Hugo Houle a senti qu’un événement se préparait quand Tadej Pogačar a doublé son coéquipier Miguel Ángel López. « On aurait dit une moto qui passait à côté… »

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Le jeune Slovène était en mission. Celle de renverser son compatriote Primož Roglič, le maillot jaune qui détenait presque une minute d’avance au début de ce contre-la-montre décisif du Tour de France, samedi.

Personne n’y croyait, même pas Pogačar, semble-t-il. Cela n’empêchait pas le prodige de 21 ans d’appuyer sur les pédales comme si sa vie en dépendait.

« En théorie, c’était une formalité pour Roglič », résumera Houle, lointain 122e de cet unique chrono du Tour.

Le Québécois, qui n’avait « pas de bonnes sensations », avait terminé son épreuve depuis une heure et demie. Il avait eu le temps de retourner au bus de l’équipe Astana stationné à la ville départ de Lure. Douché et changé, il a suivi l’explication finale entre les favoris à la télévision.

Parti deux minutes avant Pogačar, López tentait de conserver sa place sur le podium. Moins de 20 kilomètres après son départ, Pogačar passait sur sa gauche en coup de vent.

« La différence de vitesse était complètement hallucinante, a noté Houle. Je me suis dit : “Wow, il y en a qui vont vite ! Je suis un petit moteur, moi là, une trottinette.” »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Hugo Houle

López n’avançait pas, mais c’est surtout Pogačar (UAE) qui était en transe. Au pied de la Planche des Belles Filles, l’ascension finale de 6 km à 8,5 %, le maillot jaune de Roglič ne tenait plus que par 21 secondes.

Après son changement de vélo de contre-la-montre pour une monture traditionnelle – ce que presque tous les coureurs ont fait, sauf Tom Dumoulin, meneur à ce point-là –, Pogačar a simplement anéanti la concurrence.

Au sommet, l’affaire était réglée. Non seulement le maillot blanc avait remporté l’étape, mais il détrônait Roglič, à l’agonie un ou deux kilomètres plus bas. Plié sur son vélo, le visage caché dans ses bras, le nouveau champion n’y croyait pas.

Quand Roglič est rentré, son casque un peu trop remonté, un autre écran montrait le visage consterné de ses coéquipiers Dumoulin (2e) et Wout van Aert (4e), qui s’étaient succédé dans le siège du leader.

Pogačar s’est mis les mains devant le visage. Il avait réalisé l’impossible. « Je crois que je rêve, je ne sais vraiment pas quoi dire, c’est incroyable », a réagi celui qui fêtera son 22anniversaire lundi.

Avec cette tunique jaune, qu’il conservera en toute logique ce dimanche sur les Champs-Élysées, il deviendra le plus jeune vainqueur du Tour en plus de 100 ans.

« En fait, c’était déjà un rêve d’être au Tour de France, a souligné celui qui détient également le maillot à pois de meilleur grimpeur. Maintenant, le rêve est d’être ici [en tant que meneur]. C’est juste incroyable. »

Pogačar pense mettre « des semaines, voire des mois » à réaliser ce qu’il a accompli.

Roglič, lui, regrettera peut-être toute sa vie cet échec, après avoir dominé le Tour pratiquement de bout en bout, avec une formation archipuissante « qui a tout contrôlé au millimètre », dixit Hugo Houle.

Sonné, le Slovène de 30 ans est resté assis au sol, à l’image de Laurent Fignon sur les Champs-Élysées en 1989, battu pour huit secondes par Greg LeMond lors du contre-la-montre final. Dumoulin et van Aert sont venus le réconforter. Après s’être relevé, il est allé féliciter son cadet, interrompant sa première entrevue.

« J’ai connu une mauvaise journée », a simplement indiqué Roglič, cinquième de l’étape, à près de deux minutes de Pogačar. « Tadej était bien meilleur que moi. Il mérite sa victoire, félicitations à lui. C’est un coureur très talentueux, on le savait. S’il continue à courir comme ça, c’est le gars à suivre pour les prochaines années. »

  • À la surprise générale, le Slovène Tadej Pogačar a devancé son compatriote Primož Roglič, samedi, à l’occasion de la dernière étape du Tour de France avant le défilé sur les Champs-Élysées.

    PHOTO CHRISTOPHE ENA, AGENCE FRANCE-PRESSE

    À la surprise générale, le Slovène Tadej Pogačar a devancé son compatriote Primož Roglič, samedi, à l’occasion de la dernière étape du Tour de France avant le défilé sur les Champs-Élysées.

  • Pogačar a non seulement obtenu le maillot jaune à l’issue du contre-la-montre individuel, il a également gagné l’étape, qui se terminait avec une ascension vers le sommet de La Planche des Belles Filles, dans l’est de la France.

    PHOTO THIBAULT CAMUS, ASSOCIATED PRESS

    Pogačar a non seulement obtenu le maillot jaune à l’issue du contre-la-montre individuel, il a également gagné l’étape, qui se terminait avec une ascension vers le sommet de La Planche des Belles Filles, dans l’est de la France.

  • Cette victoire spectaculaire signifie que le Slovène de 21 ans deviendra le plus jeune champion de la Grande Boucle depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et ce qui est encore plus étonnant : il s’agit de son premier Tour de France en carrière.

    PHOTO SEBASTIEN NOGIER, ASSOCIATED PRESS

    Cette victoire spectaculaire signifie que le Slovène de 21 ans deviendra le plus jeune champion de la Grande Boucle depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et ce qui est encore plus étonnant : il s’agit de son premier Tour de France en carrière.

  • Menant par 57 secondes à l’aube de cette avant-dernière étape, Primož Roglič a dû se contenter de la cinquième place de l’étape. Il accuse maintenant un retard de 59 secondes sur Pogačar.

    PHOTO CHRISTOPHE ENA, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Menant par 57 secondes à l’aube de cette avant-dernière étape, Primož Roglič a dû se contenter de la cinquième place de l’étape. Il accuse maintenant un retard de 59 secondes sur Pogačar.

  • Roglič s’était hissé en tête lors de la neuvième étape et s’était accroché au sommet jusqu’à samedi, la pire journée pour dégringoler.

    PHOTO CHRISTOPHE PETIT TESSON, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Roglič s’était hissé en tête lors de la neuvième étape et s’était accroché au sommet jusqu’à samedi, la pire journée pour dégringoler.

  • À moins d’une erreur majeure dimanche, lors du traditionnel défilé des cyclistes qui culminera avec le sprint final vers le fil d’arrivée, Pogacar succédera au Colombien Egan Bernal, qui était âgé de 22 ans en 2019, à titre de plus jeune champion du Tour de France.

    PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AGENCE FRANCE-PRESSE

    À moins d’une erreur majeure dimanche, lors du traditionnel défilé des cyclistes qui culminera avec le sprint final vers le fil d’arrivée, Pogacar succédera au Colombien Egan Bernal, qui était âgé de 22 ans en 2019, à titre de plus jeune champion du Tour de France.

  • Victime d’une malchance en 2017, l’Australien Richie Porte complétera le podium, après être passé du quatrième au troisième rang du classement cumulatif lors de ce contre-la-montre individuel.

    PHOTO BENOIT TESSIER, REUTERS

    Victime d’une malchance en 2017, l’Australien Richie Porte complétera le podium, après être passé du quatrième au troisième rang du classement cumulatif lors de ce contre-la-montre individuel.

  • Au chapitre des déceptions, Miguel Ángel López, meneur de l’équipe Astana, a déboulé au sixième rang, lui qui pointait au troisième avant le départ. « Ça n’a pas fonctionné », a simplement constaté son coéquipier Hugo Houle.

    PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Au chapitre des déceptions, Miguel Ángel López, meneur de l’équipe Astana, a déboulé au sixième rang, lui qui pointait au troisième avant le départ. « Ça n’a pas fonctionné », a simplement constaté son coéquipier Hugo Houle.

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Le nouveau maillot jaune a eu de bons mots pour son aîné : « Je ne peux m’imaginer à quel point ça doit être dur pour lui que je le batte au contre-la-montre aujourd’hui. Parce qu’il était vraiment supérieur durant le Tour. Son équipe a fait un travail fantastique pour lui. Il doit être dévasté. Mais c’est ça, la course de vélo. Je me sens mal pour lui. »

Dans un registre moins dramatique, López, seulement 45e à 6 min 17 s de Pogačar, a perdu sa troisième place au profit de Richie Porte (Trek). Troisième de l’étape, l’Australien de 35 ans a enfin réalisé son potentiel en montant sur le podium d’un grand tour.

López, lui, a déboulé au sixième rang, une déception pour Astana qui espérait mieux pour le Colombien.

« Ça n’a pas fonctionné », a simplement constaté Houle, qui devrait conclure son deuxième Tour de France au 46rang. « Il n’y a pas de regrets à avoir. J’aurais été bien plus heureux qu’il termine troisième, mais je n’ai pas une tête d’enterrement. C’est ce qui fait la beauté du sport et c’est pour ça qu’on aime ça. On ne sait jamais ce qui va arriver. Des fois, ça va pour le mieux, et du jour au lendemain, ça change. Il ne faut jamais tenir les choses pour acquises. »

Roglič le sait mieux que quiconque. Il devra maintenant faire son deuil de ce Tour de France perdu, si cela est possible, car, comme le rappelle le regretté Laurent Fignon dans son livre Nous étions jeunes et insouciants, « on ne fait jamais son deuil d’un événement aussi violent ; au mieux parvient-on à en domestiquer les conséquences psychologiques ».

— Avec l’Agence France-Presse