(Huy) En quatre participations, Michael Woods était toujours reparti « fâché » de la Flèche wallonne. Malgré une montée qui lui convient à merveille, le cycliste canadien n’avait jamais réussi à percer le top 10 de la classique belge.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Il n’était pas question que ça se répète mercredi. Surtout pas après avoir vécu une autre déception aux Championnats du monde d’Imola, où le puncheur d’Ottawa a dû se contenter du 12e rang malgré des jambes de feu, dimanche.

Bien positionné

La clé dans l’ascension finale du Mur de Huy, une courte pente de 1,3 km avec un passage à 24 % ? Le positionnement.

Cette fois, Woods n’a pas fauté. Bien entouré par ses coéquipiers d’EF, il était au bon endroit, au bon moment quand l’Australien Richie Porte (Trek) a été le premier à se porter à l’attaque dans le Mur, interdit de spectateurs.

Avec 175 mètres à faire, Woods a bondi derrière le troisième du Tour de France avec une seule idée en tête : se rendre le premier jusqu’à la ligne.

Le problème, c’est que Marc Hirschi (Sunweb) était dans sa roue. La révélation du Tour et médaillé de bronze aux Mondiaux a montré pourquoi il était l’un des coureurs de l’heure avec le Français Julian Alaphilippe, double tenant du titre qui avait préféré se reposer pour mieux savourer son maillot arc-en-ciel acquis dimanche en Italie.

À 100 m, juste à l’endroit où la déclivité s’atténuait un peu, le Suisse de 22 ans a produit une accélération foudroyante en se projetant de l’autre côté de la route. Woods ne pouvait plus réagir, ni le Français Benoît Cosnefroy (Ag2r), qui a sauté le Canadien sur la ligne pour un premier podium dans une épreuve WorldTour.

Deuxième Suisse vainqueur à la Flèche après Ferdi Kübler en 1951 et 1952, Hirschi se félicitait d’avoir fait preuve de patience dans le Mur : « C’est vraiment brutal, on a les muscles pleins d’acide lactique, a-t-il décrit au sujet de cet effort. Il faut être fort dans la tête pour surmonter la douleur. »

PHOTO OLIVIER MATTHYS, ASSOCIATED PRESS

Le Suisse Marc Hirschi, vainqueur de la Flèche wallonne

Dans la camionnette qui le ramenait à l’hôtel, une heure après avoir reçu une médaille de bronze sur le podium protocolaire, Woods n’avait aucun regret.

« J’ai vraiment essayé de gagner, a-t-il relaté. Avec 100 mètres à faire, je pensais que j’en étais capable, mais Hirschi était trop fort. Il était simplement à un autre niveau aujourd’hui. Je n’aurais pas pu mieux courir. »

Premier Canadien sur le podium de la Flèche, disputée pour la première fois en 1936, Woods a salué la contribution de ses coéquipiers Jens Keukeleire, Hugh Carthy, qui ont maintenu les quatre échappés à distance (presque) raisonnable, et Rigoberto Urán, qui s’est détaché dans l’avant-dernière montée du jour, à 10 km du but.

« Rigo est un dude qui a de la classe », s’est réjoui Woods, qui avait terminé 12e et 11e à ses deux premières participations, en 2016 et en 2017. « Il m’inspire. En le voyant devant comme ça, je me suis dit que je n’avais pas le choix d’essayer de gagner. »

Le Colombien de 33 ans a rattrapé l’étonnant Mauri Vansevenant (Deceuninck), un fringant Belge de 21 ans qui a passé près de 200 km en tête de course. Alors qu’il maintenait une quinzaine de secondes d’avance sur Urán, il a culbuté dans les buissons en perdant la maîtrise de son vélo avec quatre kilomètres à faire. « J’avais les jambes pour finir », a affirmé celui dont il faudra apprendre à prononcer le nom.

Le duo Urán/Vansevenant s’est fait rejoindre au pied de la troisième et dernière montée du Mur de Huy. Le Slovène Tadej Pogačar (9e) était là, mais il n’avait plus son mordant de vainqueur du Tour de France.

Déçu de sa 12e place aux Mondiaux, où il était trop loin quand Alaphilippe s’est envolé, Woods n’a pas commis la même erreur.

« Aux Championnats du monde, j’avais les jambes, mais pas la tête, a analysé l’athlète de 33 ans. Je n’étais pas dans la meilleure position. À mon avis, c’est parce que j’ai manqué le Tour de France [il n’a pas été choisi par son équipe]. Ça m’a enlevé des occasions de travailler mon placement, de sentir le peloton. Ce matin, je me suis dit : je dois me mettre dans une position où je peux gagner. C’est ce que j’ai fait. »

Hugo Houle solide 20e

Hugo Houle, lui, était surpris de se trouver si bien placé à la fin de l’épreuve. Appelé à la dernière minute, le Québécois d’Astana était là pour appuyer ses équipiers espagnols Gorka Izagirre (23e) et Omar Fraile (27e), qui n’avaient cependant plus les jambes au moment critique.

Libéré de ses responsabilités, il s’est mis à grimper les échelons, à son propre étonnement. Il a fini 20e, un autre résultat solide pour l’orgueil de Sainte-Perpétue.

« Je n’avais pas nécessairement mentalisé de faire le final », a-t-il souligné, sans interrompre sa lessive à la main dans sa chambre d’hôtel de Liège.

Quand j’ai vu que les jambes répondaient bien, j’ai décidé de pousser, surtout dans les 700, 800 derniers mètres. J’étais capable de suivre. Je me suis surpris moi-même.

Hugo Houle

Après une prestation en demi-teinte aux Mondiaux, où des gels caféinés lui ont joué des tours, Houle était heureux de retrouver sa forme du Tour sur un terrain qui ne lui était théoriquement pas favorable.

« C’est encourageant et ça me rassure pour la suite. Ce n’est pas ma classique préférée. J’excelle davantage dans un final plus roulant comme celui de Liège. Ici, c’est vraiment raide. C’est donc une très belle course pour moi. Ce n’est pas encore comme Michael Woods, mais à mon niveau, c’est très bon… »

Tant Woods que Houle estiment qu’ils seront favorisés par la distance plus longue de Liège-Bastogne-Liège, programmé dimanche sur 257 kilomètres. Le premier y a terminé deuxième en 2018. Le Montréalais James Piccoli, 65e mercredi, devrait aussi faire ses débuts sur la « doyenne » des classiques.

Un « jour sans » pour Canuel

Pour sa première course dans son maillot irisé de championne mondiale, la Néerlandaise Anna van der Breggen (Boels Dolman) a signé une sixième victoire de suite à la Flèche wallonne féminine. Sa coéquipière québécoise Karol-Ann Canuel a dû se contenter du 53e rang, à 7 min 19 s de la gagnante.

« Ça n’a pas été ma meilleure journée, a indiqué la championne canadienne en titre. Ça a roulé quand même assez vite dans la première montée du Mur [de Huy]. J’ai eu du mal à suivre après. J’ai raté le premier groupe par 100 mètres. Je suis vraiment déçue. J’avais juste une journée ‟sans”. Mais l’équipe en tant que telle a bien roulé. Je ne peux pas être démoralisée avec une victoire ! »

Déjà sélectionnée pour les Jeux olympiques de Tokyo, prévus en principe l’été prochain, la cycliste de 32 ans a décidé de prolonger sa carrière d’une saison. Selon toute vraisemblance, elle s’alignera pour la même équipe professionnelle, qui passera l’an prochain au niveau WorldTour sous l’appellation SD Worx.