Comme une étape de montagne qui ne veut pas finir, Lance Armstrong vit un calvaire qui ne veut pas mourir. Dépouillé officiellement lundi de ses sept titres de vainqueur du Tour de France, le champion déchu risque maintenant la prison.

Gabriel Béland LA PRESSE

L'Union cycliste internationale (UCI) a convié les médias à ses bureaux de Genève, lundi, pour réagir aux révélations de l'Agence antidopage américaine (USADA). L'UCI allait-elle réfuter le rapport de 200 pages dévoilé il y a deux semaines par l'USADA? Ou allait-elle en adopter les conclusions, soit que Lance Armstrong a été à la tête du système de dopage le plus élaboré de l'histoire du sport?

L'UCI a finalement cédé aux preuves accablantes réunies par l'agence. «Armstrong n'a pas sa place dans le cyclisme», a déclaré le président de l'UCI, l'Irlandais Pat McQuaid. Le Texan a donc été dépouillé de tous ses titres, dont les sept qu'il a remportés de 1999 à 2005 sur la Grande Boucle. Il est aussi suspendu à vie.

Mais les déboires d'Armstrong ne se terminent pas ici. L'histoire de la sprinteuse Marion Jones en est un vibrant rappel: il y a pire pour un athlète que de se voir privé de ses victoires. Après avoir perdu ses cinq médailles olympiques, l'Américaine a passé six mois en prison pour parjure. Elle avait menti à des agents fédéraux lors de l'enquête autour de l'affaire BALCO, en 2004, en disant n'avoir jamais consommé de stéroïdes.

Aujourd'hui, «l'affaire Armstrong» pourrait emprunter une voie similaire. Sa judiciarisation semble même inévitable. La première salve est venue dès lundi. Dans la foulée de la décision de l'UCI, une compagnie d'assurance du Texas a réclamé 7,5 millions de dollars à Armstrong.

Pourquoi? En 2004, l'équipe US Postal avait promis un bonus de 5 millions à Armstrong s'il remportait un sixième Tour de France. Le propriétaire de l'équipe à l'époque, Tailwind Sports, avait assuré ce bonus, et c'était donc à la compagnie d'assurance SCA Promotions de verser les millions au cycliste.

Mais SCA Promotions avait refusé de payer la somme, arguant que le Texan était dopé. Devant la Cour, Armstrong s'était défendu sous serment. Puisque le contrat prévoyait un bonus s'il devenait «gagnant officiel» du Tour de France, le cycliste avait remporté le procès. SCA Promotions avait dû lui verser les 5 millions, plus 2,5 millions en frais juridiques.

C'est cette somme de 7,5 millions que réclame aujourd'hui la compagnie d'assurance à Armstrong, qui n'est plus, depuis lundi, «gagnant officiel» de quoi que ce soit. «Si nous ne recouvrons pas cette somme, nous entreprendrons des procédures juridiques contre M. Armstrong d'ici cinq jours ouvrables [soit lundi prochain]», a dit l'avocat de l'entreprise à la BBC.

Sept affirmations fausses

Mais ce recours n'est que la pointe de l'iceberg. Il pourrait bien sûr entamer la fortune personnelle de Lance Armstrong, évaluée à 100 millions par le magazine Forbes. Tout comme la perte, lundi, d'un autre commanditaire: après Nike, Trek et Anheuser-Busch, c'était au tour de l'entreprise Oakley de se dissocier de l'athlète de 41 ans.

Mais les considérations financières ne pèsent pas lourd devant la possible réouverture d'une enquête fédérale mystérieusement sabordée en février dernier. Elle pourrait mener directement à des accusations de parjure, selon l'USADA.

L'Agence antidopage rappelle dans son rapport fracassant que Lance Armstrong a assuré sous serment, lors du procès de 2005 contre SCA Promotions, ne jamais s'être dopé. En fait, l'Américain aurait dit sept mensonges lors du témoignage de trois heures et demie qu'il avait livré à l'époque. Il a notamment affirmé avoir cessé toute relation professionnelle avec le Dr Michele Ferrari après le mois d'octobre 2004, n'avoir jamais consommé de drogue de performance, qu'il ignorait que Tyler Hamilton en consommait, etc.

«Chacune de [ces sept] affirmations faites sous serment et sujettes à parjure est fausse», écrit l'USADA.

Les accusations de parjure sont souvent utilisées pour coincer des athlètes soupçonnés de dopage. Marion Jones est allée en prison pour parjure. Barry Bonds a aussi été accusé de parjure dans l'affaire BALCO. Le joueur de baseball a écopé de 30 jours de prison à purger dans la communauté. Bonds a porté le jugement en appel.

Reste maintenant à voir si Lance Armstrong sera le prochain sur la liste. Après avoir perdu ses commanditaires, ses sept titres de vainqueur du Tour de France, sa crédibilité et la direction de la fondation qu'il a lui-même créée, ce serait la suite logique - mais bien déprimante - d'un des plus grands scandales sportifs de tous les temps.