Matteo La Sala a fait le test pour La Presse : il a couru 10 km avec un couvre-visage, alors que la température était agréable (19 degrés). « Honnêtement, j’avais de petites appréhensions, a dit le coureur après avoir terminé son parcours en 50 minutes. Au final, je n’ai pas senti de gêne, sauf quand l’effort était plus soutenu. » Est-il souhaitable de courir masqué, en ces temps de pandémie de COVID-19 ? Voici six questions et réponses pour courir en minimisant les risques.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Peut-on être infecté dehors ?

On le sait : la transmission du coronavirus se produit essentiellement lorsqu’une personne infectée projette des gouttelettes à proximité d’une autre personne. Malheureusement, lorsqu’on pratique une activité physique, « les émissions de gouttelettes sont plus importantes, ce qui contribue à augmenter le risque de transmission du virus », indique l’Institut national de santé publique (INSPQ) dans son site internet. Grosse nuance : faire du sport à l’extérieur minimise ce risque, étant donné l’important pouvoir de dilution de l’air ambiant.

Qu’est-il conseillé ?

Être séparé en tout temps de deux mètres des autres – peu importe qu’on marche ou qu’on coure – est recommandé. Le risque est alors « vraisemblablement négligeable », d’après l’INSPQ. L’idéal est de courir hors des villes, ou encore à des heures indues, ce qui n’est pas toujours possible. « Lorsqu’on pratique un sport à proximité des gens, tel que la course ou le vélo sur pistes cyclables ou voies réservées et que ces endroits sont bondés, il va de soi que la distanciation est difficile à maîtriser », observe la Dre Mélissa Rattue, médecin d’urgence à l’hôpital Laurentien de Sainte-Agathe-des-Monts. La solution consiste alors à porter un couvre-visage.

Quel couvre-visage adopter ?

Le gouvernement du Canada recommande un couvre-visage « constitué d’au moins deux couches de tissu tissé serré », comme du coton ou du lin. N’importe lequel fait l’affaire, tant qu’il est ajusté et pas trop inconfortable. Moov Activewear, de Boisbriand, propose un masque « fait dans le tissu avec lequel on fait nos vêtements de sport », indique Stéphanie Tremblay, cofondatrice de l’entreprise spécialisée en cuissards et leggings. « C’est un tissu ultra-respirant, ultra-anti-bactérien, ultra-anti-odeurs », précise-t-elle. Un filtre est ajouté à ce couvre-visage.

À la boutique Courir de Montréal, aucun couvre-visage n’est vendu. « Quelques personnes nous en ont demandé, mais ce n’est pas vraiment notre spécialité », dit Patrick Billette, conseiller chez Courir. « Si je voulais en porter un pour courir, j’essaierais un cache-cou Buff ou quelque chose du genre », suggère-t-il.

  • Matteo La Sala court dehors régulièrement. « J’essaie de m’écarter le plus possible des gens, assure-t-il. Peut-être qu’en portant le masque, les gens avaient moins tendance à se décaler en me voyant. »

    PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

    Matteo La Sala court dehors régulièrement. « J’essaie de m’écarter le plus possible des gens, assure-t-il. Peut-être qu’en portant le masque, les gens avaient moins tendance à se décaler en me voyant. »

  • Sports Experts vend le masque pour entraînement de performance A4416 d’ATF, qui n’est toutefois pas conçu pour minimiser la transmission du coronavirus.

    PHOTO TIRÉE DU SITE DE SPORTS EXPERTS

    Sports Experts vend le masque pour entraînement de performance A4416 d’ATF, qui n’est toutefois pas conçu pour minimiser la transmission du coronavirus.

  • Des masques sont vendus au profit de Triathlon Québec et Triathlon Mondial Groupe Copley. « Les gens pourront certainement s’entraîner avec ces masques, mais je ne crois pas que ce sera nécessaire, pourvu que la distanciation soit respectée et que l’entraînement se déroule à l’extérieur, dit Patrice Brunet, président et chef de la direction chez Triathlon Mondial Groupe Copley. C’est plutôt pour que les sportifs affichent leurs couleurs à l’épicerie, dans la rue, et aussi bien sûr pour soutenir Triathlon Québec qui a tout de suite embarqué dans ce projet. »

    PHOTO FOURNIE PAR TRIATHLON MONDIAL GROUPE COPLEY MONTRÉAL

    Des masques sont vendus au profit de Triathlon Québec et Triathlon Mondial Groupe Copley. « Les gens pourront certainement s’entraîner avec ces masques, mais je ne crois pas que ce sera nécessaire, pourvu que la distanciation soit respectée et que l’entraînement se déroule à l’extérieur, dit Patrice Brunet, président et chef de la direction chez Triathlon Mondial Groupe Copley. C’est plutôt pour que les sportifs affichent leurs couleurs à l’épicerie, dans la rue, et aussi bien sûr pour soutenir Triathlon Québec qui a tout de suite embarqué dans ce projet. »

  • Le fabricant québécois Moov Activewear propose un couvre-visage. « Il peut très bien être utilisé pour les sports, dû à sa composition et par son intérieur fait de tissus au fil d’argent à 99 % », dit Stéphanie Tremblay, copropriétaire de Moov Activewear.

    PHOTO FOURNIE PAR MOOV ACTIVEWEAR

    Le fabricant québécois Moov Activewear propose un couvre-visage. « Il peut très bien être utilisé pour les sports, dû à sa composition et par son intérieur fait de tissus au fil d’argent à 99 % », dit Stéphanie Tremblay, copropriétaire de Moov Activewear.

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Un cache-cou léger, c’est justement ce qu’utilise le triathlète Samuel Neural. « Je le rabats sur mon nez lorsque la densité est trop importante dans certains secteurs ou lorsque le périmètre me semble insuffisant pour protéger les gens et me protéger en conséquence », explique-t-il. Gros avantage : le cache-cou peut être abaissé ensuite.

Faut-il adapter ses entraînements ?

Oui. Faire du sport masqué s’apprend – après tout, c’est généralement réservé aux superhéros. « La pratique d’un sport avec couvre-visage demande une adaptation, confirme la Dre Mélissa Rattue. On comprend qu’un tissu ou une autre matière qui camoufle le nez et la bouche entrave une respiration libre. Cela crée une résistance, donc l’effort même de respirer est augmenté, sans faire de sport. Si on ajoute la pratique d’un sport, on augmente encore le travail respiratoire. S’ensuit une fatigue plus rapide des muscles de tout le corps et une baisse de capacité à produire un effort physique. Un peu comme l’exercice en altitude, à moins grande échelle bien sûr. Cela exige que l’athlète prenne le temps d’adapter sa pratique. Ralentir la vitesse, baisser l’intensité pour ensuite l’augmenter progressivement, diminuer le temps de pratique du sport et prendre plus de pauses. »

Y a-t-il des précautions à prendre ?

Bien sûr. Les personnes souffrant de problèmes respiratoires ou cardiaques doivent faire attention avant de courir avec un couvre-visage. « Le port du masque augmente le travail respiratoire et, de ce fait, le travail cardiaque », rappelle la Dre Mélissa Rattue. Y aller graduellement, en demandant conseil à un professionnel de la santé, est recommandé.

Autre conseil : boire souvent, même s’il faut abaisser le couvre-visage, qu’on essaie par ailleurs de toucher le moins possible. Prévoir un masque de rechange, pour enlever celui qui est mouillé de sueur ou qu’on a trop manipulé, est une bonne idée.

Peut-on porter un masque d’entraînement ?

Les boutiques de sport proposent des masques d’entraînement, censés améliorer la capacité pulmonaire de ceux qui les portent. « Ce type de masque sert exclusivement à créer une résistance [parfois modulable] à la respiration afin d’augmenter l’endurance de la capacité respiratoire », indique la Dre Mélissa Rattue. Bien que son look risque de motiver les passants à s’écarter sur votre passage, il n’est pas conçu pour protéger du coronavirus.

Bonne nouvelle : s’entraîner avec un simple couvre-visage en tissu peut améliorer sa forme. « Si je respire contre une résistance, à la longue, ma capacité aérobique augmentera un peu, observe la Dre Mélissa Rattue. Ce n’est rien comparé à un athlète qui fait des camps d’entraînement en altitude, car il y a là diminution de concentration d’oxygène, mais qui sait ! »