Pour la première fois de son histoire, la mythique fusée russe Soyouz doit s'élancer jeudi vers l'espace depuis le sol de France, plus précisément depuis le Centre spatial guyanais (CSG) construit à l'origine pour sa rivale européenne Ariane.

Laurent Banguet AGENCE FRANCE-PRESSE

C'est la première fois qu'un Soyouz prendra son envol depuis une autre base que Plessetsk (Russie) ou Baïkonour (Kazakhstan).

Autre première historique pour ce tir attendu de longue date, Soyouz mettra sur orbite les deux premiers satellites de la constellation Galileo, projet européen concurrent du système de navigation américain GPS. Deux autres satellites similaires doivent être lancés en 2012 par Soyouz depuis la Guyane.

Fruit d'un accord signé en 2003, cette collaboration russo-européenne possède selon ses concepteurs une multitude d'atouts.

En Guyane française, Soyouz bénéficie d'une position privilégiée, un coup de pouce supplémentaire que lui fournit la rotation de la Terre, beaucoup plus importante à proximité de l'Équateur que dans les plaines d'Europe de l'est ou d'Asie centrale. Alors que sa charge utile pour une orbite de transfert géostationnaire est de seulement 1,7 tonne depuis Baïkonour, cet «effet de fronde» la fait passer à 2,8 tonnes au CSG.

Pour la société Starsem qui exploite Soyouz, c'est l'occasion d'accéder au marché commercial des satellites de télécommunications. Pour l'agence spatiale européenne (ESA), Soyouz permet de compléter sa gamme de lanceurs, entre le «poids lourd» Ariane 5 et le lanceur léger Vega, qui doit prochainement effectuer son premier vol.

«La fusée Ariane 5 est optimisée pour mettre en orbite de transfert géostationnaire de gros satellites de cinq à dix tonnes. L'utiliser pour de petites charges ne serait pas rentable, ce serait comme utiliser un poids lourd pour déplacer une valise», selon un responsable du Centre national d'études spatiales (CNES) français.

«Site entièrement consacré»

Pour les ambitions spatiales de l'UE, c'est aussi la chance de pouvoir compter sur une fusée fiable et renommée, qui a mis en orbite le premier satellite au monde (Spoutnik en 1957), envoyé le premier homme dans l'espace (Youri Gagarine en 1961) et qui compte près de 1.800 lancements à son actif.

Intérêt scientifique et stratégique de taille, depuis l'arrêt de la navette spatiale américaine cet été, le lanceur russe reste le seul engin capable d'effectuer des vols habités et d'assurer la relève de l'équipage de la station spatiale internationale.

«Afin de tirer profit de sa très importante expérience en vol, le lanceur Soyouz sera opéré du CSG avec le minimum de modifications possible», l'idée étant au contraire d'adapter la base de lancement guyanaise aux besoins de Soyouz, explique le CNES.

Un site entièrement consacré à la fusée russe a donc été bâti sur la commune de Sinnamary voisine de celle de Kourou, à 12 km des ensembles de lancements d'Ariane.

Il a été équipé d'un gigantesque portique mobile spécialement conçu pour intégrer les satellites au sommet du lanceur russe. Car les Russes intègrent les satellites à leur fusée à l'horizontale et redressent ensuite le lanceur sur le pas de tir tandis que pour les Européens, tout se passe à la verticale.

Même si elle reste très proche de son modèle d'origine et que les ingénieurs russes en assurent la fabrication, la version «européenne» du lanceur russe, baptisée «Soyouz STK», a dû être adaptée pour autoriser son lancement depuis le CSG.

Outre les contraintes propres à l'environnement naturel de la Guyane et la nécessaire compatibilité avec les instruments européens, Soyouz a surtout été équipé d'un système de neutralisation qui permet, depuis le sol, de stopper le lanceur en cas de déviation de trajectoire afin d'assurer la sécurité du tir.

Le lancement est prévu jeudi à 12h34 heure de Paris (6h34, heure de Montréal).