Vainqueur de l’étape reine, le Colombien Miguel Ángel López, coéquipier du Québécois Hugo Houle, remonte au troisième rang du classement général du Tour de France.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Hugo Houle était à cinq kilomètres du sommet du col de la Loze. Le plus dur commençait. Il n’avait pas aperçu, cinq kilomètres plus bas, le drapeau du Québec qui flottait le long du parcours dans la station de Méribel. « D’après moi, j’avais les deux yeux dans le même trou… »

À l’oreillette, il avait compris que son coéquipier Miguel Ángel López réalisait une grande performance à cette 17e étape, mercredi. Était-il premier ? Deuxième ? Remontait-il au général ?

La deuxième voiture d’Astana était stationnée au bord de la route. Un directeur sportif était sorti pour lui annoncer la bonne nouvelle : López avait gagné. Une première victoire d’étape pour le Colombien de 26 ans, qui bondissait ainsi jusqu’à la troisième place du classement général à son premier Tour de France.

Traîner sa carcasse jusqu’en haut

Il fallait quand même escalader ces cinq derniers kilomètres, la dernière trouvaille des organisateurs pour pimenter l’épreuve. Une piste cyclable fraîchement goudronnée avec des rampes à plus de 20 %. Même avec un braquet de 39 X 32, Houle s’arrachait pour « traîner [sa] carcasse jusqu’en haut ».

C’était la même chose pour tout le monde dans notre petit groupe. Tout le monde souffre, fait un effort. Chacun son niveau, chacun sa vitesse. Il n’y a pas d’effet d’aspiration. C’est donc vraiment exigeant, surtout dans le dernier kilomètre. Tu vois l’arrivée au loin, mais dans les derniers 500 mètres, tu as une pente à 25 %. Ça ne monte pas vite !

Hugo Houle

Houle a conclu au 55e rang, 25 minutes après López, dans un groupe comprenant Nairo Quintana (Arkea), lâché comme lui dans le col de la Madeleine, 70 kilomètres avant. Ça n’avait pas vraiment d’importance.

Pour cette première étape alpestre, marquée par l’abandon avant le départ du champion du titre Egan Bernal, le Québécois de 29 ans ne tenait pas un grand rôle dans la partition d’Astana. Son équipier Gorka Izagirre était échappé avec Richard Carapaz (Ineos), Julian Alaphilippe (Deceuninck), Dan Martin (Israël Start-Up Nation) et Lennard Kämna (Bora), le vainqueur de la veille. L’Espagnol pouvait servir de relais en cas d’ennui pour López dans la Madeleine.

Dans le groupe maillot jaune, López comptait sur le soutien de son compatriote Harold Tejada et de l’Espagnol Omar Fraile, qui a tenu bon jusqu’à 14 km de l’arrivée.

Contrairement aux dernières étapes de montagne, ce ne sont pas les Jumbo-Visma de Primož Roglič qui ont dicté le tempo à l’avant. Les Bahrain-Merida avaient des plans pour leur chef de file Mikel Landa, mais l’Espagnol a flanché dès que son dernier équipier s’est écarté dans le col de la Loze, à 4 km du fil.

À ce moment-là, Carapaz, dernier rescapé de l’échappée, s’accrochait avec brio à sa mince avance, qu’il a même réussi à augmenter.

Mais la table était mise pour Roglič et les principaux protagonistes du classement général. Le Colombien Rigoberto Urán (EF), troisième jusque-là, a été l’un des premiers à céder. López a attaqué, suivi par Tadej Pogačar (UAE). Le maillot jaune n’a pas bronché, bien appuyé par Sepp Kuss, son solide sherpa du Colorado.

Carapaz (11e) repris, Kuss a poursuivi son effort, laissant un écart que Roglič a refusé de combler. C’est là que López est reparti.

En arrière-plan, les télésièges rappelaient que la ligne d’arrivée était tracée à 2304 mètres d’altitude, toit du Tour 2020. Né à Boyaca, à 2600 m, López n’a pas semblé incommodé. Engloutissant un dernier gel énergétique à 2 km, il n’a jamais regardé derrière, en route vers la victoire la plus importante de sa carrière. Au sommet, le président Emmanuel Macron, masque au visage, était là pour l’applaudir.

Superman

« Je suis très ému, ça a été difficile d’arriver jusqu’ici », a réagi celui qu’on surnomme Superman depuis qu’il a repoussé deux voleurs qui tentaient de lui subtiliser son vélo à la pointe du couteau quand il avait 17 ans.

Houle a levé son chapeau à son coéquipier, qui a non seulement refoulé Urán, désormais sixième, mais s’est donné une priorité de plus d’une minute et demie sur l’Australien Richie Porte (Trek), quatrième et en voie de réaliser son meilleur Tour (5e en 2016).

« C’est encourageant et ça nous motive à nous donner encore plus pour la suite, a commenté le natif de Sainte-Perpétue. Miguel a su faire la différence quand ça comptait vraiment. Il a fait de gros écarts et il s’est donné un peu de marge par rapport à un gars comme Richie Porte, qui va parfois très vite au contre-la-montre. On est dans une très bonne posture. On ne pouvait espérer mieux. »

Deuxième de l’étape à 15 secondes de López, Roglič a consolidé son maillot jaune en faisant vaciller son jeune compatriote Pogačar, troisième à 30 secondes. Le meneur détient maintenant une priorité de 57 secondes. López, qui a déjà fini sur le podium du Giro et de la Vuelta, suit au troisième rang à 1 min 26 s.

Jeudi, les coureurs s’attaquent à la dernière grande étape de montagne, 167,5 km entre Méribel et La Roche-sur-Foron, avec comme point d’orgue la montée du plateau des Glières, dont le sommet est situé à 30 km de l’arrivée.

« Ça va être très, très difficile, a anticipé Houle, qui remonte au 47e rang du général. Dès le départ, dans le col du Cormet de Roselend, qui fait 20 kilomètres, ça va batailler pour prendre l’échappée. En haut du col, c’est clair qu’il va y avoir du monde partout. Ce sera pratiquement plus dur [que mercredi]. C’est usant, il n’y aura pas de répit durant toute la journée. »

Le 107e Tour se poursuivra vendredi avec une étape légèrement accidentée avant un contre-la-montre individuel à la Planche des Belles Filles, samedi. Comme le veut la tradition, l’étape finale se conclura dimanche sur les Champs-Élysées.