L’avant-veille, Antoine Duchesne avait terminé la deuxième étape du Critérium du Dauphiné transi de froid, le corps criblé de gros grêlons. Après une mauvaise nuit, il avait passé une « sale journée » en selle dans la chaleur et l’humidité.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Il a pris le départ de la quatrième étape sans grande conviction. « Je ne me sentais pas malade, mais j’avais mal à la tête et j’avais juste envie de dormir », explique-t-il.

À sa deuxième course depuis la reprise des activités, il connaissait l’enjeu : une place pour le Tour de France, qui commencera le 29 août à Nice.

Son dilemme était le suivant : il s’accroche comme il peut pour soutenir son meneur Thibaut Pinot, au risque d’aggraver son état, ou il met le clignotant pour mieux récupérer, sachant qu’un abandon pourrait plomber sa candidature pour un deuxième Tour.

Finalement, il a posé pied dans un col en début de journée, conscient qu’il ne serait de toute façon d’aucune utilité pour l’étape déterminante du lendemain, où ça se jouerait entre les leaders en haute montagne.

Totalement remis une semaine plus tard, Duchesne ne regrette rien. « Je suis convaincu que j’ai pris la bonne décision », a-t-il exprimé jeudi, toujours en attente de la composition de son équipe Groupama-FDJ. « Si je ne suis pas dans la sélection pour le Tour, ce ne sera pas à cause de ça. »

Le cycliste de 28 ans prévoit être fixé samedi au plus tard. Derrière Pinot, deuxième du Dauphiné après une chute à l’avant-dernière étape, quatre noms sont connus : le puissant rouleur suisse Stefan Küng et les grimpeurs français David Gaudu, Rudy Molard et Valentin Madouas. Le champion suisse Sébastien Reichenbach, un autre spécialiste des cols, est aussi incontournable.

Il reste donc deux places pour quatre candidats. Ce sont les vétérans français William Bonnet et Matthieu Ladagnous, le Suédois Tobias Ludvigsson et Duchesne, aux dires de ce dernier.

« On se vaut tous, avec nos forces et nos faiblesses, a évalué le champion canadien 2018. On est tous des rouleurs. On apporte des choses similaires et en même temps différentes au groupe. On a eu nos hauts et nos bas dans le dernier mois. On a fait ce qu’on avait à faire, mais personne n’a marché au point d’être un choix indiscutable. Ce sera une décision difficile pour l’équipe. »

« S’ils m’appellent demain matin pour me dire que je le fais, je suis content, je suis prêt et c’est ce que je veux, a-t-il poursuivi. Mais s’ils me disent : on a plutôt choisi lui et lui, je vais comprendre et ça aura aussi parfaitement du bon sens. »

Chez Groupama-FDJ, l’objectif est clair : la victoire à Paris. L’été dernier, Pinot a fait rêver ses compatriotes en faisant presque jeu égal avec le futur gagnant Egan Bernal avant qu’une blessure à une cuisse ne le force à l’abandon.

« L’équipe est très attendue et il n’y aura vraiment pas de place pour les erreurs, a souligné Duchesne. Ce sera 21 jours de gros travail et de grosse pression. »

Pour le natif de Saguenay, la perspective est emballante. En 2016, il était devenu le deuxième Québécois après David Veilleux (2013) à terminer le Tour. Il portait alors les couleurs de Direct Énergie, une formation invitée qui n’avait pas de visées au général.

« Être mis dans l’alignement d’une équipe qui veut gagner le Tour, ça représente beaucoup de choses pour un équipier comme moi. Aller chercher cette confiance-là auprès des coureurs et des directeurs sportifs, c’est pour ça que je cours. Parce que je n’en gagne pas, des courses. Maintenant que je vieillis, mon objectif est d’être le meilleur capitaine de route et équipier pour ces gars-là. »

Pleinement remis d’une opération à l’artère iliaque qui a bousillé sa dernière saison, Duchesne attend l’appel du directeur sportif Philippe Mauduit en toute sérénité.

« Depuis deux mois, tout ce que je fais est en fonction [du Tour]. J’agis et je m’entraîne comme si je le faisais. Si je ne le fais pas, je ne le fais pas, that’s it ! Je ferai la Vuelta avec Thibaut dans deux mois à la place. C’est sûr que j’espère le faire. Mais ce ne serait pas si grave. Je suis payé pour faire du vélo, je ne suis pas payé pour faire le Tour de France. »