(Téhéran) En dépit des postures tranchées mardi à l’Assemblée générale de l’ONU, les États-Unis et l’Iran devraient arriver à un compromis pour ressusciter l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, moribond depuis le retrait américain en 2018, estiment des experts.

Ahmad PARHIZI Agence France-Presse

« Les pourparlers de Vienne vont sûrement recommencer et se concrétiser, car les deux parties sont arrivées à la conclusion que la voie actuelle ne peut être poursuivie », a affirmé à l’AFP Mehdi Rahmanian, directeur de publication du journal réformateur Shargh.

Il en veut pour preuve l’absence de critiques des ultraconservateurs sur l’accord conclu le 12 septembre par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur la surveillance du programme nucléaire iranien, alors qu’ils étaient prompts à décocher leurs flèches contre tout compromis avec l’Occident lorsque c’était l’ancien président, le modéré Hassan Rohani, qui négociait.

Au cours de la visite à Téhéran du chef de l’AIEA, Rafael Grossi, les deux parties avaient annoncé que les inspecteurs de l’agence allaient « être autorisés à intervenir pour entretenir l’équipement et remplacer les disques durs » des caméras placées par l’agence onusienne dans les installations iraniennes.

Si le nouveau président iranien, l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, a exigé mardi comme préalable la levée « de toutes les sanctions », et si le président américain, Joe Biden, a assuré qu’il ferait tout pour empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires, aucun des deux n’a cherché la rupture.

Ainsi, quelques heures avant le discours de M. Raïssi, le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré à New York que les pourparlers sur le nucléaire iranien devraient reprendre « dans les prochaines semaines », sans donner de date précise.

Il a confirmé mercredi au chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, à New York, que la reprise des négociations aurait lieu « à une date proche ».

« Besoin d’un compromis »

Entamées en avril à Vienne, les négociations entre l’Iran et les cinq autres États encore parties à l’accord de 2015 (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) en vue de faire revenir les États-Unis dans l’accord sont au point mort depuis juin, après la victoire de M. Raïssi à la présidentielle iranienne.

« Les évolutions régionales, y compris le retrait américain d’Afghanistan doivent également être prises en compte », explique à l’AFP l’analyste Saïd Laylaz, ajoutant que « du point de vue géopolitique, l’Iran et les États-Unis ont aujourd’hui besoin d’un compromis ».

Mais chacun veut pousser son adversaire à faire premier pas. Le journal réformateur Shargh illustre à la « une » ce duel new-yorkais par deux photos : celle de Joe Biden déclarant « nous sommes prêts à revenir à l’accord si Téhéran fait de même », à côté de celle du président iranien lui répondant indirectement « nous n’avons pas de confiance dans les promesses américaines ».

Conclu en 2015, l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien offrait à Téhéran un allègement des sanctions occidentales et onusiennes en échange de son engagement à ne jamais se doter de l’arme atomique, et d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous strict contrôle de l’ONU.  

Mais après le retrait unilatéral des Américains en 2018 sous la présidence de Donald Trump, l’Iran a progressivement abandonné la plupart de ses engagements.

En bon négociateur, l’Iran veut montrer qu’il n’est pas pressé de négocier et avance des conditions.

« Au cours des derniers mois, après avoir réduit nos engagements en riposte au retrait américain, les Occidentaux ont insisté sur notre retour aux pourparlers de Vienne, afin qu’ils reviennent ensuite dans l’accord. Nous avons refusé leur proposition », indique à l’AFP Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du quotidien ultraconservateur.

Selon M. Shariatmadari, le président iranien a rappelé que « notre priorité n’est pas l’accord, contrairement aux souhaits des Américains et des Occidentaux », expliquant que la situation avait tourné en faveur de l’Iran qualifiant d’échec la politique américaine de « pression maximale ».

M. Laylaz rappelle lui que le dernier mot revient au guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et il note que « ce dernier ne s’est jamais opposé aux négociations ».