L'Agence spatiale canadienne (ASC) a présenté vendredi six prototypes de sondes spatiales motorisées (rover). Une sonde pourrait être prête pour la Lune et Mars dès 2020, même si aucune mission n'est prévue.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«On essaie de convaincre la NASA», explique Gilles Leclerc, directeur de l'exploration spatiale à l'Agence, en marge d'une conférence de presse à Saint-Hubert. «Mais on sait qu'il faut être opportuniste. On est un partenaire minimal dans le domaine spatial. Si on n'envoie pas une des sondes, on enverra des instruments. On est assez forts en robotique, en systèmes de vision, avec le lidar. Ce sont des contributions qu'on peut faire.»

La sonde Curiosity, qui est arrivée sur Mars en août, comprend un instrument canadien, un spectromètre. L'ASC travaille en ce moment sur une autre mission ayant pour objet la planète Mars, Exomars - mission européenne prévue pour 2016 -, ainsi que sur le projet Orisis-Rex, qui prévoit rapporter sur Terre un échantillon d'astéroïde d'ici à 2023. La sonde américaine Phoenix, qui a exploré le pôle Nord martien en 2008, comprenait elle aussi un instrument canadien, tout comme la sonde japonaise Nozomi, qui s'est perdue dans l'espace en 2003 à cause d'un manque de carburant.

Les sondes dévoilées vendredi ont été mises au point grâce à un programme de stimulus fiscal lancé lors de la crise de 2009. L'Agence spatiale a utilisé 60 des 110 millions de cette enveloppe spéciale pour les sondes. Son budget total l'an dernier était de 425 millions.

Depuis trois ans, certaines sondes ont été testées lors de simulations de la NASA à Hawaii. La sonde Juno, par exemple, a escaladé les pentes de volcans, terrain similaire à celui des cratères lunaires. L'une des sondes, Artemis, aussi conçue pour la Lune, a été en partie créée à Montréal, car l'Université McGill figure parmi les partenaires du projet. Artemis a comme particularité de pouvoir manoeuvrer dans des espaces étroits, et elle peut notamment faire un tour complet sur elle-même.

La conception de sondes motorisées est une activité récente au Canada, selon M. Leclerc. Avant que l'ASC ne stimule le secteur en 2009, certaines firmes y travaillaient depuis moins d'une dizaine d'années, notamment avec du financement de l'Agence spatiale européenne. L'ASC s'était aussi associée ponctuellement à certains projets.

La conférence de presse de vendredi était donnée par le ministre fédéral de l'Industrie, Christian Paradis, qui a beaucoup insisté sur les retombées économiques des investissements publics en recherche. Ces derniers génèrent une activité économique 12 fois supérieure aux fonds publics investis, selon lui. Le chiffre provient d'études de l'ASC, selon M. Leclerc. «On a par exemple comparé la taille de l'industrie spatiale au budget de l'ASC», dit M. Leclerc.

Les retombées du programme de stimulus de 110 millions qu'a reçu l'ASC n'ont pas encore été évaluées, mais M. Leclerc a cité en exemple un récent contrat de 90 millions décroché par Hydrogenics, une firme de Mississauga, en Ontario, qui fabrique des piles à combustible. Hydrogenics a travaillé sur cette technologie pour l'ASC.

Photo Agence Spatiale Canadienne

Le «rover léger d'exploration lunaire» est le successeur du buggy utilisé par le programme Apollo. Il peut contourner les obstacles sans intervention humaine. Son développement a coûté 14,6 millions.