(Kaboul) Robe blanche et immense châle vert recouvrant les femmes, tunique traditionnelle pour les hommes : quelque 70 couples se sont mariés lundi à Kaboul, en Afghanistan, lors d’une cérémonie collective permettant de s’unir à moindre coût, en présence de talibans armés.

Publié le 13 juin
Jay DESHMUKH Agence France-Presse

Dots importantes, nombreux cadeaux, fêtes somptueuses : une union dans une grande salle de Kaboul coûte en moyenne entre 10 000 et 20 000 dollars américains, une somme colossale dans l’un des pays les plus pauvres du monde.

Depuis plusieurs années, de nombreux couples choisissent de s’unir sans dépenser de telles sommes lors de cérémonies collectives.

Ce mouvement s’est amplifié depuis l’arrivée au pouvoir des talibans en août dernier. Le gel de milliards d’avoirs détenus à l’étranger et l’arrêt brutal de l’aide internationale qui ont suivi ont conduit le pays dans une grave crise financière et humanitaire.

« Je n’ai pas de travail. Nous manquions d’argent », a expliqué à l’AFP Esmatullah Bashardost, 22 ans, membre de la communauté chiite hazara, l’un des mariés de cette cérémonie, l’une des plus grandes du genre observées récemment dans le pays.

« Aujourd’hui, aucun jeune homme ne veut porter le fardeau d’un mariage coûteux […] C’est difficile de gérer ces dépenses », abonde Ebadullah Niazai, qui a attendu huit ans pour se marier.

Les organiseurs n’ont pas souhaité révéler le coût de la cérémonie. Plusieurs organisations caritatives ont offert aux couples des articles ménagers essentiels.

Tous les mariés étaient vêtus d’un shalwar kameez blanc — la tunique traditionnelle afghane —, sous un gilet bleu sans manche, la tête couverte d’un petit chapeau plat blanc fendu au-dessus du front.

Les mariées, elles, portaient toutes une longue robe blanche sous un large châle vert brillant, qui recouvrait entièrement la tête et une partie du corps.

Époux séparés

Les futurs époux et épouses sont restés séparés tout au long de la cérémonie, tout comme les centaines d’invités hommes et femmes, tenus à distance par une douzaine de combattants talibans armés.

Invités à couvrir la cérémonie, les journalistes ont été autorisés à photographier et à filmer les futures épouses, mais pas à leur parler.

Depuis leur retour au pouvoir, les talibans ont largement exclu les femmes des emplois publics, ont restreint leur droit à se déplacer, et interdit l’accès des filles au collège et au secondaire.

Début mai, le chef suprême des talibans a également émis un décret selon lequel les femmes doivent se couvrir entièrement en public, y compris le visage, idéalement avec la burqa, un voile intégral doté d’une grille en tissu au niveau des yeux.

Avant l’arrivée des talibans, les mariages étaient souvent l’occasion de cérémonies festives et colorées, avec des danses, des chants traditionnels et de la musique, et un certain degré de mélange entre les hommes et les femmes dans cette nation profondément conservatrice.

Depuis le retour des fondamentalistes islamistes, les grands mariages sont encore autorisés, mais la musique y est prohibée.

Lors de leur premier régime, entre 1996 et 2001, les talibans avaient interdit les mariages ostentatoires.

Lundi, les invités n’ont eu droit qu’à des récitations de poésie et des discours des associations caritatives organisatrices de la cérémonie.

Un gâteau de mariage rouge et blanc a été préparé pour chaque couple, et placé devant les mariés hommes.

Malgré cette austérité, Esmatullah Bashardost a déclaré que son mariage serait probablement le « jour le plus heureux » de sa vie.

À la fin de la cérémonie, les mariés, qui portaient chacun un badge en plastique avec leur nom, ont quitté les lieux avec leurs épouses dans des voitures décorées de fleurs et de rubans.