(Québec) « Je vais te mettre une petite retournée acrobatique… » Dans le salon des coureurs, Julian Alaphilippe tirait la pipe à son compatriote Alexis Gougeard, qu’il affrontait dans une partie de hockey sur table.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Le numéro un mondial a dû s’y reprendre, mais a finalement réussi à déjouer le gardien adverse. Il faut dire qu’il s’était entraîné « une bonne petite heure » la veille avec son coéquipier Dries Devenyns, histoire de « tuer le décalage horaire ».

« Mais je préfère le baby-foot ! », a avoué Alaphilippe à une tablée d’une dizaine de journalistes venus l’interviewer, hier après-midi, en vue du Grand Prix cycliste de Québec, présenté demain.

Déjà auteur d’une saison « exceptionnelle », ponctuée de victoires majeures à Milan-San Remo et à la Flèche wallonne, le cycliste de 27 ans a pris une autre envergure au Tour de France. Sa folle chevauchée en jaune pendant 14 jours en a fait un héros national instantané, statut qui ne le changera pas, s’évertue-t-il à répéter.

« Ça a changé pas mal de choses autour de moi. Même si on coupe le téléphone, partout où je vais, on me parle de ça. Forcément, même moi, je suis fier de ce qui s’est passé. Ça reste et ça restera. » — Julian Alaphilippe

« Saturé physiquement et mentalement », il a dû s’imposer une pause « obligatoire » de deux semaines sans le vélo. Sans quoi il aurait pu mettre un terme à sa saison, à l’image de ses compatriotes Romain Bardet et Thibaut Pinot, qui ont vécu des parcours contrastés, mais tout aussi intenses durant le Tour.

Si le retour en selle a été « très violent », Alaphilippe est très motivé en vue de ses deux grands objectifs de fin d’année, les Championnats du monde du Yorkshire et le Tour de Lombardie. Les « classiques canadiennes », qu’il retrouve pour la première fois depuis 2016, lui serviront de rampe de lancement, espère-t-il.

« Ce sont des courses qui me plaisent énormément, encore plus celle de Québec que celle de Montréal. Mais les deux courses au Canada font partie de mes courses préférées. J’ai toujours aimé venir ici, toujours aimé y courir. Sauf l’année où la météo était terrible [sous la pluie sur le mont Royal en 2015].

« Mais ce type de course, en circuit en plus, avec des arrivées comme ça, c’est parfait pour moi. Après, c’est sûr que pour arriver à gagner, il faut vraiment que je sois au sommet de ma forme. Ça n’a jamais été mon cas [ici]. Je ne pense pas que je suis encore à 100 % [de ma forme]. »

« La plus belle saison… »

Très détendu et avenant avec les journalistes – « c’était bien, tout va ? » –, Alaphilippe avait aussi le cœur à la rigolade un peu plus tôt en conférence de presse.

En rencontrant Régis Labeaume pour une photo protocolaire, il lui a raconté avoir rencontré une connaissance commune quelques jours plus tôt dans un train. Hilare, le maire de Québec a posé pour un égoportrait avec le coureur français avant de lui demander d’envoyer l’image à ladite personne.

Manifestement, Alaphilippe est à l’aise au Québec. En 2012, il a terminé deuxième à la Coupe des Nations–Ville de Saguenay, défunte épreuve réservée aux moins de 23 ans où il s’était lié d’amitié avec Gougeard.

« C’est mon premier grand souvenir chez les espoirs. La première fois de ma vie que je venais au Canada. Je m’en souviendrai tout au long de ma carrière, même toute ma vie. C’était vraiment une belle expérience avec l’équipe de France. […] En plus, j’avais gagné une étape. Forcément, quand on est jeune, ça marque. »

« J’avais été marqué par la culture du cyclisme ici, où les gens, vraiment, aiment ça. Et par les paysages. » — Julian Alaphilippe

Sa victoire avait été remarquée par un massothérapeute belge de l’équipe Quick-Step, Johan Molly, qui se passionnait pour le recrutement de jeunes coureurs. Il a joint Alaphilippe sur Facebook et l’a ensuite mis en lien avec le directeur sportif Patrick Lefevere, qui lui a fait signer un premier contrat professionnel en 2013.

Six ans plus tard, Alaphilippe trône au sommet de la planète cycliste. Tout ce qui suivra cette année, « ce ne sera que du bonus ».

« Je viens de réaliser la plus belle saison de ma carrière. Peut-être que ce sera LA plus belle. J’ai gagné tout ce que je voulais, atteint tous les objectifs que je m’étais fixés. Des saisons comme ça, on ne peut pas les refaire tous les ans. J’en ai parfaitement conscience. C’est pour ça qu’il faut en profiter. »