Tanya Millette était tombée dans l’œil de la MLB… mais ses plans ont été contrecarrés à la dernière minute. La Québécoise devait entamer cette semaine un camp de formation qui pouvait la mener à un contrat d’arbitrage professionnel.

Publié le 8 janvier
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

Millette avait été lauréate en novembre dernier d’une bourse lui permettant de suivre une formation à la Wendelstedt Umpire School, en Floride. Ce camp de quatre semaines devait se mettre en branle le 2 janvier, mais Major League Baseball aurait depuis mis sa participation sur la glace.

Les changements de plan pourraient être dus à la COVID-19 ou à des problèmes de visa, mais les raisons précises demeurent mystérieuses, nous informe par courriel Jean-François Arsenault, président du comité provincial des officiels de Baseball Québec.

Nous avions rejoint Tanya Millette en novembre dernier, lorsque l’obtention de sa bourse avait été annoncée.

« Honnêtement, c’est vraiment gros, je ne m’attendais pas du tout à ça », se réjouissait-elle.

« Ça va m’ouvrir des portes pour possiblement avoir un contrat des ligues mineures. Ensuite, je pourrais gravir les échelons pour voir si j’ai le potentiel de monter dans les ligues majeures. […] Ça va m’amener une expertise encore plus poussée, avec des occasions d’aller dans le baseball professionnel que je n’aurais jamais cru possible. »

Il n’y a encore jamais eu d’arbitre féminin dans le baseball majeur. Mais visiblement, la Major League Baseball (MLB) cherche à corriger cette lacune.

Je sens qu’il y a une ouverture de la part des dirigeants de la MLB. S’ils sont rendus à donner des bourses à des arbitres femmes, je pense qu’ils ont cette ouverture d’esprit là.

Tanya Millette, arbitre de baseball

Jean-François Arseneault rappelle que « la première femme qui a arbitré un match au baseball professionnel mineur, c’était il y a une cinquantaine d’années ».

« Il y a des femmes dans des ligues indépendantes qui ont arbitré également, mais ça demeure des cas d’exception, poursuit-il. À notre époque contemporaine, le basketball a des arbitres féminins depuis des années. Au football, avec Sarah Thomas qui a arbitré le Super Bowl l’an dernier, ç’a été un bond vers l’avant incroyable. »

Il cite aussi Élizabeth Mantha, qui a percé dans la Ligue américaine de hockey et qui officiera dans la LHJMQ en 2022.

« Au baseball majeur, l’ouverture est de plus en plus grande pour pouvoir y aller. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

L’arbitre Carol Anne Chénard, lors d’un match de la NASL entre l’Impact et les Silverbacks d’Atlanta, à Montréal, en août 2011.

Selon Carol Anne Chénard, arbitre retraitée de la FIFA, cette ouverture dans le sport professionnel masculin vient du soccer.

« Premièrement, les organisations internationales, nationales et provinciales se sont mises en position de leadership pour offrir des occasions, explique-t-elle, interrogée à ce sujet à la conférence Elle & Sport, en novembre dernier. On doit ça au soccer. J’étais une des premières femmes à aller à un tournoi masculin en 2017. Ensuite, ils ont envoyé des femmes pour arbitrer ces matchs et on a vu les retombées dans des associations et des pays où les femmes n’ont pas les occasions sur le plan professionnel. »

En 2019, la genèse

Mais revenons à Tanya Millette. La policière de formation a été invitée en 2019 à un camp d’entraînement de la MLB entièrement destiné à l’arbitrage féminin. De cette formation est né l’intérêt du baseball majeur envers l’arbitre de Saint-Jérôme.

« Quand j’ai eu l’invitation en 2019, j’allais là pour acquérir de l’expérience, me développer en tant qu’arbitre et devenir meilleure, explique Millette. Rendue sur place, j’ai appris qu’ils offraient des bourses pour cette école professionnelle. Je n’avais jamais pensé que c’était quelque chose de possible pour moi. »

Comme l’expérience n’a pu être répétée en 2020, pandémie oblige, et que le camp n’avait pas lieu en 2021, on lui a remis directement la bourse pour la Wendelstedt Umpire School, fondée par l’ancien arbitre de la MLB Hunter Wendelstedt.

Ce dernier était présent en 2019. Et il avait remarqué le talent de Tanya Millette.

« Il a observé Tanya pendant de longues minutes pendant qu’on était là-bas, se rappelle Jean-François Arseneault. Déjà, ça me disait qu’il y avait quelque chose de positif. »

« La qualité d’enseignement [à l’école Wendelstedt], ce sont les meilleurs au monde qui donnent la formation, ajoute-t-il. […] On parle de quatre semaines complètes. Ça n’a rien à voir avec les formations accélérées qu’on donne au Québec. C’est un background technique incroyable. De côtoyer les professionnels, de côtoyer les arbitres des ligues majeures, ça amène plein d’apprentissages intangibles qui vont aider l’arbitre dans son cheminement. »

Ce qui fait un bon arbitre

Que doit-elle démontrer pour « faire ses preuves », donc ?

« C’est plusieurs caractéristiques mises ensemble, croit Jean-François Arseneault. Évidemment, il y a le jugement. Les balles et les prises, c’est le pain et le beurre d’un arbitre. Il y a aussi des aspects techniques en arrière qui vont venir faciliter le jugement. C’est-à-dire que si un arbitre ne maîtrise pas certains aspects techniques, tant pour ce qui est du positionnement que pour ce qui est du processus mental décisionnel, ça va affecter le jugement. »

L’attitude, aussi.

« Il y a ce que j’appelle la gestion des ressources humaines, continue le président du comité provincial des officiels de Baseball Québec. Gérer les joueurs impliqués dans le match, les entraîneurs. La gestion de tes propres émotions dans des situations tendues, ça va y être pour beaucoup. »

Tanya Millette est d’accord.

« Si tu n’es pas parlable, qu’ils viennent te poser une question et que tu les vires de bord sans vouloir leur répondre, les joueurs n’aiment pas trop ça. »

Elle parle aussi de constance.

« C’est vraiment la clé de l’arbitre. Si tes calls sont constants, même si ta zone de prise est trop petite ou trop grande, les joueurs vont être contents parce qu’ils vont s’adapter. »

Si la combinaison de toutes ces aptitudes mène à un contrat professionnel, laisse-t-on tomber la carrière de policière ?

« Oui, c’est sûr que je vais tout faire pour aller [arbitrer professionnellement], répond-elle catégoriquement. Je suis vraiment contente parce que mon conjoint va vraiment m’encourager là-dedans. Il m’appuie complètement, donc c’est sûr que je vais y aller. »

Ce texte a été modifié depuis sa première publication pour refléter le fait que Tanya Millette n’a finalement pas pu se rendre en Floride pour le camp en question. Nos excuses.