Après deux années très difficiles avec une équipe espagnole, Gabrielle Pilote Fortin était pratiquement disparue de la carte cycliste. Grâce à un contrat inattendu avec la nouvelle formation féminine Cofidis, elle rebondira dans le peloton du WorldTour à partir de la saison prochaine.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

La cycliste de 28 ans était dans un train entre Louvain et Bruxelles lundi après-midi. La semaine dernière, elle a assisté aux Championnats du monde en Flandres. Pas comme coureuse, comme en 2019. Elle détenait plutôt une accréditation de l’équipe danoise, gracieuseté de son chum Kasper Asgreen, vainqueur du Tour des Flandres.

« J’ai raté ma chance au Tour des Flandres. Je ne voulais pas encore regarder la course en Andorre et me rendre compte que Kasper avait un bon résultat ! Surtout, je n’avais rien à mon programme de course cette semaine. J’avais l’occasion de venir comme touriste, c’est quand même le fun. »

PHOTO FOURNIE PAR GABRIELLE PILOTE FORTIN

Gabrielle Pilote Fortin avec son copain, le cycliste danois Kasper Asgreen

Avec un œil sur son sac de vélo qui bloquait un peu le passage dans le train, Pilote Fortin a raconté comment cette entente d’un an avec Cofidis est tombée du ciel.

« Je n’ai absolument rien fait de toute l’année et c’est l’un des contrats qui sont arrivés le plus facilement dans ma carrière. Ce n’est pas quelque chose que j’avais anticipé. »

Litige

Embauchée en 2020 par la formation espagnole Massi Tactic, la Québécoise n’a pratiquement pas couru cette saison. Sans salaire depuis sa participation au Ceratizit Challenge by La Vuelta, en novembre 2020, elle savait qu’elle quitterait l’équipe, qui refusait de l’inscrire à des compétitions en raison d’un litige contractuel.

À part une épreuve en Espagne et une autre aux Pays-Bas, elle a « benché » cette saison, résume-t-elle.

Dans les circonstances, celle qui s’est installée en Europe en 2014 se préparait à devoir mettre un terme à sa carrière, à contrecœur. Au fait de son histoire, la coureuse française Audrey Cordon-Ragot, une amie, a suggéré sa candidature au responsable du recrutement pour Cofidis, Gaël Le Bellec. Celui-ci l’a contactée au printemps.

« Je n’avais pas grand-chose à cacher, pour être vraiment franche. À ce moment-là, je pensais déjà quitter Massi Tactic sans savoir si je pourrais trouver une équipe pour le restant de cette année. Ils m’ont dit : “Ça ne nous gêne pas, on a confiance dans le fait que tu vas trouver une façon d’arriver compétitive en 2022, même si tu n’as pas nécessairement fait un programme normal de compétitions.” »

Avant même la mise en activité de l’équipe, Cofidis a embauché Pilote Fortin dès cette année pour lui offrir du soutien et de l’équipement. Composée de 10 coureuses, la formation a pour le moment une licence continentale (deuxième division). En revanche, les conditions salariales seront équivalentes à celles des WorldTeams, a indiqué la native de Neuville, dans la région de Québec. Le calendrier sera à l’avenant.

Cofidis a déjà une grosse équipe masculine et commandite la majorité des courses en Europe. Trouver des invitations à des courses WorldTour ne sera pas un problème.

Gabrielle Pilote Fortin

A priori, Pilote Fortin visera les classiques du printemps, qui l’emballent, et l’enchaînement Giro-Tour de France.

« Le Tour de France est le grand objectif de l’équipe. Le programme sera fait pour qu’on y soit les plus performantes. Le Tour commence le lendemain de l’arrivée des hommes. Il y a quelques jours entre la fin du Giro et le début du Tour. Je vais participer aux deux, ça va me faire comme un grand tour de 21 jours. »

Sur le plan de la rémunération, son arrivée chez Cofidis lui permettra de toucher « quelques milliers » d’euros de plus que le salaire minimum français (le salaire plancher dans le WorldTour) en plus des bourses de courses.

« Un rôle majeur »

Pilote Fortin, qui a passé trois ans dans le WorldTour avec Cervélo-Bigla et WTN Rotor, devrait tenir le rôle de capitaine de route. Elle a d’ailleurs été surprise et flattée d’être consultée par Le Bellec pendant qu’il construisait son effectif.

« Elle a connu de nombreuses cultures différentes grâce à sa trajectoire et aux équipes dans lesquelles elle a évolué, a indiqué Le Bellec dans le communiqué dévoilant la formation. Gabrielle aura un rôle majeur pour contribuer à la cohésion de l’équipe et à solidifier les liens entre toutes ses coéquipières. »

À part deux vétéranes, dont l’Australienne Rachel Neylan, vice-championne mondiale en 2012, les futures porte-couleurs de Cofidis sont plutôt jeunes. À 28 ans, Pilote Fortin est au troisième rang des plus âgées.

« Honnêtement, je suis surprise qu’ils aient pu embaucher Rachel. Ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas été performante, mais elle a eu une super course aux Championnats du monde (24e). C’est motivant de voir qu’une des leaders de l’équipe marche fort en ce moment. Les jeunes Françaises sont aussi très prometteuses. Cédrine Kerbaol a fini troisième à ses championnats nationaux de contre-la-montre. Pernille Mathiesen, une Danoise, est vraiment forte aussi. »

Quinzième aux championnats canadiens de Saint-Georges, où elle n’avait pas le « snap » pour suivre l’attaque de la future gagnante Alison Jackson, Pilote Fortin tient la forme en participant à des épreuves de vélo de montagne et à un gran fondo en Italie.

On devine son cœur plus léger de savoir qu’elle pourra enfin épingler un dossard l’an prochain.