Avec le vent qui soufflait de la mer du Nord, il fallait tenir le guidon serré pour rester sur son vélo aux Trois jours de Bruges-La Panne, mercredi, en Belgique.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Même Mathieu van der Poel l’a appris à ses dépens, visitant le fond du fossé trois jours après sa victoire magistrale au Tour des Flandres. Le champion néerlandais s’en est tiré avec une commotion.

Guillaume Boivin espérait racheter une saison des classiques « à oublier » dans cette dernière épreuve WorldTour de la saison, tronquée d’une quinzaine de kilomètres à cause des bourrasques. Hugo Houle, lui, s’élançait sans pression au crépuscule d’une année qui s’est avérée un succès sur toute la ligne.

PHOTO ERIC LALMAND, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Néerlandais Mathieu van der Poel a visité le fond d’un fossé trois jours après sa victoire magistrale au Tour des Flandres. Il a subi une commotion.

Ralenti par une chute dès le début de l’épreuve, Boivin s’est dépensé sans compter, pour finalement quitter La Panne avec une modeste 33e place, un résultat sans commune mesure avec l’effort déployé.

Le Montréalais d’Israël Start-Up Nation a raconté s’être pourtant idéalement positionné au moment où le vent causait ses premiers dommages, dès le huitième kilomètre. Or, une chute de trois gros noms – Kwiatkowski, Naesen et Vanmarcke – l’a obligé à mettre pied à terre et a provoqué le déraillement de sa chaîne.

Quand il est reparti, il était bon dernier et le peloton, déjà scindé en plusieurs parties. L’ex-champion canadien s’est dit : « Ce n’est pas vrai que je vais finir ma saison comme ça ! »

Boivin a donc serré les dents et a passé près de 100 km à faire le pont de groupe en groupe, « jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien dans le réservoir ». Il s’est alors retrouvé dans le deuxième peloton, qui n’a jamais réussi à revenir sur la sélection gagnante, dominée par l’équipe Deceuninck.

« C’est vraiment poche parce que j’ai fait là l’un des bons efforts de ma vie », s’est désolé celui qui a fini à 3 min 20 s du vainqueur, le Belge Yves Lampaert. « On est revenus à 20 secondes, mais tout le monde était cramé. C’est l’une des courses les plus dures qu’on a faites cette année. Il n’y avait pas un mètre de dénivelé, mais je pense que j’ai tenu une moyenne de 355 watts normalisés. C’était à bloc toute la journée. Je me suis fait un honneur de terminer. »

Cette course mettait un terme à une séquence noire qui s’est amorcée à la fin d'août. Boivin a alors raté une première sélection pour le Tour de France par une seule place. Après sa participation aux Championnats du monde d’Imola, où il a appuyé son ami Michael Woods, il pensait se racheter sur les Flandriennes, son terrain de jeu favori. Ça a mal commencé dès le Binck Bank Tour, où sa chute à la première étape a provoqué une empilade monstre. Au Tour des Flandres, dimanche, deux crevaisons ont forcé son abandon.

On dirait que cette année, même si j’y mettais tout mon argent, je ne serais pas capable de m’acheter de la chance. Au moins, je me suis montré à moi-même que ce n’était pas un problème de talent ou de forme. C’est juste que quand la puck roule pas pour toi…

Guillaume Boivin

Houle a lui aussi vécu sa part d’ennuis aux Trois jours de La Panne, épreuve qui, contrairement à ce que son nom indique, ne dure qu’une seule journée.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Hugo Houle

Le Québécois d’Astana était parfaitement placé au côté de Lampaert et de Tim Delercq, les coéquipiers de Deceuninck qui ont terminé premier et deuxième, quand sa selle a penché vers l’avant après qu’il eut frappé un trou.

Malgré l’inconfort de sa position, il a continué de rouler, estimant qu’un changement de vélo serait beaucoup trop long compte tenu de la position de sa voiture d’équipe dans la caravane (24e). « Mais je n’étais vraiment pas bien, incapable de générer de la puissance », a-t-il expliqué.

Après quelques dizaines de kilomètres, il n’a pas eu le choix de sauter sur sa monture de rechange. Mais une autre bosse sur la route a provoqué exactement le même résultat : une inclinaison de la selle « d’un bon deux centimètres », problème technique récurrent que le cycliste compte bien régler durant l’entre-saison.

Après le premier des trois tours du circuit final autour de La Panne, Houle a donc décidé de rentrer aux douches, un rare abandon pour lui.

« J’étais tanné », a admis le natif de Sainte-Perpétue, le dos et le cou encore endoloris sur la route de l’aéroport. « Les jambes étaient là, mais je n’ai pas eu de chance. Il faut dire que la course était très, très difficile. Il y avait des groupes partout, il y avait du vent. On a manqué s’envoler. C’était très dangereux. Ces mésaventures ont fait que je n’ai pas eu une belle journée, mais ce sont des choses qui arrivent. Je suis bien content de finir l’année. Tout a bien été et je suis déjà motivé pour l’an prochain. »

Houle s’est révélé à son deuxième Tour de France, jouant un rôle-clé auprès de son coéquipier Miguel Ángel López (6e), tant dans la plaine qu’en montagne. Sur le plan personnel, il a multiplié les bons résultats d’étape, se mêlant même à la bataille pour la victoire à Sarran, où il s’est classé septième.

Sous contrat avec Astana pour encore deux ans, il n’a « aucune inquiétude » au sujet de l’avenir de la formation kazakhe. Le directeur général Alexandre Vinokourov a affirmé que l’année 2022 était toujours en question dans une entrevue récente à La Gazzeta dello Sport. « Je dors sur mes deux oreilles », a dit Houle, rassuré par une visite en Belgique de la gestionnaire principale, Yana Seel.

De retour jeudi à Monaco, le nouveau trentenaire s’accordera deux semaines de repos avant de se remettre au travail.

Je vois que mes efforts portent leurs fruits. Je progresse d’année en année et j’arrive à un niveau très intéressant.

Hugo Houle

Son prochain chantier : les efforts explosifs d’une à deux minutes, qui pourront l’aider à mieux s’illustrer sur les classiques.

Boivin rentre pour sa part au Québec, où il devra observer une quarantaine de 14 jours. La pause sera bienvenue après une année éprouvante sur le plan personnel : « Ç'a été extrêmement difficile, plus mentalement que physiquement. Mais j’ai déjà hâte à l’an prochain. »

Israël Start-Up Nation accueillera plusieurs coureurs de renom, dont Chris Froome et le Canadien Michael Woods.

« Ça va énormément changer la dynamique de l’équipe, a prédit Boivin. On aura plusieurs grimpeurs de qualité et des coureurs de classement général comme Mike. Je suis vraiment emballé de courir avec lui. C’est un bon chum. Ça va être le fun, comme aux Championnats du monde. Ça changera sûrement notre approche des courses par étapes. On devra protéger encore plus ces gars-là. On le voit déjà avec Dan Martin à la Vuelta [où il est deuxième]. »

Le cycliste de 31 ans veut toujours briller sur les classiques flandriennes. Il n’aura pas le temps de ruminer longtemps ces dernières semaines frustrantes. Si le calendrier finit par se remettre à l’endroit, ça repartira dans quatre mois sur les routes belges. Où il risque de venter tout autant.