C’était corvée de rangement pour Michael Woods à la première journée de repos à la Vuelta, lundi. Après six jours de course, de transferts et de météo exécrable, il était temps de remettre de l’ordre dans les valises.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

La veille, le cycliste d’Ottawa était arrivé à la station de ski Aramón Formigal encore vêtu de son coupe-vent et de ses gros gants.

« C’est vraiment rare que tu termines une course en haute montagne avec tes gants et ton manteau, a-t-il fait remarquer au téléphone lundi. Même s’il fait froid, tu les enlèves parce que ça ajoute du poids. Pendant la course, mon directeur sportif Ken Vanmarcke est venu à mes côtés et m’a dit : ‟Donne-moi ton manteau.” Je lui ai répondu : ‟Non, j’ai trop froid !” »

Deuxième de cette sixième étape, Woods avait encore « un peu de regrets » sur l’issue de la course. Les frères Ion et Gorka Izagirre, de l’équipe Astana, ont parfaitement usé de leurs liens filiaux dans l’échappée de 21 coureurs pour se sauver avec la victoire.

« Ce ne sont que des regrets avec le recul, a précisé le Canadien d’EF Pro Cycling. C’est tellement dur de battre les Izagirre. Dans des conditions comme ça et sous la pluie, ils font partie des meilleurs coureurs au monde. Ils viennent du Pays basque. Ils ont l’habitude de descendre sur la chaussée mouillée. Avec les deux dans une échappée, c’était presque une course pour la deuxième place. »

Arrivé à 25 secondes d’Ion, qui enlevait une étape dans un troisième grand tour après ses succès en France et en Italie, Woods a réglé au sprint le Portugais Rui Costa, ex-champion mondial. Comme quoi toutes les conditions étaient réunies, ou presque, pour qu’il puisse répéter son exploit du Tour d’Espagne 2018, où il s’était imposé au Balcón de Bizkaia.

Cette deuxième place était d’autant plus crève-cœur que Woods pensait effacer un début de Vuelta catastrophique, marqué par sa chute à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée de la première étape, mardi dernier.

Sans conséquence sur le plan physique, l’incident lui a fait perdre plus de 18 minutes et a ruiné ses chances au classement général, son principal objectif.

Sa forme avant sa chute était l’une des meilleures de sa vie. Mike était là pour le classement général, comme Dan Martin. Ils étaient à peu près au même niveau.

Paulo Saldanha, entraîneur personnel de Michael Woods, qui est aussi directeur de la performance de la formation Israel Start-Up Nation

Gagnant de la troisième étape, l’Irlandais Dan Martin d’Israel Start-Up Nation occupe le troisième rang du général, à 20 secondes du meneur, l’Équatorien Richard Carapaz (Ineos). Le Britannique Hugh Carthy, coéquipier de Woods chez EF, est deuxième, à 18 secondes.

Forcé de se tourner vers les victoires d’étape, Woods ne cache pas une certaine lassitude à la fin d’une « année folle ». En janvier, il est devenu père d’une fille, Maxine. Un mois et demi plus tard, à la veille du Grand Confinement mondial, il s’est fracturé le fémur droit en chutant dans une descente à la cinquième étape de Paris-Nice.

Après une opération qui lui a laissé une tige dans la jambe, il a profité de l’arrêt des courses pour recouvrer totalement ses capacités. Au milieu de tout ça, il a déménagé en Andorre. Peu après la reprise, il a appris, à sa grande déception, qu’il n’était pas choisi pour faire le Tour de France. Il a refusé de mettre cette non-sélection sur le compte de sa décision de porter les couleurs d’Israel Start-Up Nation à partir de l’an prochain.

Sur le vélo, le médaillé de bronze des Mondiaux 2018 a enchaîné les bonnes courses : victoire d’étape et maillot de meneur pendant deux jours à Tirreno-Adriatico, 12e aux Championnats du monde d’Imola, 3e à la Flèche Wallonne et 7e à Liège-Bastogne-Liège.

J’ai de bonnes jambes, mais c’est la fin de la saison et c’est dur mentalement chaque jour. J’étais un peu déçu après la première étape parce que j’étais venu chercher un beau résultat au classement général. Je ne pourrai pas à cause de la chute, alors je veux gagner une étape. Mais je veux aussi prendre du repos après !

Michael Woods

La résurgence de la propagation de la COVID-19 en Espagne ajoute au stress ambiant. Le gouvernement vient de décréter un état d’urgence sanitaire et un couvre-feu de 23 h à 6 h dans presque tout le pays.

« On n’est pas certains que la course ira jusqu’au bout, a admis Woods. On doit d’abord attendre les résultats de notre test [de dimanche] de la COVID. Les organisateurs font tout ce qu’ils peuvent pour nous protéger. C’est un peu bizarre quand on se rend au départ des étapes : les rues sont vides, les bars et les restos ne sont pas occupés. C’est différent d’une Vuelta normale. »

Disposé à aider Carthy quand la situation l’exigera, Woods continuera de « chasser les étapes ». Les deux prochaines à l’horaire, mardi vers Valdegovia et mercredi vers Moncalvillo, sont d’ailleurs taillées pour un puncheur comme lui. De quoi mettre bon ordre à un faux départ.