(Jérusalem) Le futur PDG du géant israélien de la cybersécurité NSO, concepteur du logiciel espion Pegasus, a claqué la porte du groupe jeudi, moins de deux semaines après sa nomination et des difficultés aux États-Unis, a indiqué à l’AFP une source proche du groupe.

Guillaume LAVALLÉE avec Daniella CHESLOW à Tel-Aviv Agence France-Presse

Par ailleurs, un haut responsable palestinien a affirmé que les téléphones portables de six membres d’ONG palestiniennes dans la ligne de mire des autorités israéliennes, incluant un Français et un Américain, avaient été infectés par Pegasus.

Le 31 octobre dernier, le groupe NSO, établi dans la banlieue de la métropole israélienne Tel-Aviv, avait annoncé une refonte de sa direction dans laquelle le vice-président Isaac Benbenisti était promu PDG et le PDG Shalev Hulio devenait « président mondial ».

Mais cette réforme n’a pas eu le temps d’être mise en œuvre dans la mesure où M. Hulio a décidé de rester en selle et M. Benbenisti de quitter le groupe, a indiqué jeudi à l’AFP une source proche du groupe, confirmant des informations de la presse spécialisée israélienne.

Selon cette source, la décision de Shalev Hulio, fondateur du groupe, de rester en poste comme PDG s’explique par la décision de Washington la semaine dernière de placer la société sur la liste noire américaine des entreprises menaçant la sécurité d’État.

« Après les problèmes aux États-Unis, Shalev a décidé de rester à la tête du groupe », a indiqué cette source requérant l’anonymat.  

Le groupe NSO s’est retrouvé exposé cet été après des enquêtes publiées par un consortium de 17 médias internationaux, révélant que son logiciel Pegasus aurait permis d’espionner les numéros de journalistes, hommes politiques, notamment le président français Emmanuel Macron, des militants et des chefs d’entreprises de différents pays.

« Piratage »

Une fois installé dans un téléphone mobile, Pegasus permet d’espionner son utilisateur, accédant à ses messageries, ses données, ou activant l’appareil à distance à des fins de captation de son ou d’image.

Le logiciel Pegasus ne peut être vendu qu’à des États, et ces ventes doivent obtenir le feu vert d’une commission spéciale du ministère israélien de la Défense responsable de l’approbation des ventes d’armes.

« Je ne pense pas qu’il y ait un autre pays au monde qui a des règles plus strictes en matière de cyberguerre », avait déclaré samedi dernier le chef de la diplomatie israélienne, Yaïr Lapid, interrogé sur la désignation de NSO par les États-Unis, premier allié de l’État hébreu.

NSO s’était dit « consterné » par cette désignation, affirmant avoir un programme « rigoureux », en conformité avec les droits de l’Homme, et avait exhorté les États-Unis à revoir leur position.

Mais les portables de six membres d’ONG palestiniennes dans le collimateur des autorités israéliennes, incluant un Français et un Américain, ont été infectés par le logiciel Pegasus, ont indiqué des organisations de défense des droits humains après avoir mené des tests sur leurs appareils.

« Nous avons des confirmations d’experts et d’entités spécialisées indiquant que le logiciel Pegasus a été détecté sur les téléphones portables de trois responsables du ministère (palestinien) des Affaires étrangères », a déclaré à l’AFP Ahmed el-Deek, un haut responsable du ministère.  

L’Autorité palestinienne « condamne dans les termes les plus fermes le piratage par l’occupation israélienne des téléphones de travailleurs d’organisations de la société civile palestinienne et du ministère des Affaires étrangères », a indiqué dans un communiqué l’Autorité palestinienne, affirmant « évaluer ses options » dans cette affaire.