Une canicule à la fin du mois de mai n’a rien d’habituel. Mais c’est d’autant plus étonnant quand il est à peu près impossible d’aller se rafraîchir où que ce soit en raison des dispositions de confinement encore en vigueur à cause de la pandémie de COVID-19. Résultat : un nombre record de personnes se sont précipitées pour se dénicher un appareil de climatisation.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« Ça fait deux semaines qu’on a un et parfois même deux semi-remorques de 53 pi qui quittent notre entrepôt tous les jours, nous a confié à la fin de mai Kevin Gemme, directeur des ventes de Sunrise Tradex, importateur et distributeur de produits Gree et ForestAir. Le volume actuel est le double de celui de l’an dernier à pareille date. » Inquiète des répercussions initiales de la COVID-19 sur son chiffre d’affaires, l’entreprise de Saint-Mathieu-de-Beloeil confirme qu’elle s’est ainsi remise en selle en deux petites semaines en raison de la canicule hâtive.

Les gens se sont aperçus tout d’un coup qu’ils avaient besoin d’air conditionné, d’autant plus que beaucoup sont en télétravail à la maison. C’est le cocktail parfait pour nous garder occupés, ça a généré beaucoup d’achats.

Kevin Gemme, directeur des ventes de Sunrise Tradex

À tel point que l’importateur a vu ses stocks descendre à vue d’œil, si bien qu’il doit maintenant songer à s’approvisionner dans d’autres entrepôts nord-américains s’il veut assurer de continuer de répondre à la demande. « Normalement, on doit prévoir au moins trois à quatre mois de délai pour les commandes conclues en Chine, a déclaré l’importateur. Actuellement, on doit penser à court terme, on va donc essayer de voir avec des solutions plus locales. »

Le phénomène s’est en effet observé en magasin. « L’an passé, j’ai vendu aux alentours de 400 petites unités de 5000 BTU, les plus populaires, nous a expliqué Rénald Côté, gérant du département de plomberie et d’électricité au BMR Matco Saint-Léonard, à Montréal. J’ai commencé à en vendre à la mi-mai et j’ai connu un gros boom au cœur de la canicule, si bien que j’en ai déjà vendu au-delà de 150. J’en ai encore en stock, mais mon fournisseur va être sollicité… »

La canicule a aussi pris de court les installateurs de systèmes de climatisation centrale et murale, qui se retrouvent actuellement aux prises avec des délais de livraison importants. « Nous avons été reconnus comme un service essentiel dès le début de la pandémie, mais en mars et avril, on a surtout réglé des problèmes de chauffage, la climatisation n’était évidemment pas essentielle, nous a raconté Pierre-Marc Lamoureux, directeur général de Confort Experts. On n’a donc pas pu prendre d’avance, on s’est limité à traiter les urgences en début mai, si bien que tout est arrivé en même temps dans la semaine du 11 mai quand on a annoncé la réouverture complète de l’industrie de la construction. »

Conseils et entretien

Ainsi, les clients les plus prévenants n’ont pas été en mesure de réserver leurs places à partir de la mi-mars, contrairement à la tendance habituelle. 

Au lieu d’avoir quatre mois pour installer 1000 appareils, on en a seulement deux.

Pierre-Marc Lamoureux, directeur général de Confort Experts

« On se retrouve donc à devoir servir autant les clients préventifs que réactifs », souligne M. Lamoureux.

Face à la demande considérable, l’entreprise de l’est de Montréal n’a pas été en mesure de prendre de nouveaux clients, du moins pour une certaine période. « Le volume est beaucoup plus élevé que l’an dernier, a reconnu Pierre-Marc Lamoureux. Au Québec, on pense à se chauffer, mais on n’a jamais l’impression qu’il fera chaud l’été arrivé. Quand on a repris nos activités complètes, il n’y avait rien, et maintenant qu’il fait chaud, ça sonne sans arrêt ! »

La demande en climatisation, c’est vraiment émotif. Bien des gens réagissent lors de la première canicule et c’est la même chose chaque année.

Pierre-Marc Lamoureux, directeur général de Confort Experts

Tous les intervenants interrogés soulignent ainsi l’importance de prévoir le coup, autant au niveau de l’entretien du matériel existant que de l’achat d’unités neuves. « Un climatiseur, ça s’installe à l’année, sauf par grand froid ; inutile d’attendre au printemps, a suggéré Pierre-Marc Lamoureux. Pourtant, notre saison d’installation dure deux ou trois mois, si bien que tout est presque fini le 15 juillet… »

PHOTO FOURNIE PAR SUNRISE TRADEX

Le meilleur moment pour acheter des unités de climatisation est un peu avant le mois de mai : « On profite d’une meilleure sélection et des prix compétitifs », estime Rénald Côté, gérant de département au BMR Matco Saint-Léonard.

« Le meilleur moment pour acheter est un peu avant le mois de mai, on profite d’une meilleure sélection et des prix compétitifs, a indiqué de son côté Rénald Côté, du BMR Matco Saint-Léonard. Pendant l’été, il y a des rabais, mais il y a moins de choix. Aussi, je recommande aux gens d’installer une petite unité dans chaque pièce s’ils sont capables. Avec un gros climatiseur, il est souvent impossible de rafraîchir tout un appartement, au risque de faire surchauffer le compresseur. Bref, trois petites unités à 170 $ chacune vont être bien souvent plus efficaces qu’une grosse à 470 $. »

Pénurie de plexiglas

S’il n’y a pas encore de pénurie de climatiseurs, pas facile toutefois de trouver du plexiglas, utile pour couvrir l’espace laissé libre dans la fenêtre de part et d’autre de l’unité de climatisation. « Quand la pandémie a été déclarée, les hôpitaux et les commerces ont acheté tout le plexiglas, il n’y en a plus et c’est comme ça partout, nous a informé Rénald Côté, du BMR Matco Saint-Léonard. En fait, il y a maintenant de gros délais de production pour toutes les formes de plastique. Les gens sont donc contraints de prendre des bouts de bois en attendant. »