(Kaboul) Un universitaire afghan respecté, connu pour ses critiques virulentes du régime taliban, a été arrêté à Kaboul, sa fille disant dimanche craindre pour « sa santé et sa sécurité ».

Publié le 9 janvier
Emma CLARK Agence France-Presse

Faizullah Jalal, professeur à l’université de Kaboul, a été arrêté samedi par les talibans et n’a pas donné de nouvelle depuis. Ces derniers mois, il s’était exprimé à plusieurs reprises à la télévision contre les nouveaux maîtres de l’Afghanistan.

Depuis leur arrivée au pouvoir en août, ceux-ci ont progressivement resserré leur emprise sur le pays, dispersant par la force plusieurs manifestations de femmes et détenant brièvement des journalistes.

Le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, a justifié sur Twitter l’arrestation de Faizullah Jalal par des publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles il « essayait de monter les gens contre le système ».

« Il a été arrêté pour éviter que d’autres ne fassent des commentaires insensés similaires, sous prétexte d’être professeur ou universitaire », a-t-il poursuivi, publiant des captures d’écran des posts incriminés.

La fille de Faizullah Jalal, Hasina, étudiante à l’université Georgetown de Washington, a toutefois assuré que ces publications venaient d’un faux compte, que la famille a essayé de faire fermer à plusieurs reprises ces dernières semaines.

« Les talibans utilisent juste ces posts comme excuse pour faire taire une voix forte à travers le pays », a-t-elle déclaré par téléphone à l’AFP, ajoutant n’avoir eu aucun contact avec son père depuis son arrestation.

« Nous sommes très inquiets pour sa santé et sa sécurité », a-t-elle ajouté.

« Comment puis-je abandonner mon peuple ? »

Figure respectée, également critique du gouvernement précédent soutenu par les États-Unis, Faizullah Jalal s’était notamment fait remarquer durant un débat télévisé avec un responsable taliban qu’il avait traité de « veau », insulte très grave en Afghanistan.

Les extraits de ce débat étaient devenus viraux en Afghanistan, provoquant l’inquiétude quant à d’éventuelles représailles.

Selon Hasina Jalal, son père, âgé d’une soixantaine d’années, refuse de quitter l’Afghanistan où il ne bénéficie d’aucune mesure de sécurité et vivait ces derniers temps le plus souvent caché à Kaboul. Sa famille avait, elle, trouvé refuge en Europe.

« Il m’a dit “Comment puis-je abandonner mon peuple ? Je ne les ai pas quittés durant le premier régime taliban ou durant les guerres civiles, comment les abandonner maintenant ?” », a-t-elle déclaré.

Professeur de droit et de science politique à l’université de Kaboul, Faizullah Jalal s’est construit une réputation de féroce critique des dirigeants afghans à travers les années.

Il a été emprisonné dans les années 1980 après l’invasion du pays par l’Union soviétique et fut arrêté plusieurs fois durant le premier règne des talibans, entre 1996 et 2001, selon Hasina Jalal.

Sa femme, Massouda Jalal, fut la première femme candidate à une élection présidentielle en Afghanistan en 2004.

Dimanche, un petit groupe de femmes a manifesté à Kaboul pour demander sa libération et le respect de la liberté d’expression.

L’ONG Amnistie internationale a demandé sa libération, estimant que l’universitaire a été arrêté « pour avoir exercé sa liberté d’expression et critiqué les talibans ».

Les talibans, qui se disent plus modérés que durant leur premier règne, ont cependant sévèrement réprimé la dissidence et le droit des femmes à travailler et étudier depuis le retour au pouvoir, s’attirant nombre de condamnations.