(Rome) La vidéo montre les étagères vidées de leurs livres, des serrures de portes fracassées et des photos endommagées. Quatre ans après l’attentat suicide des talibans dans lequel est morte Najiba Bahar, le groupe a saccagé la bibliothèque qui portait son nom.  

Alice RITCHIE Agence France-Presse

« La bibliothèque et le laboratoire informatique sont partiellement détruits », témoigne le fiancé de Najiba, Ghulam Hussain Rezai, qui a aidé à mettre en place la Fondation Najiba avec sa famille et ses amis, avant d’être évacué par l’armée italienne après la prise de Kaboul par les talibans.

Ces dernières années, la bibliothèque et le laboratoire informatique de la Fondation Najiba avaient permis à des filles et des garçons de la province afghane reculée de Daykundi d’accéder à l’éducation et avaient même accueilli une équipe féminine de volley-ball.

Mais le bâtiment, situé dans la ville de Nili, a été pillé lors du passage des talibans le mois dernier, selon des vidéos et des photos consultées par l’AFP.

« Je suis dévasté », explique Ghulam Hussain Rezai dans les jardins d’un hôtel près de Rome où il est en quarantaine à cause du coronavirus.

Le personnel de la fondation, sa famille et ses amis ont échappé aux talibans, mais « ils vivent cachés, je suis inquiet pour leur sécurité ».  

Najiba et lui étaient en train de préparer leur mariage lorsque, le 24 juillet 2017, un attentat à la voiture piégée revendiqué par les talibans a frappé un bus la transportant avec d’autres employés du gouvernement à Kaboul.

La jeune femme de 27 ans figurait parmi les 26 personnes tuées. Elle fut identifiée grâce à sa bague de fiançailles.

De belles vies perdues

Najiba, qui avait grandi dans un village de Daykundi, a ouvert la voie à l’éducation des filles en obtenant des bourses pour étudier l’informatique d’abord en Inde puis au Japon, où elle a obtenu son master en 2016.  

Créer la fondation « m’a aidé dans mon traumatisme, car j’ai fait quelque chose pour elle », poursuit M. Rezai.  

Ils ont commencé par l’idée d’une bibliothèque, qui s’est vite retrouvée avec environ 12 000 livres, mais aussi d’un laboratoire informatique, reflet de la passion de Najiba, et pour aider les jeunes dans une région où l’accès à l’internet est limité.  

Selon M. Rezai, le centre est devenu la cible des talibans parce que le groupe islamiste est « opposé à l’éducation des filles, et ce centre était à la fois pour les filles et les garçons ».

L’objectif de la fondation était de répondre au terrorisme par l’éducation, l’ouverture d’esprit et la tolérance et de commémorer toutes les victimes, pas seulement Najiba.

« Tout le monde a perdu quelqu’un en Afghanistan. La tragédie est devenue normale. Je voulais ça (la fondation, NDLR) pour montrer que ce n’est pas normal », raisonne Ghulam Hussain Rezai.

Tout laisser

Il aimerait que la fondation continue « si la situation ne présente aucun risque pour le personnel » en Afghanistan.  

Mais pour l’instant, il est confronté à un avenir incertain après avoir fui Kaboul grâce à un ami italien.  

L’Italie, membre de l’OTAN, était un acteur clé de l’opération militaire internationale en Afghanistan, qui s’est terminée le mois dernier par la reprise du pays par les talibans.

Rome a évacué près de 5000 Afghans avant le retrait des Américains.

M. Rezai a pu fuir avec sa sœur de 21 ans, mais a laissé tous les autres derrière lui, y compris les deux neveux de 16 et 21 ans dont il avait la charge. Ils étaient censés voyager avec lui, mais ont été séparés dans la foule de l’aéroport de Kaboul.

Pendant plusieurs heures angoissantes, il n’a pas su s’ils avaient survécu à l’attentat du 26 août perpétré par le groupe djihadiste État islamique au Khorasan (EI-K).  

Il a finalement réussi à joindre sa mère. « Dieu merci, ils sont en sécurité à la maison ».