Nadia, Butterfly est le seul film canadien à faire partie de la sélection officielle du 73e Festival de Cannes, qui n’aura pas lieu en raison de la pandémie. La nageuse Katerine Savard, qui tient le premier rôle, est renversée.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Cela tient presque de la mise en abyme : les Jeux olympiques de Tokyo, pour lesquels la nageuse Katerine Savard tentait de se qualifier, n’auront pas lieu l’été prochain à cause de la pandémie.

Mais le personnage qu’elle interprète dans Nadia, Butterfly a déjà disputé ses derniers JO dans la capitale japonaise, où le film a fini d’être tourné l’automne dernier.

Voilà qu’à la surprise générale, ce deuxième long métrage réalisé par Pascal Plante fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes, a-t-on appris mercredi. Repoussée une première fois en juillet, la 73e présentation a été carrément annulée en raison de la crise sanitaire mondiale.

Même si elle ne pourra défiler sur la Croisette, Katerine Savard ne refusait pas son bonheur.

J’aurais aimé vivre l’expérience à 100 %, avec les robes et tout, mais je ne peux pas être plus contente. Premier film, première expérience, c’est malade !

Katerine Savard

Savard, qui tient le premier rôle, admet avoir « capoté » quand Plante a annoncé l’heureuse nouvelle à son équipe d’actrices avant la conférence de presse officielle à Paris. « La première chose à laquelle j’ai pensé c’est : mon Dieu, je n’ai pas encore vu le film ! On imagine que ça doit être bon, mais j’ai vraiment hâte de le voir. »

Son téléphone n’arrêtait pas de sonner. Elle était surprise de la tournure des événements. « On dirait que je ne réalise pas l’ampleur de ça. Je ne suis tellement pas de ce milieu-là. Je suis en apprentissage. C’est un grand pas qu’on vient de franchir pour une première expérience. »

Tête première

À l’invitation de Plante, lui-même ex-nageur, Savard s’est lancée dans cette nouvelle expérience sans trop réfléchir.

Le réalisateur québécois tenait à ce que les scènes sportives soient réalistes, un défi énorme en natation, d’où l’idée de faire appel à de vraies athlètes. La médaillée olympique au relais à Rio est entre autres accompagnée par son amie Ariane Mainville, qui joue le même rôle dans le film, et Hilary Caldwell, qui a gagné le bronze au 200 m dos au Brésil en 2016.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Hilary Caldwell (deuxième à partir de la gauche), Katerine Savard (au centre) et Ariane Mainville, sur le plateau de Nadia, Butterfly

Savard interprète Nadia, évidemment une spécialiste du papillon, qui vit des « microdeuils », des doutes et quelques excès à l’aube de sa dernière compétition à Tokyo.

La néophyte a adoré son expérience sur les plateaux de tournage. Encore fallait-il être à la hauteur. Depuis l’annonce de sa participation, elle a souvent entendu qu’elle n’était pas une « vraie » actrice…

Ce sceau « Cannes 2020 », que les 56 films choisis pourront ajouter à leur générique d’ouverture, vient-il la rassurer ?

« Oui, mais c’est surtout pour le réalisateur. J’imagine qu’il doit être vraiment fier de son travail. Moi, j’ai juste fait ce qu’il m’a dit de faire, en fin de compte ! Ce film, c’est l’œuvre de tellement de personnes. »

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Katerine Savard, sur le plateau de Nadia, Butterfly, en août 2019

Elle ne dormira en paix que lorsqu’elle aura la chance de visionner le film dont la sortie officielle n’est pas prévue avant l’automne. « J’ai une crainte quand même. Qu’est-ce que les autres acteurs vont me dire ? »

À l’évidence, sa prestation a convaincu Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, évoquant « un film sur le jour d’après, quand une championne de natation […] se demande ce que son existence va devenir ».

« C’est un film réalisé par un homme, mais on a le sentiment qu’on vit avec cette femme du début à la fin, et c’est tout à fait formidable », a-t-il louangé lors du dévoilement télédiffusé en direct sur Canal+.

Si les chemins pour y parvenir ont été très différents, Savard souscrivait à l’idée de tracer un parallèle entre une médaille olympique et cette sélection pour le plus prestigieux festival de cinéma.

« Je vivais tellement de bonheur quand on est montées sur le podium olympique. La joie que je ressens en ce moment peut s’y comparer. »

De retour dans son élément

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Katerine Savard a récemment profité des bassins du Strøm Spa nordique, dans le Vieux-Québec, pour se remettre en forme.

Katerine Savard n’a pas attendu la réouverture officielle des piscines pour replonger. Depuis quelques semaines, l’athlète de 27 ans a retrouvé son élément dans des bassins privés. Elle a notamment profité d’une invitation de Strøm Spa nordique, dans le Vieux-Québec, avant la reprise de ses services de soins. « Ça va probablement sauver une partie de ma natation », a-t-elle confié. Ces jours-ci, elle se rabat sur la piscine hors terre chez sa mère dans la région de Québec, heureusement bonifiée d’un chauffe-eau dernièrement. « On m’attache à une corde et je nage sur la place. C’est ce que je vais faire jusqu’à ce que les piscines rouvrent. » « Pour l’instant », Savard a l’intention de tenter de se qualifier pour ses troisièmes JO, mais elle préfère ne pas regarder trop loin. « Je prends les occasions qui s’offrent à moi et on verra où ça va me mener. Si tu m’avais dit il y a un an que j’allais être à Cannes à cause d’un film, jamais je ne l’aurais cru… »