Quand elle repense à un passé pas si distant, Luce Bourbeau se demande comment elle parvenait à tout caser dans son emploi du temps. Comment arrivait-elle à gérer sa carrière de jeune avocate à temps plein et celle de cycliste au sein de l’équipe Macogep-Tornatech-Girondins de Bordeaux ?

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« En droit, tu sais à quelle heure tu arrives le matin, mais tu ne sais jamais quand tu rentres chez toi le soir, dit-elle. Alors, je m’entraînais tôt pour que ce soit fait et si je devais rester au bureau le soir, je pouvais rester. Quand je faisais de longs entraînements, au moins une fois par semaine, je devais me lever vers 4 h 30. Je roulais de 5 h à 8 h, je prenais ma douche et j’allais au travail. En général, je faisais des entraînements plus courts la semaine et je faisais davantage de distance la fin de semaine. »

Ce n’est pas tout : il fallait ajouter les stages au soleil et les courses au cours de la belle saison. Ses vacances, elle ne les prenait pas « pour passer une semaine à relaxer sur la plage ». Elle les passait sur sa monture à pratiquer une discipline qu’elle a découverte assez tardivement, mais qui, dans ses rêves les plus fous, la conduit jusqu’aux Championnats du monde ou aux Jeux olympiques en cyclisme sur piste.

Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois qu’elle se frotterait à l’élite mondiale. En 2013, elle s’est rendue jusqu’aux Championnats du monde d’aviron U23 en Autriche. Elle et ses coéquipières du huit féminin avaient pris le cinquième rang.

Le plaisir d’être sur l’eau s’est cependant évaporé au fil du temps. « Au Québec, il n’y a, malheureusement, pas beaucoup de monde qui fait de l’aviron. J’étais un peu la seule chez les seniors, je m’entraînais toute seule. Je n’avais plus vraiment de plaisir. Si j’avais voulu progresser avec l’équipe nationale, j’aurais dû déménager en Ontario », raconte la cycliste de 29 ans qui ne travaille pas en ce moment.

Ça ne lui tentait pas. Pas question de quitter son Québec, d’autant qu’elle amorçait des études en droit à l’Université de Montréal. C’est là que le cyclisme est entré dans le portrait, comme une suite logique pour celle qui était habituée à l’endurance.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE L’ÉQUIPE MACOGEP-TORNATECH-GIRONDINS DE BORDEAUX

Luce Bourbeau

J’ai juste commencé pour m’amuser avec des courses au Québec. Je me suis assez bien débrouillée même s’il est dommage que les pelotons ne soient pas très denses. Graduellement, j’ai monté les échelons avec des courses UCI au Canada, aux États-Unis, puis, après trois ans, je suis allée en Europe.

Luce Bourbeau

Une capitaine de course

Depuis 2016, Luce Bourbeau s’aligne avec Macogep-Tornatech-Girondins de Bordeaux qui possède sa licence UCI cette saison. Elle se décrit comme une rouleuse et une capitaine de route. « J’écoute beaucoup de courses de vélo, donc, j’ai une assez bonne connaissance stratégique. Je lis bien la course, je détermine s’il faut qu’on soit dans l’échappée ou non ou s’il faut poursuivre l’échappée. »

En 2020, elle n’a pu mettre en pratique ses connaissances que lors du Tour de Dubaï, qui comportait quatre étapes, à la mi-février. Au-delà de bons résultats individuels et collectifs, cette épreuve lui avait permis de constater la bonne entente avec les coéquipières qui avaient intégré l’équipe en début de saison. « Ça augurait bien pour le reste de l’année. »

Mais après un passage en Espagne et un retour au Québec au début du mois de mars, la crise de la COVID-19 a pris de l’ampleur. Devant l’incertitude du calendrier, il a bien fallu adapter son entraînement.

« On apprend à vivre avec. On n’est pas les plus mal en point dans cette situation-là, philosophe-t-elle à propos du contexte actuel. Au début, on a continué de la même façon et je faisais des courses [virtuelles] sur la plateforme Zwift. C’est assez difficile et exigeant. On a ensuite décidé de prendre une période de repos de 10 jours. Puisque les courses vont commencer plus tard, on ne veut pas qu’il y ait de la fatigue accumulée. »