Les abeilles peuvent célébrer: des semences de maïs non traitées aux insecticides sont maintenant offertes au Québec en vue de la récolte de l'an prochain, a appris La Presse. «Si l'insecticide n'est pas là, c'est sûr que c'est un risque de mortalité de moins chez les abeilles», a indiqué Monique Boily, professeure au département des sciences biologiques de l'UQAM.

Mis à jour le 21 août 2012
Marie Allard LA PRESSE

Le maïs est la culture la plus importante au Québec, avec 405 000 hectares semés cet été - une hausse de 13% par rapport à 2011. La vaste majorité de ce maïs provient de semences enrobées de fongicides et d'insecticides, comme le Poncho de Bayer ou le Cruiser de Syngenta.

En théorie, les semences sans insecticides étaient déjà sur le marché. «Mais c'était très rare de s'en procurer», a dit Salah Zoghlami, conseiller aux affaires agronomiques à la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec.

Or, au Québec, les pertes hivernales de ruches d'abeilles atteignent 29% en moyenne depuis 2003. Cela doit inquiéter tous ceux qui mangent, et pas que du miel: plus de 70 des 100 espèces végétales qui fournissent 90% de la nourriture dans le monde sont fécondées grâce aux abeilles, selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Plusieurs facteurs sont en cause, dont la perte de biodiversité végétale, les parasites et les insecticides.

Perte du sens de l'orientation

Même lorsque les abeilles ne meurent pas dare-dare, leur survie peut être menacée par ces insecticides. «Les chercheurs l'ont bien prouvé: parfois, même une exposition partielle à ces pesticides fait que les abeilles ont de la difficulté à s'orienter, perdent le sens de l'olfaction et ont du mal à revenir à la ruche, a expliqué Mme Boily. Ce sont des effets indirects, mais qui peuvent nuire au bon fonctionnement de la ruche à la longue.»

«Que les producteurs agricoles puissent choisir des semences non traitées, c'est une bonne nouvelle pour les apiculteurs, a confirmé Christine Jean, secrétaire générale de la Fédération des apiculteurs du Québec. Nous avions d'ailleurs fait des pressions en ce sens.»

Peur des baisses de rendement

Il reste à savoir si les producteurs de céréales commanderont ces semences non traitées, ce qu'ils doivent faire ces jours-ci en vue de la saison 2013. Le ministère de l'Agriculture (MAPAQ) les encourage à faire d'abord un dépistage des insectes au sol dans leurs champs. «Dans le cas où le nombre d'insectes nuisibles dans le sol est suffisamment bas, nous invitons les producteurs à se procurer des semences non traitées aux insecticides, si elles sont disponibles», a dit Caroline Fraser, porte-parole du MAPAQ.

Même tiédeur à la Fédération des producteurs de cultures commerciales, qui représente 10 000 producteurs de grains (contre 250 apiculteurs au Québec). «On n'est pas contre le traitement, ni pour, a indiqué M. Zoghlami. La position de la Fédération, c'est de donner le choix aux producteurs. Tout dépend des régions, de certaines exigences climatiques, de l'historique aux champs. Il y a des producteurs qui ne peuvent pas se passer de l'utilisation du traitement.»

35 000: Nombre de ruches au Québec

8,5 millions: Valeur de la production de miel au Québec

405 000: Le Québec compte 405 000 hectares de maïs-grains cette année, une hausse de 13% par rapport à 2011. C'est la première culture de la province.

Sources: Fédération des apiculteurs du Québec et Statistique Canada