(Gaza) Les habitants de la bande de Gaza pansent leurs plaies lundi, au premier jour d’une trêve entre le Djihad islamique et Israël qui a mis fin à trois jours de bombardements ayant fait 46 morts palestiniens et d’importantes destructions dans l’enclave paupérisée.

Mis à jour le 8 août
Sakher ABOU EL OUN et Claire GOUNON Agence France-Presse

La vie a repris doucement son cours avec la réouverture du passage entre le territoire palestinien sous blocus et Israël qui a permis de redémarrer l’unique centrale électrique de l’enclave.

La centrale était à l’arrêt depuis samedi par manque de carburant livré par Israël qui avait fermé les points de passage, compliquant notamment le fonctionnement d’hôpitaux débordés par le flux incessant de dizaines de personnes blessées dans les bombardements.

« Nous nous sommes réjouis de l’annonce du cessez-le-feu, et avons repris le travail », raconte Hazem Douima qui tient une boutique à Gaza. « Plus d’effusion de sang ! »

La « situation est tragique et difficile », raconte à l’AFP Mohamed Alai, un autre habitant. « Nous avons beaucoup de morts et de blessés, des destructions […] mais Gaza panse ses plaies », dit-il.

PHOTO MAHMUD HAMS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Deux enfants palestiniens blessés sont traités à l’hôpital al-Shifa de Gaza.

Entre le début de l’opération israélienne vendredi et dimanche soir, 46 Palestiniens dont 16 enfants sont morts et 360 ont été blessés, selon le ministère de la Santé à Gaza, qui a fait en outre état d’immeubles entiers détruits.

Deux principaux chefs militaires du Djihad islamique à Gaza, Tayssir Al-Jabari et Khaled Mansour, ont été tués. La branche militaire du groupe palestinien a confirmé lundi la mort de 12 de ses hommes.  

« Trois jours dans la peur »

En riposte aux bombardements aériens et tirs d’artillerie déclenchés par Israël qui a dit lancer une opération préventive contre le Djihad islamique à Gaza, le groupe palestinien a tiré un millier de roquettes, la grande majorité ayant été interceptée selon l’armée israélienne.

Les tirs de Gaza ont fait trois blessés en Israël, selon des services de secours.

Lundi soir, le premier ministre israélien Yaïr Lapid a affirmé dans un discours télévisé que les bombardements avaient « porté un coup dévastateur à l’ennemi » et que « le haut commandement militaire du Djihad islamique à Gaza avait été ciblé avec succès ».

PHOTO MOHAMMED ABED, AGENCE FRANCE-PRESSE

Les corps de quatre adolescents palestiniens tués lors de l’offensive israélienne sont transportés dans les rues de Jabalia lors de leurs funérailles.

Les passages entre l’État hébreu et la bande de Gaza ont rouvert « pour des besoins humanitaires lundi », a indiqué dans un communiqué le Cogat, organe du ministère israélien de la Défense qui supervise les activités civiles dans les Territoires palestiniens.

À Gaza, la centrale a recommencé « à générer de l’électricité », a déclaré le porte-parole de la compagnie d’électricité, Mohammed Thabet dans le microterritoire surpeuplé et sous blocus israélien depuis plus de 15 ans.

Souhail al-Baouab a « vécu trois jours dans la peur ». « Nous ne voulons pas de guerre tous les six mois et quand on a entendu parler de la trêve, on était si contents malgré le deuil pour les martyrs, car la vie reprend son cours normal », a dit cette résidente de 56 ans.

Lundi, des familles ont enterré leurs morts, comme à Jabalia (nord) où des centaines de personnes ont assisté aux funérailles de quatre jeunes d’une même famille tués dans les bombardements.

À Ashkelon, dans le sud d’Israël où la circulation avait repris, Eitan Casandini assis dans un café a affirmé que ses habitants se sentaient « très bien » : « Je pense que le Djihad ne fera rien pendant les trois ou quatre prochaines années ».

« Attaque préventive »

Selon le Djihad islamique, l’accord de trêve prévoit entre autres « l’engagement de l’Égypte à œuvrer en faveur de la libération de deux prisonniers » du groupe aux mains d’Israël, notamment Bassem al-Saadi, dont l’arrestation le 1er août en Cisjordanie occupée a mené à cette flambée de violences.

Le président américain Joe Biden a salué le cessez-le-feu négocié par l’Égypte et entré en vigueur à 20 h 30 GMT dimanche, réclamant des enquêtes sur les victimes civiles.

PHOTO SAID KHATIB, AGENCE FRANCE-PRESSE

Des Palestiniens regardent un cratère formé par les frappes israéliennes à Rafah.

Pour le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, il est « essentiel d’œuvrer à consolider le cessez-le-feu ».

L’armée israélienne a présenté son opération lancée vendredi comme une « attaque préventive », craignant des représailles du Djihad islamique après l’arrestation de Bassem al-Saadi, l’un de ses chefs, le 1er août en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël.

« Même à l’avenir, s’il est nécessaire, nous lancerons une attaque préventive, afin de protéger les citoyens d’Israël », a dit lundi soir le ministre de la Défense Benny Gantz s’exprimant aux côtés de M. Lapid.

Ces derniers jours, quelque 40 membres du Djihad islamique ont été arrêtés par les forces israéliennes en Cisjordanie.

La confrontation entre Israël et le Djihad islamique est la pire depuis celle ayant opposé pendant 11 jours en mai 2021 Israël au mouvement Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.