Les scientifiques planchent déjà sur le successeur du Grand collisionneur de hadrons (LHC), cet anneau souterrain construit près de Genève afin de percer les secrets de l'Univers. Ils réfléchissent à une nouvelle machine qui associerait fonds et partenaires issus de plusieurs pays.

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Le collisionneur de la prochaine génération pourrait être bâti n'importe où, en fonction de l'Etat qui souhaite l'accueillir et des ressources financières dédiées au projet. Le Japon, la Russie, les Etats-Unis et la Suisse font tous figure d'hôtes potentiels, mais des scientifiques de Chine, d'Inde, du Canada et d'autres pays y seraient associés, d'après Barry Barish, directeur d'un des projets à l'étude.

Lundi, les scientifiques réunis à Paris pour la 35e Conférence internationale sur la physique des hautes énergies (ICHEP 2010), qui se tient jusqu'au 28 juillet en présence de plus de 1000 participants, étaient encouragés par les résultats du programme de recherche du LHC exploité par l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN).

Les porte-parole des quatre grandes expériences auprès du LHC ont présenté les mesures issues des trois premiers mois de fonctionnement du Grand collisionneur de hadrons à 3,5 TeV (3,5 teraelectron volts ou 3500 milliards d'électron volts), soit une énergie trois fois et demie plus importante que l'énergie atteinte à ce jour dans un accélérateur de particules.

Rolf Heuer, directeur général du CERN, s'est déclaré «très heureux» des découvertes effectuées jusqu'à présent par les scientifiques sur les mystères de la création de l'univers. La machine «ouvre une nouvelle ère de recherches», a-t-il dit lors d'une conférence de presse. Mais un nouveau collisionneur linéaire sera nécessaire, a-t-il dit: c'est l'ôôinteraction et une combinaison de résultats» entre les deux différents types de collisionneurs qui permettront à la physique des hautes énergies de progresser.

Les expériences ont davantage trait à la compréhension des mécanismes qui ont conduit à la création de l'univers qu'à des améliorations immédiates en matière de technologie pour notre quotidien. Les scientifiques tentent de reproduire les conditions qui existaient après le Big Bang, considéré comme étant à l'origine de la création de l'univers il y a près de 14 milliards d'années.

Le LHC, un anneau de circonférence de 27km, d'un coût de dix milliards de dollars (7,6 milliards d'euros) destiné à étudier les plus petites particules connues, grâce à des quantités énormes d'énergie et des collisions de protons, avait été mis en route en septembre 2008, mais avait dû être rapidement arrêté à cause d'une panne. L'exploitation a commencé en novembre dernier. Après plusieurs interruptions liées à des vérifications et des améliorations, le collisionneur a été remis en service le 28 février et la première accélération jusqu'à 3,5 TeV a eu lieu le 19 mars.

Le Collisionneur linéaire international (ILC), un tunnel de 50km de 10 milliards d'euros (12,8 milliards de dollars), et le Collisionneur linéaire compact (CLIC), dont le coût n'a pas encore été évalué, constituent les projets pour la prochaine étape.

Les deux études, faisant appel à des technologies de pointe, représentent «vraiment des coopérations internationales», a déclaré Rolf Heuer. Il a précisé que les programmes de l'ILC, qui ont connu leurs premiers développements dans un laboratoire de Hambourg, étaient les plus avancés sur le plan technologique, mais que le CLIC, qui a démarré au CERN, visait des expériences avec des énergies de collision plus élevées. Le choix sera déterminé par les résultats des découvertes produits par le LHC, a-t-il expliqué.

Barry Barish, directeur du projet ILC, a précisé que les scientifiques pourraient disposer de la technologie pour mettre le projet à exécution en 2012.

Jean-Pierre Delahaye, responsable de l'étude CLIC, a souligné que le projet conceptuel devrait être prêt l'an prochain, quand les scientifiques auraient une meilleure idée du coût. D'après lui, le CLIC pourrait être de cinq à dix fois plus puissant que l'ILC, en fonction des fonds disponibles. «Quand nous montons en énergie, nous nous approchons davantage du moment du Big Bang», a-t-il dit.

Présent à la conférence, la deuxième organisée en France depuis 1982, le président Nicolas Sarkozy en a appelé à une «véritable coopération internationale», soulignant que la France avait fait ôôle pari» de l'enseignement supérieur et de la recherche en dépit des pressions budgétaires et poursuivi «l'effort engagé depuis 2007».

«La crise ne doit pas nous faire perdre de vue notre objectif: faire de l'Europe la première puissance scientifique dans le monde», a-t-il dit, insistant sur la nécessité de réaliser des investissements non pas seul ni par un «petit groupe de pays» mais à une large échelle, au service de «l'accroissement des connaissances, le développement de la science, la contribution au progrès».

«Au fond», a souligné le chef de l'Etat, «vos travaux représentent le rêve le plus ancien de l'homme depuis qu'il essaie de comprendre et de transformer ce qui l'entoure: répondre à la lancinante question que l'humanité se pose depuis toujours sur ses origines, celles de l'univers et de la matière».