(Jérusalem) Des groupes armés palestiniens ont lancé jeudi une salve de roquettes depuis Gaza vers Israël, qui a mené des frappes de représailles sur l’enclave sous contrôle du Hamas islamiste, faisant craindre une escalade militaire sur fond de tensions liées aux lieux saints à Jérusalem.

Mis à jour le 21 avril
Claire GOUNON, avec Adel ZAANOUN à Gaza Agence France-Presse

Dans la nuit de mercredi à jeudi, six roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza vers Israël, dont quatre ont été interceptées par le bouclier antimissile « Dôme de fer », a indiqué l’armée israélienne.

Un autre projectile s’est abattu dans un champ de la localité israélienne de Sderot (sud) sans faire de blessés et l’autre s’est écrasé à l’intérieur du territoire palestinien, d’après cette source.

Dans la foulée, l’armée a mené une série de frappes dans le centre de l’enclave de 2,3 millions d’habitants, sous blocus israélien depuis 2007, selon des témoins et des sources sécuritaires locales. Ces frappes n’ont pas fait de victimes.

« Les jets de combat de l’armée israélienne ont ciblé des positions militaires et l’entrée d’un tunnel menant à un complexe souterrain où sont entreposés des produits chimiques utilisés pour propulser les roquettes », a rapporté l’armée israélienne.

Dans un communiqué, le porte-parole du Hamas Hazem Qassem a déclaré que ces raids n’allaient qu’« accroître la détermination de notre peuple et de la résistance […] afin de défendre nos lieux saints à Jérusalem ».

Ces échanges de tirs-les seconds cette semaine et parmi les plus intenses depuis la fin de la guerre de 11 jours entre Israël et le Hamas en mai 2021-interviennent après plusieurs jours de heurts entre manifestants palestiniens et policiers israéliens sur l’esplanade des Mosquées de Jérusalem, troisième lieu saint de l’islam et premier site sacré du judaïsme sous son nom de Mont du Temple.

« Provocation »

Jeudi matin, la police israélienne a affirmé que des dizaines d’émeutiers y avaient « jeté des pierres et tiré des feux d’artifice » en direction de policiers.

Ceux-ci ont tiré des balles enrobées de caoutchouc et des grenades de gaz lacrymogène et de gaz au poivre, a indiqué le Croissant-Rouge palestinien, faisant état de 202 blessés traités en l’espace de sept jours sur l’esplanade.

Photo MENAHEM KAHANA, Agence France-Presse

Des organisations nationalistes avaient appelé à une grande marche dans la Vieille Ville de Jérusalem.

La police a indiqué avoir arrêté jeudi sept Palestiniens suspectés d’y avoir participé la veille à des « incidents violents ».

Des ministres arabes réunis à Amman ont condamné « les attaques et les violations israéliennes contre les fidèles de la mosquée al-Aqsa » -site administré par la Jordanie, mais dont l’accès est contrôlé par l’État hébreu - les qualifiant de « provocation ».

Les affrontements sur l’esplanade éclatent notamment lorsque des juifs se rendent sur place, sous haute protection policière.

La présence, pendant le ramadan, de policiers et de juifs - qui peuvent visiter le lieu sous certaines conditions et à des heures précises sans y prier d’après le statu quo en vigueur - a été largement perçue par des Palestiniens et plusieurs pays de la région comme un geste de provocation.

« Israël préserve et continuera de préserver le statu quo sur le Mont du Temple » mais « nous n’accepterons en aucun cas des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza », a déclaré le ministre israélien des Affaires étrangères, Yaïr Lapid.

Celui-ci a rencontré jeudi la secrétaire d’État américaine adjointe pour les affaires du Proche-Orient, Yaël Lempert, et l’émissaire chargé des relations israélo-palestiniennes, Hady Amr.

Ces deux responsables américains doivent discuter en soirée « des récents développements et de l’escalade à Jérusalem » avec des officiels palestiniens à Ramallah en Cisjordanie occupée, a indiqué sur Twitter Hussein al-Sheikh, ministre palestinien des Affaires civiles.

« Rhétorique incendiaire »

La police israélienne a empêché mercredi des centaines de manifestants nationalistes juifs de s’approcher du quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem afin d’éviter des accrochages.

La Vieille Ville est située à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé depuis 1967 et illégalement annexé par Israël selon l’ONU.

Les forces de l’ordre ont bloqué la foule de manifestants arborant des drapeaux israéliens, incluant de nombreux partisans du député d’extrême droite Itamar Ben Gvir, interdit d’accès à ces lieux plus tôt par le premier ministre Naftali Bennett.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est dit « profondément préoccupé par la détérioration de la situation à Jérusalem », selon son porte-parole mercredi à New York. M. Guterres « est en contact avec toutes les parties afin de réduire les tensions, d’empêcher les actions et la rhétorique incendiaires ».

Vendredi, des milliers de fidèles musulmans sont attendus sur l’esplanade des Mosquées pour la grande prière hebdomadaire, alors qu’est célébré le ramadan, mois du jeûne, qui coïncide cette année avec les fêtes juive et chrétienne de Pâques.

La semaine dernière, plus de 170 Palestiniens y ont été blessés lors d’affrontements avec la police israélienne.