La designer Marie-Ève Lecavalier deviendra jeudi la première femme canadienne à présenter une collection dans le cadre de la Semaine de la mode (Fashion Week) de Paris. Malgré qu’elle n’ait pas les moyens financiers des Dior, Chanel, Hermès et Louis Vuitton, la fondatrice de Lecavalier souhaite en mettre plein la vue.

Valérie Simard
Valérie Simard La Presse

« On ne veut pas arriver au Palais de Tokyo et que la Canadienne ne présente pas quelque chose de bien ! lance-t-elle à la blague. Je pense qu’on va réussir à surprendre. Je suis très fière du travail de toute l’équipe [de collaborateurs]. »

Lorsque nous l’avons jointe lundi à Paris, Marie-Ève Lecavalier mettait au point les derniers préparatifs de sa présentation, qui aura lieu jeudi, à 16 h (heure de Paris). La Semaine de la mode, qui regroupe 97 maisons de couture, renoue cette année avec les présentations et défilés devant public, bien que ceux-ci seront aussi offerts de façon virtuelle.

Pour Lecavalier, six mannequins présenteront la trentaine de pièces que compte la collection printemps-été 2022. La scénographie est signée par Paf atelier, une agence parisienne.

« C’est quand même beaucoup d’organisation pour le peu de budget qu’on a », remarque celle qui travaille seule au sein de sa marque.

On est pratiquement indépendant en ce moment. On a eu de l’aide de la Maison Simons et de la Fédération de la haute couture et de la mode, mais je suis un peu surprise de ne pas avoir obtenu plus d’aide chez moi.

Marie-Ève Lecavalier

Juste avant Paris, la designer montréalaise s’est rendue à Milan pour y filmer la vidéo de sa collection qui sera présentée jeudi et récupérer les échantillons qui ont été produits en Italie. Les pièces les plus complexes ont été fabriquées au Canada. La production s’est faite en accéléré puisque ce n’est qu’à la mi-juillet qu’elle a reçu l’invitation de la Fédération de la haute couture et de la mode à participer au volet des marques émergentes de la prestigieuse Semaine de la mode.

« La Fashion Week, c’est un peu comme Cannes. C’est une institution qui est là depuis longtemps et les plus grands créateurs ont toujours présenté à Paris. De faire partie de ce réseau, c’est une chance incroyable. C’est quelque chose dont je rêvais depuis vraiment longtemps. » Affairée aux derniers préparatifs, elle dit ne pas réaliser tout à fait l’ampleur de ce qu’elle est en train de vivre.

Collection automne-hiver de Marie-Ève Lecavalier

  • Tenue de la collection automne-hiver 2021-2022 de Marie-Ève Lecavalier

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE MARIE-ÈVE LECAVALIER

    Tenue de la collection automne-hiver 2021-2022 de Marie-Ève Lecavalier

  • Tenue de la collection automne-hiver 2021-2022 de Marie-Ève Lecavalier

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE MARIE-ÈVE LECAVALIER

    Tenue de la collection automne-hiver 2021-2022 de Marie-Ève Lecavalier

  • Tenue de la collection automne-hiver 2021-2022 de Marie-Ève Lecavalier

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    Tenue de la collection automne-hiver 2021-2022 de Marie-Ève Lecavalier

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Une nouvelle technique

La collection, qui sera dévoilée jeudi, sera dans la continuité du travail qu’elle a amorcé depuis la fondation de Lecavalier. On y retrouvera le regard particulier qu’elle porte sur les chemises, les imprimés, le denim et le cuir, dans une démarche axée sur le fait main et le surcyclage. Celle qui a développé sa propre technique de tricot à partir de retailles de cuir confie avoir mis au point une nouvelle technique dont les résultats seront présentés dans sa nouvelle collection.

« Notre technique textile nous permet de réutiliser les petits morceaux de cuir pour en faire des pièces assez imposantes. On a une pièce qui a été toute faite à la main et qui a nécessité des heures et des heures de travail. » Pour les imprimés, Marie-Ève Lecavalier a notamment travaillé avec une autre Marie-Ève, Dion, fondatrice de la teinturerie végétale Marie-les-bains à Eastman. « Elle fait des impressions avec des fleurs qu’elle cueille elle-même, précise la designer. C’est assez beau, l’effet que ça a. C’est un imprimé un peu plus écoresponsable qui va différer un peu des imprimés très graphiques qu’on a habituellement et qui vont aussi être présents. »

Inspirée du film Holy Mountain d’Alejandro Jodorowsky, de l’opéra filmé Tales of Hoffmann et des mouvements de la danseuse et chorégraphe Pina Bausch, cette collection printanière se veut plus féminine que la précédente et aussi plus « mystique ». « Je pense que c’était une période assez importante pour moi en tant que personne et en tant que femme », observe Marie-Ève Lecavalier.

Je me suis beaucoup inspirée des femmes ; il y a du voilement et du dévoilement, et il y a ce lien par rapport au rêve à la réalité qui revient, mais d’une façon un peu plus méditative.

Marie-Ève Lecavalier

Déjà habituée aux honneurs à l’étranger (prix Chloé au festival d’Hyères en 2018, finaliste au prix LVMH en 2019 et finaliste à l’International Woolmark Prize en 2021), Marie-Ève Lecavalier dit voir déjà l’impact de sa participation à la Semaine de la mode dans la couverture de presse, notamment.

« Mon but est de bâtir une marque solide, qui va durer dans le temps et qui va impliquer beaucoup d’autres gens, affirme-t-elle. Je fais le pari de lancer une maison haut de gamme à Montréal, ce qui n’est pas très dans les règles de l’art entre guillemets, mais je sens qu’avec la COVID, on a démontré que ce n’est pas nécessaire de s’établir à Paris. J’ai besoin d’être proche de ma communauté pour être capable d’arriver à faire tout ça. […] Je pense que je suis la seule au Canada qui fait ce que je fais et je vois à quel point il y a beaucoup de gens qui aimeraient s’impliquer là-dedans, dans des trucs moins commerciaux. Il y a beaucoup d’avenir. »

Consultez la page Facebook de la designer Consultez le site officiel de Marie-Ève Lecavalier