L’une n’achète que des vêtements de seconde main ou presque. L’autre s’offre encore des morceaux neufs, mais elle scrute scrupuleusement les étiquettes. Portraits de deux femmes dont le rapport aux vêtements a beaucoup changé au fil des années.

Émilie Côté
Émilie Côté La Presse

Joannie Lemaire : mieux acheter neuf

Joannie Lemaire a 30 ans. Elle vit à Anjou et elle est la mère d’un bébé de quelques semaines.

Elle n’a jamais été une « fashionista », dit-elle. « J’achète des vêtements pour leur fonctionnalité et quand ceux que j’ai sont en train de se défaire. » C’est quand elle a commencé à travailler qu’elle s’est mise à acheter plus de vêtements. « Je voulais renouveler ma garde-robe plus fréquemment pour avoir un look plus propre. »

« J’ai déjà acheté cheap au Garage, chez Dynamite et chez Ardène. Comme il y a beaucoup de promotions 3 pour 15 $, j’achetais en plus grande quantité car il y avait des aubaines, raconte-t-elle. Aujourd’hui, j’achète un vêtement car il est fonctionnel, passe-partout et confortable. J’en achète beaucoup moins qu’avant. »

« Il y a moyen de continuer d’acheter neuf, mais de façon responsable », souligne-t-elle.

Elle fréquente aussi les friperies et les magasins Renaissance. « Je n’ai acheté aucun linge de maternité neuf. »

C’est en faisant un baccalauréat en biologie et en côtoyant des gens soucieux de l’environnement que Joannie s’est mise à acheter en vrac et de seconde main.

Elle a aussi été scandalisée en 2016 quand l’émission J.E. a révélé que des milliers de vêtements neufs de l’entreprise québécoise Groupe Dynamite avaient été détruits faute d’être vendus. « J’ai arrêté d’aller chez Dynamite et Garage. »

Depuis, elle regarde la qualité des tissus, mais aussi le lieu de production.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Joannie Lemaire

Cela a beau être en tissu recyclé, si c’est fait au Bangladesh, l’empreinte écologique est trop grande.

Joannie Lemaire

Joannie Lemaire a changé ses habitudes de consommation, mais elle n’est pas vertueuse pour autant. « Des fois, j’ai le goût d’avoir un vêtement neuf et de l’user moi-même, dit-elle en riant. Et quand j’achète des vêtements avec des fibres recyclées, cela me déculpabilise. »

Mais elle s’assure que le pourcentage de fibres recyclées soit assez élevé. « Je ne prends rien de ce qu’on m’annonce pour du cash. »

Parlant de cash, la mère de famille ne cache pas que son portefeuille a son mot à dire. « J’achète pour le prix aussi. Souvent, les beaux morceaux de designer faits au Canada ne sont pas achetables. »

Elle se tourne souvent vers la chaîne de vêtements québécoise Tristan. « Il y a beaucoup de vêtements faits au Canada. »

Dans l’avenir, Joannie Lemaire espère que plus de marques vendront des vêtements avec 100 % de fibres synthétiques recyclées.

Marie Thivolet : le seconde main en ligne

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

« Mon rapport aux vêtements a beaucoup changé. Non seulement j’achète seconde main, mais j’essaie aussi d’avoir moins de vêtements et de meilleure qualité », affirme Marie Thivolet.

Marie Thivolet n’achète pratiquement que des vêtements usagés. On pourrait croire qu’elle adore passer des heures entre deux rangées d’une friperie ou de Renaissance. Détrompez-vous. La Montréalaise d’origine française n’aime pas l’acte de magasiner. Elle préfère aller en ligne.

Le marché des vêtements de seconde main est en plein essor sur le web. Sur Marketplace ou dans des groupes d’achat et de vente, mais aussi sur des sites comme Bon magasinage et Poshmark (qui est offert au Canada depuis 2019). Vinted, fort populaire en Europe, a aussi été lancé au Canada en mai dernier.

« Mon rapport aux vêtements a beaucoup changé. Non seulement j’achète seconde main, mais j’essaie aussi d’avoir moins de vêtements et de meilleure qualité. »

Son chemin vers une consommation minimaliste a été « progressif ». « La première étape a été d’acheter moins, explique Marie Thivolet. Je faisais le tri de mes vêtements et je constatais qu’il y avait beaucoup de trucs que je ne portais pas. »

« Le fait de pouvoir acheter seconde main en ligne a vraiment aidé ma transition », ajoute-t-elle.

Les rares fois où Marie Thivolet se permet d’acheter un morceau neuf, elle choisit scrupuleusement la marque et le tissu. Récemment, elle a acheté un chemisier en chanvre d’une marque artisanale.

« Être bien habillée était important pour moi, mais je n’ai jamais été une accro du shopping. »

Elle ne se souvient pas de la dernière fois qu’elle a acheté un chandail dans une grande chaîne associée à la fast fashion. Mais de là à dire qu’elle n’achètera plus jamais neuf, il y a un pas...

« Je me suis toujours dit de ne pas être trop stricte. Il faut rester souple dans la vie... Mais avec le temps, cela ne me tente plus. »

Je ne m’impose pas de ne pas acheter tel pull chez Zara, mais avec le temps, l’envie passe... Et le pull, je sais que je vais le trouver de seconde main dans six mois.

Marie Thivolet

Il faut d’abord connaître nos besoins, explique-t-elle. « Ultraconsommer seconde main, ce n’est pas mieux. Il faut que ce que l’on possède nous soit utile... Ensuite, on peut réfléchir à la source. »

Plus jeune, Marie Thivolet se retenait de porter la même robe devant les mêmes gens deux fois de suite. « Aujourd’hui, je me dis : si c’est ma robe préférée, je peux la porter quand je veux. »

Consultez le site de Vinted Consultez le site de Bon magasinage