(Montréal) L’ambiance était joyeuse dans l’autobus d’Israel Start-Up Nation, formation codétenue par le Montréalais d’origine Sylvan Adams.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Son coureur vedette Dan Martin s’est fait battre par Primož Roglič, mais il a tout de même terminé troisième au sommet du sanctuaire d’Arrate, confirmant ainsi la légitimité de ses ambitions au classement général du Tour d’Espagne.

« On est vraiment motivés parce qu’on sait que Dan va super bien », a réagi James Piccoli, une heure après la fin de la première étape de sa carrière dans un grand tour, mardi. « On a un but en tête, c’est d’essayer de l’aider. On va faire du mieux qu’on peut pour lui. »

Le Montréalais de 29 ans l’a admis d’emblée : il n’avait pas ses meilleures jambes pour l’entame de cette Vuelta bien spéciale.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

James Piccoli

Peu après le début de la pandémie, le grand départ prévu aux Pays-Bas a été annulé. Par conséquent, l’épreuve a commencé dans le vif du sujet avec une étape accidentée dans le Pays basque, qui se concluait par une montée vers le sanctuaire d’Arrate.

En temps normal, des milliers de partisans basques s’y seraient massés pour créer une ambiance électrique, fumigènes à l’appui. Mais les organisateurs avaient invité tout le monde à suivre la course de son salon et la pluie tombée dans la journée a probablement refroidi les récalcitrants potentiels.

Bref, il n’y avait personne sur le bord de la route. « Je n’ai pas vraiment réalisé où j’étais », a admis Piccoli au sujet de cette première expérience à ce niveau de compétition. « Peut-être qu’avec les grands cols à venir, ça va me frapper un peu plus. Mais là, c’était business as usual. »

Enrhumé après sa participation à Liège-Bastogne-Liège au début du mois, Piccoli appréhendait un peu ses premiers coups de pédale en Espagne. « Ça m’arrive des fois : j’ai besoin de deux, trois jours de course avant que ça débloque. »

Le Québécois, 94e à 15 min 20 s, n’a donc pas été d’une grande utilité pour Martin à l’approche de l’avant-dernière ascension, à une vingtaine de kilomètres du fil. L’Irlandais s’est surtout appuyé sur le Suisse Matteo Badilatti, qui l’a idéalement placé quand la bataille s’est enclenchée.

Le mauvais sort s’acharne sur Woods

Déboulant d’une autoroute très large, le peloton s’est animé à l’approche du petit village d’Ubera, où un étroit passage entre deux bâtiments s’annonçait critique. De fait, une chute est survenue à cet endroit. Il a fallu que ce soit Michael Woods (EF), le seul autre Canadien en course.

« J’étais cinq ou six positions derrière lui, a décrit Piccoli. On était en milieu de peloton. Il y avait un rétrécissement de la route. Une situation où ça passe de trois, quatre couloirs à un ou deux. Les roues se touchent. »

C’était une chute bien ordinaire. Ça arrive. Je sais que l’étape lui convenait. C’est sûr qu’il est déçu.

James Piccoli

Woods s’est relevé rapidement. À la télévision, il avait l’air un peu énervé, boitant légèrement en attendant sa voiture d’équipe, son vélo appuyé sur une borne de protection. EF était déjà éprouvée par une chute du Colombien Daniel Martinez, prétendant au général qui pointe déjà à quatre minutes et demie.

Pour sa part, Woods a rallié l’arrivée au 157e rang, à 18 min 29 s de Roglič. Le natif d’Ottawa perdait ainsi la chance de remporter une deuxième étape à la Vuelta, après celle de 2018, et surtout l’occasion unique de revêtir le maillot de meneur d’un grand tour, après y avoir goûté à Tirreno-Adriatico le mois dernier.

Le mauvais sort s’acharne sur le futur membre d’Israel Start-Up Nation (ISUN), qui s’est brisé le fémur droit sur une chute au Critérium du Dauphiné, le 12 mars.

L’incident impliquant Woods est survenu juste au moment où le peloton commençait à se morceler dans l’avant-dernière ascension d’Alto de Elgeta. Piccoli s’est fait décrocher à 2,5 km du sommet. « C’était la journée pour faire ma job et essayer de m’économiser dans le final pour les prochaines étapes », a-t-il précisé.

Chris Froome, autre futur collègue de Piccoli chez ISUN, a dû faire le même constat quelques centaines de mètres plus loin. À son premier grand tour depuis sa chute au Critérium du Dauphiné en juin 2019, le double vainqueur de la Vuelta (2011 et 2017) a déjà montré ses limites, terminant 72e à plus de 11 minutes.

PHOTO ALVARO BARRIENTOS, ASSOCIATED PRESS

Chris Froome

Apparemment, le Britannique de 35 ans s’est retrouvé coincé derrière une chute (de Woods ? ). Il a affirmé que « ses sensations étaient bonnes » et perçu « des améliorations » de sa condition. À sa dernière course pour Ineos, le quadruple lauréat du Tour de France veut soutenir son coéquipier Richard Carapaz, deuxième de l’étape à une seconde.

« Vraiment incroyable »

Si l’Équatorien s’annonce comme un rival de taille, Roglič (Jumbo) a confirmé qu’il était bel et bien le grand favori de cette 75e Vuelta. Le Slovène s’est imposé dans un groupe de huit à Arrate après le travail de sape de son équipier américain Sepp Kuss, aussi fringant qu’au Tour. Juste avant la flamme rouge, Roglič a contré une attaque du Britannique Hugh Carthy, seul rescapé d’EF, avant de filer seul dans le faux plat descendant vers l’arrivée.

Un mois après sa cruelle deuxième place au Tour, Roglič continue de prouver sa formidable capacité de rebond : 6e aux Mondiaux, victoire à Liège-Bastogne-Liège et maintenant ce maillot rouge en Espagne.

PHOTO ANDER GILLENEA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Primož Roglič

« Il est vraiment incroyable, a constaté Piccoli. À mes yeux, c’est le gars le plus fort de la ligue. Il montre que la forme est encore là. Je pense qu’ils ont l’équipe pour le soutenir ici. C’est sûr que c’est le favori pour le moment. »

À part Woods et Martinez, plusieurs prétendants ont disparu rapidement. Les plus notables : Wout Poels (1 min 51 s), David Gaudu (2 min 22 s) et surtout Alexandr Vlasov (+ 4 min 31 s), le meneur attendu d’Astana. Thibaut Pinot, à près de 10 minutes, a clairement annoncé qu’il viserait des succès d’étape en plus d’appuyer Gaudu.

La deuxième étape se déroulera mercredi sur 151,6 km entre Pampelune et Lekunberri. Un col de première catégorie attend les coureurs avant une descente de 17 km jusqu’à l’arrivée.