(Kunduz) Une foule en pleurs s’est rassemblée samedi dans le cimetière de la ville de Kunduz, dans le nord de l’Afghanistan, au lendemain d’un attentat-suicide contre la communauté chiite qui a fait plus de 60 morts, le plus meurtrier depuis le départ des troupes américaines.

James EDGAR Agence France-Presse

Un fossoyeur a indiqué à l’AFP que 62 tombes avaient été creusées après cet attentat, dont le bilan final pourrait approcher la centaine de tués.  

La veille, un kamikaze du groupe État islamique (EI) a déclenché sa veste explosive dans la mosquée Sayed Abad de Kunduz, bondée pour la grande prière du vendredi.  

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L’EI, déjà à l’origine d’un attentat à Kaboul le 3 octobre contre une autre mosquée, qui a fait cinq morts, a revendiqué l’attaque sur une de ses chaînes Telegram. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier depuis le départ des derniers soldats américains et étrangers d’Afghanistan, le 30 août.

La communauté chiite du pays, soit 10 à 20 % de la population, est régulièrement visée par des attaques des groupes armés sunnites, qui considèrent les chiites comme des « hérétiques ».

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Selon le groupe djihadiste, le kamikaze était surnommé « Mohammed le Ouïghour », laissant entendre qu’il faisait partie de la minorité musulmane chinoise, dont certains membres ont rejoint l’EI.  

Sous la violence de l’explosion, les fenêtres de la mosquée ont volé en éclats et son sol était recouvert de débris et de traces de sang.

Au lendemain de ce carnage, dans le cimetière en lisière de la ville de Kunduz, les proches des victimes accroupis au bord des fosses étaient encore abasourdis.

Les parents d’un adolescent de 17 ans, Milad Hussain, ont assisté en larmes à l’inhumation de son cercueil. Son oncle, Zemarai Mubarak Zada, a assuré que son neveu voulait devenir médecin, comme lui.  

« Il était calme, parlait peu », a confié son oncle à l’AFP. « Il voulait aller à l’université, se marier. Nous sommes dévastés ».

Pour les talibans, qui contrôlent l’ensemble de l’Afghanistan depuis la mi-août, la principale menace vient désormais de l’EI-K ((État islamique au Khorasan), qui disposerait de 500 à quelques milliers de combattants sur le territoire afghan, selon l’ONU.

Après s’être contentée d’observer la situation dans les premiers jours ayant suivi la prise du pouvoir par les talibans, l’EI-K a depuis multiplié les attaques.

Rencontre États-Unis-talibans

Cette organisation sunnite rivale des talibans est résolue à reprendre le monopole de la force et du « djihad » aux nouveaux maîtres du pays, qu’elle considère comme des « apostats », compromis selon elle avec les puissances étrangères, notamment américaine.

Au même moment, les États-Unis tiennent depuis samedi matin des discussions à Doha, au Qatar, avec les talibans pour la première réunion en personne depuis le retrait d’Afghanistan.

« Nous allons pousser pour que les talibans respectent les droits de tous les Afghans, dont les femmes et les filles, et forment un gouvernement inclusif bénéficiant d’un large soutien », a dit le porte-parole de la diplomatie américaine.

La rencontre à Doha ne signifie en aucun cas que les États-Unis reconnaissent le régime taliban en Afghanistan, a insisté le département d’État. « Nous continuons de dire clairement que toute légitimité doit être méritée à travers les actions des talibans », a déclaré le porte-parole.

Aucun pays n’a pour le moment reconnu le nouveau régime, même si le Pakistan, la Chine ou encore le Qatar ont pu montrer quelques signes d’ouverture.

Les principaux interlocuteurs des talibans cherchent à maintenir un dialogue sur les questions de sécurité, de contre-terrorisme, notamment vis-à-vis de l’EI, et sur le déblocage d’une aide humanitaire d’urgence.

L’Afghanistan reste économiquement paralysée depuis l’arrivée des talibans au pouvoir le 16 août et le gel immédiat de tous les avoirs du pays et des aides internationales qui maintiennent le pays sous perfusion.

Au bord d’une grave crise humanitaire, un tiers de la population afghane est menacée de famine, selon les Nations unies.