À cent mètres sous la frontière franco-suisse, les réparations du Grand collisionneur de Hadrons (LHC) progressent pour remettre en route ce laboratoire géant destiné à percer les ultimes secrets de la matière et de l'univers, en recréant des conditions proches du Big Bang.

Boris Cambreleng AGENCE FRANCE-PRESSE

Concentrés sur leur tâche, des techniciens circulent à vélo dans le tunnel circulaire de 27 km de long et interviennent sur les parties électriques ou mécaniques de cette tuyauterie ultra-complexe, avec l'objectif de relancer l'expérience en septembre.

Tous doivent avoir sur eux un masque à oxygène, au cas où de l'hélium refroidi à une température proche du zéro absolu (-273,15°C) viendrait à s'échapper de la ligne cryogénique qui refroidit plus de 1200 aimants supraconducteurs, longs de 15 mètres chacun.

Le 19 septembre 2008, quelques jours après l'inauguration du LHC, la défaillance d'une connexion électrique avait endommagé 56 aimants, qui avaient dû être remplacés ou réparés. Fin avril, le dernier d'entre eux a été redescendu dans le tunnel.

«Il y avait des composants mécaniques qui ont été soumis à des pressions supérieures à ce pourquoi ils avaient été conçus», a expliqué à l'AFP Francesco Bertinelli, ingénieur à l'Organisation européenne de la recherche nucléaire (Cern).

«On a ajouté des renforts spéciaux faits d'éléments capables de supporter cette barrière à vide, pour empêcher leur mouvement mécanique», a-t-il précisé.

Le but du LHC, dernier accélérateur de particules de l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (Cern), est de faire entrer en collisions des trillions (milliers de milliards) de protons à 99,99% de la vitesse de la lumière pour détecter des éléments instables jamais encore observés, mais dont l'existence est prédite par la physique théorique.

Producteur d'antimatière et peut-être de minuscules trous noirs, le LHC est terrifiant pour certains: en se désintégrant au contact de la matière ordinaire, un gramme d'antimatière aurait une puissance destructive supérieure à la bombe d'Hiroshima.

Cette possibilité, envisagée dans le roman Anges et démons de Dan Brown qui vient d'être porté à l'écran, reste toutefois purement théorique, car il faudrait deux milliards d'années au LHC pour produire un gramme d'antimatière !

Les collisions de protons créées dans le tunnel du LHC sont analysées au sein de détecteurs, pour certains aussi grands que des cathédrales.

«Lorsque nous entrechoquons des protons (les particules chargées positivement des noyaux d'atomes), des particules sont projetées dans tous les sens presque à la vitesse de la lumière», explique Dave Barney devant le Compact Muon Solenoïd (CMS), le plus lourd de ces détecteurs, qui pèse 12 500 tonnes.

Les détecteurs photographient les particules, qui sont déviés de puissants aimants, de façon différente en fonction de la nature de chaque particule. La masse d'informations recueillie est gigantesque, mais seules sont recherchées quelques traces d'éléments rares et instables.

«Si nous trouvons quelque chose d'intéressant comme le boson de Higgs, même à la vitesse de la lumière, il ne se déplacera que d'une fraction de millimètre, moins que ce que nous pouvons mesurer», ajoute M. Barney.

Le boson de Higgs, pièce manquante des briques fondamentales de la matière, qui confère une masse aux autres particules élémentaires, ne pourra être observé qu'indirectement.

«Nous sommes comme des détectives: nous recherchons les preuves sur le lieu du crime et essayons de comprendre qui est l'auteur», explique le physicien.