il arrive avec Jakob Fuglsang, un super bon gars qui est l’un des meilleurs coureurs au monde. »

Fuglsang pourra remplacer le puncheur irlandais Dan Martin, qui a pris sa retraite après le Tour de Lombardie samedi.

Personnel et collectif

À l’instar de Boivin, Houle aura l’occasion de s’illustrer sur le plan personnel tout en soutenant le collectif, a souligné Sylvan Adams.

« Je suis sûr qu’Hugo va livrer la marchandise, a annoncé le grand patron. C’est un vrai pro. D’ailleurs, je considère qu’Hugo et Guillaume se ressemblent beaucoup. On a vu comment Guillaume était fort à Paris-Roubaix et aux Championnats du monde (17e). Les deux peuvent faire des résultats en plus de leur travail comme coéquipiers. »

Houle veut « saisir les opportunités » qui se présenteront. « J’espère être capable de continuer à hausser mon niveau comme j’ai su le faire au fil des 10 dernières années. »

Jean Bélanger, de Premier Tech, a toujours l’intention de maintenir son engagement dans le vélo, spécifiquement dans le WorldTour. Est-ce que ça se concrétisera chez Israel Start-Up Nation ?

« Il n’y a pas d’entente formelle, a précisé Sylvan Adams. J’espère que ça fonctionne parce que j’ai un très grand respect pour Jean et aussi pour sa maison, Premier Tech, qui est une entreprise de calibre. Ce serait un très bon commanditaire pour n’importe quelle équipe. Je serais très heureux et très fier que ce soit avec nous parce que deux Québécois, c’est naturel que nous soyons ensemble. »

Avec Chris Froome

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Chris Froome

Hugo Houle a croisé Chris Froome à quelques reprises en roulant autour de Monaco. Il a très hâte de côtoyer le quadruple vainqueur du Tour de France. « Je n’ai entendu que de bonnes choses sur l’individu. C’est quelqu’un de super sympathique, très respectueux, très humble malgré son énorme palmarès. Quand tu gagnes autant de fois le Tour de France, c’est clair que tu comprends très bien la course. Il pourra nous apporter de bons conseils. »