En 1964, Giuseppe Marinoni s'apprête à retourner en Italie, après une compétition de vélo sur les rives du Saint-Laurent. Valise à la main, il est sur le point d'entrer dans le taxi pour l'aéroport quand son ami, le pizzaiolo Federico Corneli, le convainc de rester au Canada. Plus de 45 ans plus tard, celui que l'on surnomme «Pépé» est le plus célèbre constructeur de vélo au pays.

Mis à jour le 1er sept. 2011
Simon Coutu, collaboration spéciale LA PRESSE

L'exposition de photos et de vélos Inventé relate la carrière du nonno (grand-papa en italien) de la bicyclette au Québec. Une série de clichés récents de l'artisan ont été pris par Zoe Casino. Le vernissage a lieu aujourd'hui dans l'édifice La Patrie, au 180, rue Sainte-Catherine Est, dans le cadre du Bicycle Film Festival qui se tient jusqu'à samedi.

À l'âge où d'autres en profitent pour jardiner ou faire leur propre vino, Giuseppe Marinoni fabrique et peinture toujours des centaines de vélos et roule 9000 km par année. Lorsque La Presse l'a visité dans son atelier, il venait tout juste d'en avaler 100.

M. Marinoni dit avoir été le premier à fabriquer des vélos à la main au Canada.

Depuis les débuts de l'entreprise, en 1974, il en a assemblé 35 000. Certains des meilleurs coureurs canadiens, dont Steve Bauer et Jocelyn Lovell, ont chevauché une bicyclette de la fabrique de Terrebonne.

Le romantique

Marissa Plamondon-Lu, productrice du volet montréalais du Bicycle Film Festival et propriétaire de la boutique de vélos Bikurious, voue un culte à «Pépé». «C'est l'un des seuls à continuer de fabriquer des vélos de ses propres mains, tous les jours. J'ai organisé cette exposition pour le remercier de sa contribution au milieu du cyclisme. Au-delà de l'acier et de la peinture, il y a ses mains qui travaillent. Marinoni, c'est le romantisme du vélo.»

La jeune femme d'origine sino-québécoise a cogné à la porte de l'usine Marinoni avec le désir d'apprendre à fabriquer des vélos. Elle y retourne régulièrement pour discuter avec le maître.

«Je crois qu'il me trouve drôle, dit la cycliste de 26 ans. Je suis la fille enthousiaste qui entre dans la fabrique et qui aime parler avec Pépé. Je crois qu'il est capable de voir que je veux apprendre. On est de deux générations différentes, mais le lien, c'est les vélos et leur fabrication. On a le même langage.»

Inventeur

Construire des bicyclettes n'est pas bien compliqué, affirme M. Marinoni. Mais pendant toute sa carrière, il a inventé de petits trucs pour améliorer et accélérer leur production. Même si elle est réputée pour ses cadres en acier, la compagnie en fait aussi en carbone, en titane et en aluminium, le tout, sur mesure.

Le dos courbé comme un homme qui a passé sa vie sur deux roues, Giuseppe Marinoni fait visiter son atelier avec fierté. Dans la salle d'assemblage, ça parle fort en italien. Des vélos fraîchement peints brillent, pendus au plafond. La femme de l'artisan, Simone, interrompt l'entrevue pour lui rappeler qu'il doit en peindre d'autres avant de revenir à la maison.

La production de la petite entreprise est toujours restée à échelle humaine. Environ 800 vélos en sortent chaque année. «On n'a jamais voulu voler personne ici, dit-il, avec un accent italo-québécois typique. Si je peux payer les employés et prendre des vacances, c'est l'essentiel!»

«Pépé» n'est pas prêt à ranger son chalumeau. «Celui qui m'a appris à faire des vélos avait 85 ans!», s'exclame-t-il. Mais aujourd'hui, c'est le fils de M. Marinoni, Paolo, qui tient le «guidon» de la compagnie familiale. Le septuagénaire en profite pour faire de longues sorties à vélo dans les Laurentides, le plus souvent possible. «À 74 ans, si je n'avais plus le temps de faire du «bicycle», ce serait bien le comble!»

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Inventé: l'Oeuvre de Giuseppe Marinoni

Vernissage: Aujourd'hui de 18h à 21h

Demain et samedi: de 13h à 16h

180, rue Sainte-Catherine Est, 2e étage