Après Ryder Hesjedal et Michael Barry, un autre cycliste canadien pourrait passer aux aveux. La Presse a appris que le nom d'un troisième Canadien figure dans les documents explosifs qui ont mené aux aveux de Lance Armstrong.

Gabriel Béland LA PRESSE

Les 1000 pages de documents tirés de l'enquête de l'agence américaine antidopage (USADA) visaient à exposer les pratiques dopantes de Lance Armstrong et de l'équipe US Postal. Elles ont mené aux aveux de plusieurs coureurs: Armstrong, bien sûr, mais aussi George Hincapie et les Canadiens Michael Barry et Ryder Hesjdal. Or, un autre coureur unifolié figure dans ces pages. C'est ce qu'a révélé à La Presse le patron de l'agence canadienne antidopage.

«Les documents de l'USADA sur le cas Lance Armstrong nous ont donné beaucoup d'information. On en a reçu sur Michael Barry, par exemple. Mais il y avait d'autres athlètes canadiens nommés dans cette enquête, indique le président du Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES), Paul Melia. On a donc joint ces athlètes, et Ryder [Hesjedal] était l'un d'eux.»

Dans un courriel subséquent, le CCES a précisé «que deux cyclistes canadiens non nommés figuraient dans l'enquête sur le cas Armstrong». Michael Barry est nommé dans les documents de l'USADA. L'un de ces deux cyclistes anonymes serait donc Ryder Hesjedal; le second demeure inconnu.

Entente de confidentialité

Ce coureur est-il actif? A-t-il admis aux enquêteurs s'être dopé? Paul Melia n'a pas voulu en dire davantage. Ces renseignements sont sensibles. Pour inciter les cyclistes à briser la loi du silence, les agences antidopage ont signé des ententes de confidentialité avec ceux qui étaient prêts à passer aux aveux.

Le CCES en avait signé une avec Hesjedal. L'agence savait depuis des mois qu'il avait admis s'être dopé en 2003, mais elle ne pouvait rien en dire. Hesjedal a choisi de passer aux aveux seulement lorsque des extraits embarrassants d'un livre du Danois Michael Rasmussen ont été publiés dans les journaux la semaine dernière.

Il se pourrait donc que le cycliste canadien inconnu soit passé aux aveux devant l'USADA et le CCES, mais qu'il attende au dernier moment avant d'avouer en public s'être dopé. «Notre enquête sur le dopage dans le cyclisme canadien continue, note Paul Melia. Mais nous n'avons pas les moyens de forcer des aveux.»

Une stratégie remise en question

Dans la lutte contre le dopage, le CCES ne dicte pas entièrement l'ordre du jour. On peut se demander si le public aurait appris que Hesjedal s'est dopé, n'eût été les révélations de Rasmussen.

«Je suis convaincu qu'il n'aurait rien dit, fait valoir le cycliste professionnel François Parisien. Tu ne mens pas à ta famille et tout le monde pendant dix ans pour passer aux aveux sans raison. Il a été poussé par le livre de Rasmussen.»

Le grand patron de l'antidopage canadien défend sa stratégie. Selon Paul Melia, les ententes de confidentialité sont souvent la seule manière d'obtenir des aveux. «On ne pouvait rien dévoiler à cause de l'accord de confidentialité, dit-il. Nous avions les mains liées d'une certaine façon.

«Je comprends ceux qui disent: "Wow, le CCES savait que Ryder Hesjedal s'est dopé." Et pourtant, il se présente partout comme un athlète propre, et on ne dit rien. C'est une situation difficile, admet M. Melia. Mais pour convaincre les athlètes de participer à nos enquêtes, il faut une certaine confidentialité.»

L'enquête de l'USADA a tout de même été efficace. Elle a forcé les aveux de Lance Armstrong en janvier dernier. Ce dernier a depuis été dépouillé de ses sept victoires au Tour de France.

Les noms des cyclistes anonymes cités dans l'enquête sont connus d'un cercle très restreint. Les agences antidopage canadienne et américaine les connaissent. Mais la Fédération canadienne de cyclisme est tenue dans l'ignorance.

«À savoir s'il y a d'autres Canadiens qui seraient passés aux aveux, on ne sait rien, a expliqué hier le porte-parole de la Fédération, Guy Napert-Frenette. On ne savait même pas que Ryder Hesjedal collaborait avec le CCES. On l'a appris le jour où il est passé aux aveux. On était tous très surpris.»

Le nom du troisième cycliste canadien cité dans les documents incriminants de l'USADA pourrait donc être tu à jamais, comme il aurait très bien pu advenir de celui d'Hesjedal. Mais ce cycliste inconnu existe. Pour lui, le temps des aveux publics n'est pas encore venu. Et peut-être ne viendra-t-il jamais.

«Je comprends qu'ils veulent faire le ménage et que la seule façon de le faire, c'est de donner une certaine amnistie, lance François Parisien. Mais le message que ça envoie à un cycliste comme moi qui a couru dans ces années-là, c'est que j'aurais dû me doper et ne le dire à personne. C'est ça, le message que ça envoie.»

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Dans la foulée de l'affaire Armstrong

Pour incriminer Lance Armstrong, l'USADA a eu recours à des dizaines de témoignages. Onze cyclistes ont accepté de collaborer au grand jour: leur nom est apparu dans les documents. Plusieurs autres ont demandé l'anonymat: c'est le cas de Ryder Hesjedal et de cet autre cycliste canadien toujours inconnu.

George Hincapie

Hincapie est passé aux aveux publics le jour où les documents de l'USADA ont été rendus publics, soit le 10 octobre 2012. Son nom y figurait. Le cycliste a témoigné contre Armstrong, dont il a été le coéquipier lors de ses sept conquêtes du Tour de France. Il a expliqué aux enquêteurs que l'équipe US Postal s'était fait écraser lors de la classique Milan-San Remo, au milieu des années 90. Armstrong était furieux. «On se fait démolir et tout le monde se dope», aurait dit le Texan. C'est à partir de ce moment que le dopage s'est généralisé dans l'équipe américaine. Hincapie a été suspendu pour une période de six mois. Il a pris sa retraite et n'a plus couru depuis.

Michael Barry

Le Torontois Michael Barry a fait partie de l'équipe de Lance Armstrong de 2002 à 2006. Il a accepté de témoigner sans condition, et son nom apparaît dans les documents de l'USADA. Tout comme Hincapie, il a admis publiquement s'être dopé lorsque les documents ont été rendus publics, le 10 octobre 2012. Barry dit avoir consommé de l'EPO de 2003 à 2006. Il a été suspendu pour une période de six mois. Barry a pris sa retraite et n'a plus couru depuis.

Ryder Hesjedal

Hesjedal a accepté de collaborer à l'enquête sous le couvert de l'anonymat. Son nom est caviardé dans les documents de l'USADA. Il a admis s'être dopé en 2003. Puisque l'Agence mondiale antidopage prévoit une prescription de huit ans, elle n'a pris aucune sanction contre lui. Hesjedal poursuit donc sa carrière.