Guillaume Boivin a provoqué une chute massive lors de la première étape du BinckBank Tour, épreuve de niveau WorldTour qui s’est amorcée mardi en Belgique.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Alors qu’il se trouvait à l’avant du peloton qui se préparait pour le sprint, à un peu plus de 4 kilomètres de l’arrivée, le cycliste québécois de l’équipe Israël Start-Up Nation a accroché la roue arrière d’un rival de Sunweb, qui venait de se ranger sur sa gauche. Boivin est tombé lourdement sur sa hanche droite, glissant sur les fesses sur quelques mètres.

Si les premiers coureurs qui le suivaient ont pu l’éviter de justesse, l’arrière-garde du peloton n’a pas eu le temps de réagir. Une quarantaine de cyclistes se sont empilés les uns sur les autres, certains échappant au pire en se projetant dans le gazon sur le bas-côté.

« Beaucoup de peau en moins »

« Je prends une bonne partie du blâme pour la chute, je me sens vraiment désolé pour tous les gars qui sont tombés », a commenté Boivin, manifestement ébranlé deux heures après l’arrivée. « Je suis pas mal râpé, mais je n’ai rien de cassé. J’ai juste beaucoup de peau en moins. »

Au-delà de son propre état physique, le cycliste de 31 ans s’inquiétait surtout des conséquences pour ses collègues de cette chute spectaculaire, dont l’extrait vidéo avait déjà été visionné des dizaines de milliers de fois.

Tout le monde a pu repartir, y compris Boivin, mais certains ont été plus sérieusement touchés. L’ancien champion de Belgique Oliver Naesen (Ag2r) a rallié le fil en pédalant à une jambe, poussé par son compatriote Dries De Bondt (Alpecin), dont le nouveau maillot de champion national était taché par le bitume. Une même scène de camaraderie s’est déroulée tout juste derrière alors que Pascal Eenkhoorn (Jumbo) accompagnait Stijn Steels (Deceuninck), blessé à un poignet.

Juste avant l’incident, survenu à plus de 50 km/h, Boivin s’employait à positionner son jeune coéquipier israélien Itamar Einhorn.

J’ai regardé une fraction de seconde sous mon épaule pour voir si mon sprinteur était là. Le gars de Sunweb a comme swingué de droite à gauche et on a croisé la roue. […] Il a quand même swingué fort. Je pense qu’ils ont vu venir une vague de la gauche et ils ont essayé un peu de bloquer la route. Ça s’est tout passé en même temps. Je ne l’ai pas vu venir.

Guillaume Boivin

En se relevant, Boivin a jeté un œil sur l’empilade qu’il venait de provoquer avant de récupérer sa monture et de se rendre jusqu’à la ligne, 3 min 48 s après le vainqueur, le Belge Jasper Philipsen (UAE).

S’il estime que la « responsabilité est partagée » avec le coureur de Sunweb qu’il n’a pas pu identifier, le Montréalais acceptait sa part du blâme.

« Je suis le premier à lever la main. Je me sens mal, ce n’est pas super le fun. Évidemment, ce n’est pas un geste salaud et je n’ai pas pris un risque pour rien. Clairement, j’ai fait une erreur au mauvais moment. Je ne suis pas bien fier de mon coup. Si on pouvait reculer le temps, ce serait facile. J’espère juste que tout le monde est relativement correct. »

Naesen « souffre d’une importante contusion interne du genou droit qui va nécessiter demain un nouvel examen après une nuit de repos », a fait savoir son équipe en soirée. Steels a subi une fracture du scaphoïde gauche qui nécessitera une opération. Sa saison est terminée.

« Je ne peux vous dire à quel point je suis déçu, a déclaré le Belge dans un communiqué. Je me sentais bien et voulais aider l’équipe ici avant de faire les courses d’un jour. J’avais vraiment hâte de faire ma première campagne des classiques avec le Wolfpack. Maintenant, ça n’arrivera pas et ça m’attriste. »

Pas son premier coup dur

Boivin n’en est pas à son premier coup dur. L’an dernier, il avait chuté en roulant sur un bidon abandonné au Grand Prix de Québec. Quelques mois plus tôt, il avait aussi visité le bitume à la deuxième étape du Tour d’Italie, qu’il a terminé avec un os du pied fracturé. En 2018, il s’était brisé le plateau tibial en heurtant une voiture lors d’une course en Belgique.

Le Québécois aura droit à un repos supplémentaire inattendu : la deuxième étape du BinckBank Tour, un contre-la-montre prévu aux Pays-Bas, a été annulée en fin de journée.

Une résurgence des cas de COVID-19 dans ce pays a mené à l’imposition de mesures sanitaires plus strictes, dont l’interdiction des grands rassemblements et des déplacements entre les grandes villes. La troisième étape, dont le départ était prévu jeudi aux Pays-Bas, sera présentée en totalité en Belgique.

Boivin doit s’aligner dans toutes les classiques flandriennes, dont les « monuments » que sont le Tour des Flandres (18 octobre) et Paris-Roubaix (25 octobre).