En grande forme et très motivé, le nouveau champion canadien Guillaume Boivin vise un beau résultat aux Championnats du monde de la Flandre, où le parcours de la course sur route de dimanche lui va comme un gant.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Guillaume Boivin a étrenné avec « grande fierté » son maillot de champion canadien à la Primus Classic, samedi dernier, en Belgique.

Bien visible dans sa tunique rouge et blanc, qu’il a lui-même sélectionnée, le représentant d’Israel Start-Up Nation s’est retrouvé en tête de peloton avec une cinquantaine de kilomètres à faire.

Dans sa roue, Julian Alaphilippe préparait une attaque. Le Français roulait pour la dernière fois dans son maillot irisé de champion mondial avant de le remettre à l’enjeu, dimanche, entre Anvers et Louvain.

Boivin y sera aussi. Sans l’ambition de succéder à Alaphilippe, mais avec le souhait de se glisser parmi les 10 premiers à l’issue de l’épreuve de 268,3 km (sans compter les 8 km de départ contrôlé). « J’en serais vraiment très heureux », a-t-il lancé en début de semaine.

À son sixième départ à la course sur route des Championnats du monde (35e en 2017 en Norvège), l’athlète de 32 ans n’a jamais eu une aussi belle occasion de s’illustrer.

Après un gros été consacré à ses baptêmes au Tour de France et aux Jeux olympiques, les jambes sont encore là. Son échappée solo de 50 km, vers son troisième titre national en Beauce le 11 septembre, en témoigne. Le parcours de ces Mondiaux, à travers monts pavés et routes étroites en Belgique, ne lui a jamais autant convenu.

PHOTO VINCENT DROUIN, FOURNIE

Guillaume Boivin a remporté la course sur route des Championnats canadiens, le 11 septembre dernier, à Saint-Georges, en Beauce.

Je suis tellement heureux et fier de ma saison que tout ce qui s’en vient, c’est en bonus. En même temps, après 11 ans dans le peloton, je le sens que je suis en forme. C’est une occasion qui ne se représentera peut-être pas pour moi. Je suis en santé, ça va bien, je vais essayer de la saisir.

Guillaume Boivin

Logiquement, Boivin sera l’un des deux coureurs protégés de l’équipe canadienne avec Hugo Houle. Le vétéran Antoine Duchesne (6e sélection), l’Ontarien Benjamin Perry (2e) et les recrues Pier-André Côté et Nickolas Zukowsky les accompagneront*.

« On a une équipe très forte, a affirmé Boivin. Par contre, personne ne s’attend à nous voir contrôler la course ou à être là dans le final. C’est un heureux mélange. Si on fait extrêmement bien, tout le monde va être super content. Sinon, ce n’est pas la fin du monde. »

Le parcours, qui comprend deux circuits, empruntera quelques-uns des bergs (monts pavés) franchis durant la Primus Classic. Boivin s’y est montré à son avantage samedi dernier. Avec 45 km à faire, il a imposé le tempo dans le Moskesstraat, créant une première sélection. Il a ensuite réagi à une offensive du Belge Yves Lampaert, l’un des nombreux chevaux de course de l’écurie Deceuninck-Quick-Step.

« C’est là que [Mathieu] Van der Poel et Alaphilippe ont attaqué, a noté Boivin, 42e à l’arrivée. J’avais besoin de souffler deux, trois secondes. Malgré les deux efforts que je venais de faire, je n’étais pas loin de pouvoir retourner avec eux. J’ai vraiment confiance en ma forme. »

Le Québécois s’attend à un scénario différent de celui des Mondiaux traditionnels, où la victoire se joue généralement dans le dernier tour. Il prévoit que les « puncheurs » comme Wout van Aert, Alaphilippe et Van der Poel voudront « faire tout exploser quand même assez loin de la ligne ».

Hugo et moi, on va se parler dans le final. Il va falloir sentir un peu comment ça va. Et ensuite, quand les grosses équipes vont mettre le gaz au fond, baisser la tête et suivre.

Guillaume Boivin

Dans un monde idéal, un groupe de « 30 ou 40 » hommes se rendront ensemble jusqu’à l’arrivée, où Boivin chercherait la « bonne roue ».

Avant de connaître les détails de la réunion d’équipe, Houle convenait de l’à-propos de donner « une certaine responsabilité à Guillaume » : « Il est en forme, c’est son genre de profil. Si je peux lui filer un coup de main, ça va me faire plaisir. Je serai aussi opportuniste. S’il y a quelque chose à faire, je vais le faire. »

Dans une épreuve qui s’annonce « très technique » et « exigeante », les plus jeunes « auront peut-être un coup à faire à prendre l’échappée du jour », selon Houle, soulignant que le Canada « ne sera pas surveillé ».

Zukowsky, 14e au Grand Prix de Denain mardi, ne demanderait pas mieux que d’avoir le « feu vert » pour tenter sa chance. « Dans un championnat comme ça, c’est très rare que l’échappée aille jusqu’au bout. Mais ça peut être un tremplin pour avoir une longueur d’avance sur la course qui s’émiette derrière. Si Guillaume, Antoine ou Hugo font la jonction ensuite, on est là pour les aider. »

* La présence de six partants – plutôt que les trois ou quatre habituels – est attribuable aux nombreux points accumulés par Michael Woods dans la dernière année, ont souligné les membres de l’équipe qui n’ont pas manqué de le remercier. Sur un terrain qui ne lui est pas favorable, le grimpeur d’Ottawa a préféré se réserver pour les classiques italiennes.

L’au revoir de Canuel

Karol-Ann Canuel disputera samedi la dernière course de sa carrière aux Championnats du monde en Flandres. Elle sera accompagnée de Leah Kirchmann et de la nouvelle tenante du titre national, Alison Jackson. « On est seulement trois cette année, a relevé la Québécoise après son 13rang au contre-la-montre lundi. On est habituées à être six. On devra jouer nos cartes comme il faut et être assez intelligentes. Sur un parcours comme ça, tout peut arriver. Il faut rester positives. » La Néerlandaise Anna van der Breggen, championne en titre, doit y disputer la dernière course de sa glorieuse carrière.

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La présence de cinq Québécois au départ de la course sur route élite masculine est un sommet de mémoire récente, selon le directeur général de la fédération québécoise, Louis Barbeau.