L'observatoire ALMA, le radiotélescope le plus puissant du monde, a été inauguré mercredi en plein désert d'Atacama, le plus aride de la planète, sur le plateau chilien de Chajnantor à plus de 5.000 mètres d'altitude, a constaté une équipe de l'AFP.

Mis à jour le 13 mars 2013
Roser Toll AGENCE FRANCE-PRESSE

«Attention, salle de contrôle, autorisation accordée. Pointer ALMA sur le centre galactique», ordonne par radio depuis le plateau Chajnantor l'astronome chilien Antonio Hales, après avoir reçu le feu vert du président chilien, Sebastian Piñera.

Lentement, 59 des 66 antennes tournent sur leur axe et se braquent sur le centre de l'Univers, sous les applaudissements émus de l'assistance, dans le centre d'opérations où s'est déroulée la cérémonie d'inauguration de l'observatoire le plus puissant du monde.

«Ici, dans ce désert le plus aride du monde, c'est un grand privilège d'inaugurer cet observatoire qui est un véritable géant de l'astronomie et de l'observation», a déclaré le président chilien.

«ALMA est sans aucun doute le télescope le plus puissant du monde», a poursuivi M. Piñera, et «permettra de mieux connaître l'univers dans lequel nous vivons et nous aidera peut-être à découvrir de la vie au-delà de la planète Terre».

Remerciant les scientifiques et les techniciens du projet ALMA pour «leur nombre incalculable d'heures de travail», le directeur de l'observatoire géant, Thijs de Graauw, a relevé qu'ALMA «a déjà démontré être le télescope le plus avancé qui existe, rapetissant tout ce que nous avions auparavant».

«C'est un exemple des grandes réussites que l'on peut obtenir lorsque les institutions et les nations unissent leurs efforts», a indiqué pour sa part Tim de Zeeuw, directeur général de l'Observatoire européen austral (ESO).

ALMA, en gestation depuis 10 ans, est le premier projet astronomique véritablement mondial, avec un budget de l'ordre du milliard d'euros, répartis entre l'Europe, les États-Unis et le Japon.

ALMA, constitué de radiotélescopes en réseau, permettra d'observer la lumière invisible à l'oeil humain, avec des longueurs d'onde millimétriques et submillimétriques près de 1000 fois plus longues que les ondes lumineuses visibles.

Formidable machine à observer les étoiles, il pourra ainsi traverser des nuages denses de poussière cosmique et parvenir à la partie la plus lointaine, la plus ancienne et la plus froide de l'univers ALMA utilisera 66 antennes, qui seront pleinement en opération à partir d'octobre et les scientifiques estiment à 30 ans la durée de vie «utile» de l'observatoire.

Ces antennes, qui peuvent opérer à l'unisson, agiront comme un seul télescope géant de 16 kilomètres de diamètre.

Contrairement aux télescopes optiques ou infrarouges, ALMA peut capter la faible lueur et les gaz présents dans la formation des premières étoiles, des galaxies et des planètes situées dans la zone la plus sombre, distante et froide (entre -200 à -260 degrés Celsius) de l'univers.

«Avec ALMA, nous allons pouvoir observer la formation et l'évolution galactique et planétaire et c'est là ce que nous attendons le plus du projet. Nous savons comment est né le Big Bang, mais nous ne savons pas comment naissent les galaxies», a indiqué à l'AFP Diego Mardones, astronome à l'Université du Chili.

ALMA permettra d'aller encore plus loin, jusqu'à l'origine de la matière organique et de la vie.

La première antenne a été installée en 2009 sur le plateau de Chajnantor, près du village de San Pedro de Atacama (1700 km au nord de Santiago).

L'emplacement a été choisi en raison de son altitude et de sa sécheresse extrême. En raison de sa proximité avec la ligne de l'Equateur, il bénéficie en outre d'un angle privilégié pour observer une grande partie de l'univers.

Les images prises par ALMA seront traitées par le Corrélateur, un des ordinateurs les plus puissants du monde, conçu spécialement et qui peut effectuer jusqu'à 17 quadrillions d'opérations par seconde.

«ALMA n'est plus un conte de fées», s'est réjoui Thijs de Graauw.