(Najaf) Le religieux chiite Moqtada Sadr, grand vainqueur des dernières législatives en Irak, a reçu mercredi des dirigeants des anciens paramilitaires du Hachd al-Chaabi, ses rivaux pro-Iran, en pleines tractations sur le gouvernement avant la séance inaugurale du Parlement.

Publié le 29 déc. 2021
Agence France-Presse

Début décembre déjà, après plusieurs semaines de tensions, M. Sadr avait rencontré des figures des partis pro-Iran, les deux camps affichant des positions opposées concernant la formation du prochain gouvernement.

La rencontre de mercredi intervient deux jours après la ratification des résultats des législatives du 10 octobre, qui permet au nouveau Parlement de tenir sa session inaugurale d’ici le 10 janvier.

Une délégation du Cadre de coordination – coalition regroupant plusieurs partis chiites dont l’Alliance de la conquête, vitrine politique du Hachd – est arrivée au domicile de M. Sadr, dans la ville sainte de Najaf (centre), a rapporté l’agence de presse officielle INA.

Le courant sadriste a obtenu 73 sièges, devenant le premier bloc au Parlement de 329 députés. Le Hachd n’a remporté que 17 sièges – contre 48 au sein du Parlement sortant, même s’il peut encore compter sur le jeu des alliances.

Mercredi M. Sadr a accueilli Hadi al-Ameri, de l’Alliance de la Conquête, Faleh al-Fayyad, haut responsable du Hachd, et Qaïs al-Khazali d’Assaïb Ahl al-Haq, une des principales factions du Hachd.

Ils devaient évoquer « la situation politique du pays pour la période à venir et la formation du prochain gouvernement », précise INA.

Dans un Irak multiconfessionnel et multiethnique, la formation du gouvernement s’accompagne d’interminables tractations. Les partis dominant la communauté chiite, majoritaire, doivent traditionnellement arriver à un compromis.

Or si les pro-Iran veulent perpétuer cette tradition du compromis, indépendamment du nombre de députés, M. Sadr réclame un gouvernement composé de formations politiques capables de constituer une coalition majoritaire au Parlement.

Après sa session inaugurale, le Parlement doit dans un premier temps élire le président de la République, qui à son tour désignera un premier ministre, choisi selon la tradition par la plus grande coalition au Parlement.

Une fois désigné, le premier ministre aura 30 jours pour former un gouvernement.

Les tractations actuelles évoquent la possibilité de nommer de nouvelles personnalités pour remplacer « les trois présidents » actuels – de la République, du Parlement et le premier ministre –, le chef du gouvernement actuel Moustafa al-Kazimi étant rejeté par les pro-Iran.

La justice a rejeté lundi une plainte des pro-Iran qui réclamaient l’annulation des législatives, dénonçant des fraudes. Mais, signe de détente, des responsables des partis pro-Téhéran ont appelé les manifestants campant à Bagdad depuis octobre à lever leurs deux sit-in dans la capitale.