(Kaboul) À Kaboul, le principal hôpital COVID-19 du pays n’a de quoi tenir financièrement que quelques semaines encore. Comme la plupart des structures de santé du pays fonctionnant sur les dernières réserves, sans le retour des subventions internationales,  il devra fermer.  

James EDGAR avec Emmanuel DUPARCQ à Kandahar Agence France-Presse

« D’ici un mois peut-être, nous ne pourrons plus rien pour nos patients COVID-19 ni pour nos équipes », alarme Freba Azizi, médecin à l’hôpital afghano-nippon de Kaboul, le seul établissement de la ville doté d’une réanimation COVID-19 et d’autres services de pointe.  

« Il y aura des morts tous les jours », avertit le Dr Azizi, également responsable de la gestion des subventions pour l’établissement.  

Ce jour-là, il y en a déjà eu un dans le service. Un homme de 32 ans arrivé avec une pneumonie carabinée et qui n’a pas pu être sauvé, malgré les 13 minutes de massage cardiaque pratiqué par le docteur Noorali Nazarzai.  

Comme tous les autres collègues du service, l’urgentiste travaille bénévolement depuis trois mois.  

Sinistrée par des décennies de guerre, l’économie afghane est en partie à l’arrêt depuis que les talibans ont repris le pouvoir à la mi-août, en raison du gel de l’aide internationale et des avoirs afghans détenus à l’étranger, notamment à Washington.  

Or, sans les financements internationaux, de nombreuses ONG, sur lesquelles reposait largement le système de santé jusque-là, sont à court d’argent ou ont dû cesser leurs opérations.

« C’est cela qui paralyse le système de santé », a indiqué à l’AFP Alexander Matheou, directeur Asie-Pacifique de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

En raison du manque de liquidité, la Croix-Rouge internationale estime que plus de 2000 structures de santé ont fermé et quelque 23 000 travailleurs de santé, dont 7000 femmes, ne reçoivent plus de salaire ou ont dû s’arrêter de travailler, estime l’organisation internationale.

« Manque de tout » -

Dans cette apnée financière généralisée, l’ensemble des structures de santé du pays fonctionne désormais en mode dégradé.  

À l’hôpital de Kandahar, au sud du pays, les médecins sont en plein cauchemar : avec l’arrêt des combats, l’afflux de patients a doublé et le tableau de service du personnel s’est vidé.  

« On manque de tout. Il nous faudrait le double de matériel et de personnel », constate Mohammad Sidiq, chef de l’unité pédiatrique de l’hôpital Mirwais de Kandahar.

L’hôpital emploie désormais seulement 10 infirmiers et infirmières, le tiers de l’effectif habituel, chacun payé environ 130 euros par mois.  

Dans des chambres surpeuplées, les petits patients dans un état parfois critique partagent à plusieurs le même lit.

Parmi eux, un bébé de 11 mois qui ne pèse que 5,5 kg, la moitié du poids qu’il aurait dû atteindre. Plus loin, un enfant de cinq ans gît sur un lit. Arrivé avec une pneumonie et dans un état de dénutrition avancé, il a été placé sous perfusion.  

« Je n’ai pas pu l’amener à l’hôpital avant parce qu’il y avait des combats », explique sa mère.  

Dans le nord du pays, l’avancée des talibans et l’intensité des combats a enclavé la population pendant des mois. Dans la ville de Balkh, le docteur Muzhgan Saidzada explique au téléphone à l’AFP que « les routes sont restées fermées à cause de la guerre et les gens ne pouvaient pas accéder à a hôpital ».

« Mais maintenant les patients sont bien plus nombreux qu’avant », témoigne le médecin de 28 ans de l’hôpital Abo Ali Sina.

1 % de la population vaccinée

Près de 18 millions d’Afghans - soit la moitié de la population-est dépendant de l’aide humanitaire et un tiers de la population est menacée par la famine selon les dernières estimations de l’ONU.

Lors d’une réunion d’urgence sous l’égide de l’ONU à Genève en septembre, la communauté internationale a promis le déblocage d’une aide pour l’Afghanistan d’un montant de 1,2 milliard de dollars (1 milliard d’euros).  

Des premiers avions chargés de cartons d’aide d’urgence envoyés par l’UNICEF, l’ONG Save The Children  ont atterri la semaine dernière sur le tarmac de l’aéroport de Kaboul.  

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a acheminé à elle seule 85 tonnes de matériel : des kits de protection contre la COVID-19, des trousses de premiers soins, des antibiotiques et des solutés de réhydratation pour les enfants en dénutrition.  

Et alors qu’aucune donnée fiable n’existe sur l’étendue de la pandémie de COVID-19 dans le pays, à Kaboul, le Dr Azizi estime que le pays se trouve désormais au milieu d’une « troisième vague » épidémique et s’attend à une quatrième dès octobre.

Selon les données officielles compilées par l’AFP, 155 000 cas ont été recensés en Afghanistan, dont environ 7200 décès, depuis le début de l’épidémie.  

La vaccination est balbutiante, avec seulement 430 0000 personnes vaccinées, soit 1 % de la population afghane, selon le décompte de l’université John Hopkins à Baltimore.