Le jour même où le typhon Haiyan dévastait les Philippines, des satellites étaient déjà en train d'être reprogrammés pour fournir le plus rapidement possible aux secours la cartographie des zones sinistrées, dit à l'AFP Catherine Proy, représentante de l'agence spatiale française (CNES) au sein de la Charte internationale «Espace et catastrophes majeures».

Publié le 14 nov. 2013
Laurent BANGUET AGENCE FRANCE-PRESSE

Créée en 2000 à l'initiative du CNES et de l'agence spatiale européenne (ESA), la Charte regroupe à ce jour quinze membres qui s'engagent à mettre en commun leurs moyens d'observation spatiaux en cas de catastrophes naturelles ou d'origine humaine.

Comment cette Charte a-t-elle été déclenchée pour venir au secours des Philippins ?

Elle a été activée presque en prévention. Les premières discussions ont eu lieu dès le jeudi, la veille du passage du cyclone sur les Philippines. Comme on connaît la trajectoire des cyclones, il est beaucoup plus facile d'anticiper que lors d'un tremblement de terre, comme c'était le cas à Haïti en janvier 2010.

Là, les satellites ont été programmés le jour même du cyclone, le vendredi.

La Charte a été activée par les Nations unies et son bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA). En l'occurrence, le chef de projet, qui coordonne tout, est américain: le Pacific Disaster Center qui est à Hawaï.

C'est cette personne qui a reçu toutes les propositions de reprogrammation des satellites et qui centralise les images, avec une grosse aide de la part d'Unosat à Genève (programme de l'ONU spécialisé dans les applications satellitaires, en particulier la cartographie humanitaire d'urgence, ndlr) qui fait tout le travail de traitement des cartes.

Comment se traduit l'aide apportée par ces satellites ?

Le réseau de la Charte fait appel à des satellites, publics ou dépendant d'agences gouvernementales, qui sont détournés gratuitement et prioritairement de leur mission classique pour répondre à des situations d'urgence.

Pour l'instant, on a surtout réalisé des cartes de dégâts subis par les bâtiments, car les pays qui envoient des équipes de secours sur place ont besoin de savoir l'état des infrastructures qu'elles vont y trouver. L'Unosat et le chef de projet transmettent toutes les cartes aux demandeurs, toutes les données sont partagées.

Et la demande évolue tous les jours. Au début, tout le monde s'est tourné vers Tacloban. Là, on travaille plutôt vers Cebu et Bogo, qui sont sur une île à côté, mais il y a aussi des demandes beaucoup plus à l'ouest, sur d'autres îles.

C'est très compliqué pour tout le monde, pas que pour le spatial.

Quelles difficultés spécifiques rencontrez-vous aux Philippines?

C'est un cas très compliqué car il y a plein d'équipes internationales sur le pont, des Américains, des Allemands, des Français, des Japonais... La coordination pose un défi énorme, mais ça se passe bien, on a fait de gros progrès par rapport à Haïti.

Sur les 25 satellites du réseau de la Charte, une dizaine ont été sollicités, surtout les satellites optiques qui sont plus adaptés.

La principale difficulté, c'est qu'il y a une zone de dégâts énorme, et pour couvrir ça on a besoin d'images à très haute résolution, dont la couverture géographique est assez limitée (20 km par 20 km au sol). Actuellement, on ne couvre donc que partiellement les zones touchées.

Nous rencontrons aussi des problèmes avec la couverture nuageuse en pleine saison des cyclones.