Il n’y a pas grand-chose qui n’a pas changé dans la vie de Nathalie depuis le début de la pandémie. Elle s’est lancée dans une nouvelle passion, songe à lâcher son boulot, a abandonné son sport, et a même acheté une nouvelle maison ! Son nouveau dada : les bikinis, mesdames et messieurs.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

« Il n’y a pas grand-chose qui n’a pas changé... à part mon chum ! » pouffe de rire la dynamique blonde, rencontrée un matin de juin pour jaser lunettes et bikinis, mais aussi... haltérophilie !

Il faut dire que sa vie prépandémie était archi-remplie, merci : directrice pour le continent américain d’une boîte de montures de lunettes, Nathalie Elharrar était en prime une grande sportive. Ses journées commençaient immanquablement par deux heures et demie d’entraînement et de poids. Le sport, elle en mangeait. Et ce, depuis plus de 20 ans. « J’étais addict... »

On a du mal à la croire, à voir ses tout petits bras devant nous. Et pourtant : « mon corps était complètement différent... », confirme-t-elle.

La preuve, la veille de notre rencontre, elle est retournée faire un tour au gym. Quelque trois mois sans y avoir mis un pied : « mon coach m’a dit : ‟Mon Dieu, qu’est-ce qui s’est passé ? » Et moi dans ma tête, ça a fait : au-re-voir... »

Au revoir, la compétition, au revoir, la performance à outrance. « Lever des poids, ça ne me tente plus... »

Moi-même, ça me surprend de ne pas avoir envie. J’ai comme un détachement. Un relâchement de l’obsession de performer. De me dépasser.

Nathalie Elharrar

Bien sûr, le sport reste présent dans sa vie : question de santé, elle court désormais tous les jours. « J’aurai toujours besoin de l’entraînement pour mon bien-être. Ça, je ne pourrai jamais m’en passer. Mais pour me dépasser ? » Disons qu’elle a trouvé une autre « obsession »...

Laquelle ? Ça ne s’invente pas, et Nathalie en est la première surprise : les bikinis ! Mais une petite parenthèse s’impose ici. Ce qu’il faut savoir, c’est que Nathalie gravite dans le monde des lunettes depuis qu’elle a 17 ans. Elle a gravi tranquillement, mais sûrement les échelons. « Je ne suis pas tant passionnée, confie-t-elle. Mais je suis bien. » « Bien », parce que très bien payée, avec tous les avantages, auto fournie, qui viennent avec. « Mais ce n’est rien qui me passionne. Vendre des lunettes, ça fait 20 ans que je fais ça... » Fin de la parenthèse.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Travailler avec du tissu stretch, c’est dur, s'est fait dire Nathalie. mais c’était mal la connaître. Elle est bien fière du résultat.

La vie fait parfois bien les choses : une semaine avant le début du confinement, début mars, donc, Nathalie s’inscrit à un cours de couture, à la Fabrique éthique. « J’étais tannée des bikinis achetés ici qui ne font jamais bien. Je finis toujours par commander mes bikinis en Australie. Mais ça revient cher, avec le shipping, le taux de change. Sauf que là-bas, ça fit parfaitement. Ça ne crée jamais de bourrelets. Là-bas, les bikinis avantagent la femme ! » D’où l’idée : si les bikinis ne font pas, « je vais m’en faire ! »

Arrivé au cours, on l’a mise en garde : travailler avec du tissu stretch, c’est dur, Nathalie... « Ouais, ouais... » C’était mal la connaître. Une fois le cours (trois heures) fini, elle est allée directement s’acheter une première machine à coudre. « Et je suis partie sur une go ! » dit-elle en riant.

Puis est arrivée la pandémie. Le confinement. Et l’arrêt complet d’une bonne partie de ses activités. « Horrible à dire », reconnaît-elle :

Mais oui, vraiment, le confinement, c’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver !

Nathalie Elharrar

Parce qu’elle s’est retrouvée avec une quantité inestimable de temps sur les bras : fini le boulot (pour un temps du moins), fini le sport (au quotidien). Place au temps pour réfléchir (« ça fait longtemps que je pense à me réorienter »), et surtout pour s’adonner à sa nouvelle passion ! « Je n’aurais jamais pensé que j’irais vers les bikinis ! », dit-elle en riant de plus belle.

On ne peut pas dire qu’elle soit restée contemplative bien longtemps : pour les raisons que l’on sait, elle a poursuivi ses cours en ligne, trouvé des tutoriels sur YouTube, acheté des patrons en PDF, une deuxième machine, racheté des tissus (en ligne toujours), réorganisé son appartement faute d’espace, décidé avec son conjoint qu’il fallait déménager (faute d’espace toujours), puis (surtout !) cousu sans arrêt. Encore et encore, jusqu’à ce qu’elle arrive enfin à son bikini parfait. « Je l’ai donné à la fille de mon copain de 20 ans, elle m’a dit : “voyons donc, c’est bien beau”. Ses amies tripaient toutes. Tout le monde a tripé... » D’où l’idée : « je pourrais me partir une petite ligne de bikinis, faire un site web, me mettre sur Instagram... »

Surtout, elle a réalisé qu’elle allait franchement « bien ». « Je faisais un maillot, et j’avais juste envie d’en faire un deuxième, dit-elle. Je pourrais faire ça toute la journée sans arrêt. Et je me suis dit : c’est ça, être passionné ! »

Elle le réalise aujourd’hui : « J’ai pris du recul sur tout. Et je pense qu’il y a bien du monde qui est devenu plus créatif. Qui s’est dit : je travaille comme un fou, mais j’ai le goût d’autre chose dans la vie. »

Au revoir, les lunettes ? « Je ne peux pas garantir que ça va marcher. Mais je me lance ! »

Consultez le site de Nathalie Elharrar