Sans tambour ni trompette, les Blues de St. Louis sont en voie de se construire une équipe redoutable.

Mis à jour le 16 févr. 2009
Mathias Brunet LA PRESSE

Le centre Patrik Berglund, un choix de première ronde en 2006, émerge cette saison parmi les recrues les plus productives de la Ligue nationale. Cet attaquant de 6'4 vient au deuxième rang des compteurs de l'équipe avec 35 points en 50 matchs (fiche de «14, la meilleure de son club).

À l'aile, deux autres choix de première ronde, T.J. Oshie, 22 ans, et David Perron, 20 ans, figurent aussi parmi les meilleurs attaquants de l'équipe. Oshie totalise 10 points à ses 10 derniers matchs tandis que Perron en a amassé 35 en 54 matchs.

En défense, deux extraordinaires jeunes défenseurs attendent à l'écart: Erik Johnston, premier choix au total en 2006, sur la touche en raison d'une blessure au genou subie durant la morte saison, et Alex Pietrangelo, quatrième choix au total en 2008, qui poursuit son apprentissage dans les rangs juniors après avoir entamé la saison à St. Louis. Les deux sont droitiers, mesurent plus de 6'3 et possèdent un potentiel offensif certain qui fait saliver la majorité des recruteurs.

Ajoutez à cela un jeune gardien prometteur, Jake Allen, du Junior de Montréal, repêché en deuxième ronde en 2008 - en plus de quelques autres solides espoirs dans les mineures -, et vous avez tous les ingrédients pour devenir une formation puissante d'ici deux ou trois ans.

Retour en arrière.

Juin 2000. Les Sénateurs d'Ottawa viennent de repêcher au 21e rang de la première ronde un jeune défenseur qui surpassera bien des joueurs sélectionnés avant lui, Anton Volchenkov. L'année précédente, c'était Martin Havlat au 26e rang. Deux ans plus tôt, Marian Hossa.

À la table des Sénateurs lors de ce repêchage de 2000 se trouvent le DG Marshall Johnson, André Savard et les recruteurs Trevor Timmins et Jarmo Kekalainen, entre autres.

Savard quittera pour le Canadien l'année suivante et embauchera ensuite Timmins à titre de responsable du recrutement. Johnson, qui avait succédé à Pierre Gauthier, se joindra aux Hurricanes de la Caroline tandis que Kekalainen acceptera le poste de responsable du recrutement des Blues en 2002 dans ce qu'on pourrait appeler «l'exode des cerveaux à Ottawa».

Le Tricolore, qui ne repêchait pas très bien entre 1995 et 2000, se reprendra de brillante façon à compter de 2001, première année en poste de Savard, qui jettera son dévolu sur Mike Komisarek au septième rang de la première ronde.

La situation ressemble drôlement à celle des Blues, qui repêchaient des Tyler Rennette, des Alexei Shkotov et des Tuomas Nissinen avant l'arrivée de Kekalainen, l'homme qui reçoit notre appel de la Suède et qui s'excuse pour son retard à notre rendez-vous téléphonique.

«Ce fut une belle période à Ottawa, a rappelé Kekalainen, qui a joué brièvement pour les Bruins de Boston et les Sénateurs avant de se consacrer à sa seconde carrière d'homme de hockey. Marshall Johnson, qui avait d'abord été embauché par Pierre Gauthier à titre de responsable du recrutement des Sénateurs, fut un mentor pour nous tous. J'ai tellement appris de lui. Puis, tous les gens avec qui j'aimais travailler ont quitté (à la suite de l'arrivée de John Muckler). Il était temps pour moi de changer d'air. Le directeur général des Blues, Larry Pleau, m'a offert le poste de responsable du recrutement en 2002, puis ils m'ont ensuite donné le titre d'adjoint au DG.»

Un coup de circuit

Kekalainen a frappé son premier coup de circuit en 2006. Les Blues détenaient le premier choix au total et ils ne pouvaient pas rater leur coup avec le défenseur Erik Johnson, mais ils ont également repêché Berglund au 25e rang, un choix obtenu dans l'échange qui avait envoyé Doug Weight aux Hurricanes.

Le Tricolore a plutôt opté pour le défenseur David Fischer au 20e rang. «Nous avions Berglund à l'oeil, a confié le responsable du recrutement chez le Canadien, Trevor Timmins, il y a deux jours. Mais nous avions certaines craintes. Il semblait plutôt immature à l'époque et il ne voulait pas quitter sa ville natale pour aller jouer dans la Ligue d'élite de Suède.»

Kekalainen, lui, n'était pas inquiet. «Étant moi-même Européen, je peux comprendre leur façon de penser. Surtout les Suédois. C'est important pour eux de donner à leur ville d'origine. Il n'a pas voulu jouer en première division parce qu'il voulait aider son club de deuxième division à monter en première. C'était la grosse affaire là-bas. On sait aussi que les Européens ne sont pas pressés de venir en Amérique. Il faut être patient. Aujourd'hui, Berglund adore St. Louis et il pense même y rester au cours de la saison morte.»

L'année suivante, en 2007, Kekalainen a pu mettre la main sur trois joueurs prometteurs en première ronde (grâce à une autre vente de débarras des Blues) : Lars Eller (13e), encore en Europe, le défenseur américain Ian Cole (18e) et Perron (26e), qui atteint la LNH dès sa première tentative. «Comme tout le monde, nous avions entendu des choses à propos de David Perron (de son caractère difficile). Mais Bill Armstrong, notre recruteur sur la côte Est, a fait ses devoirs. Il a passé beaucoup de temps dans l'entourage de l'équipe à Lewiston et finalement, ces rumeurs n'étaient pas fondées. Perron était neuvième sur notre liste en première ronde et Eller, sixième. Après avoir repêché Eller, je préférais opter pour un défenseur avec notre deuxième choix de la première ronde et mon feeling me disait que Perron serait encore disponible plus tard, mais pas Cole. J'avais raison.»

La suite s'annonce intéressante.