Le créateur Rad Hourani a collaboré cette année avec la cohorte des étiudiants de dernière année de l’École supérieure de mode (ESM) de l’UQAM en réalisant la direction artistique de la publication annuelle qui met en vitrine leurs projets de fin d’études.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Le designer, connu pour sa ligne homonyme de vêtements unisexes, mais aussi pour son travail de directeur artistique et consultant, notamment à Londres, a beaucoup aimé son expérience, lui qui avait également été invité à donner un cours de design et création en septembre 2019 aux étudiants de l’ESM. « J’ai accepté, car c’est une contribution à la nouvelle génération et à la société. C’était une première expérience du genre pour moi et j’ai adoré pouvoir contribuer de cette façon », déclare-t-il au téléphone.

Il a conseillé tant la vingtaine d’étudiants de dernière année en design de mode que les étudiants en commercialisation et gestion de la mode, mais a fait un travail plus poussé avec les futurs designers. « J’ai rencontré chacun des étudiants individuellement afin de bien comprendre leur vision et de les aider à transmettre ce qu’ils voulaient exprimer. C’est important que l’image présentée soit à un niveau supérieur, car une image vaut mille mots. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Rad Hourani voit d’un bon œil la crise qui secoue actuellement le milieu de la mode.

Comment trouve-t-il la prochaine génération ? S’il a constaté que, baignant dans un flux constant d’information, elle a peut-être un peu perdu l’activation du « muscle » de la recherche — « les étudiants ont accès à tellement tout du bout des doigts » —, il a trouvé qu’ils étaient non seulement très « réceptifs et ouverts », mais que cette génération était plus prête que jamais à laisser aller sa créativité hors des critères commerciaux. « Avant, ce qu’on voyait beaucoup, c’était du commercial, ou juste copier ce qui se faisait à l’international. Aujourd’hui, la jeune génération se connecte plutôt à soi-même, à son identité. Elle est à l’aise de s’exprimer et n’est pas gênée de toucher à des histoires personnelles, familiales. J’ai bien apprécié ce courage », ajoute celui qui vient de rouvrir les portes de la Galerie Rad Hourani, dans le Vieux-Montréal — où il met en vedette chaque mois un artiste différent — et a lancé, virtuellement, sa nouvelle collection de couture unisexe 2020 récemment.

Alors que la planète mode est ébranlée par la pandémie, ses fondations sont en train de s’effondrer, avec de nombreuses marques qui voient leur modèle d’affaires affaibli. Ce qui n’est pas pour déplaire au créateur. « Quand j’ai commencé il y a 13 ou 14 ans avec ma ligne unisexe, je voulais travailler sur des modèles indémodables et intemporels, exprimer que ça n’avait pas de sens d’avoir autant de collections par année, de s’habiller tendance, consommer et jeter sans arrêt. C’est sûr que ce n’est pas nécessairement bon pour l’économie, mais je crois qu’il faut revisiter notre façon de faire de l’économie, de consommer. Je trouve ça positif de voir la fin de cet esclavage moderne. Quand je vois un veston à 29 $, alors qu’un veston prend des heures à fabriquer, je ne sais pas comment une entreprise peut le vendre à ce prix. Ça n’a aucun sens », estime celui qui dit avoir été beaucoup marqué par le documentaire The True Cost sur l’industrie de la fast fashion.

> Consultez la publication annuelle de l’ESM

> Consultez le site web de Rad Hourani