(Genève) Les droits des femmes afghanes sont une « ligne rouge » que les talibans ne doivent pas franchir, a averti mardi l’ONU, dont le Conseil des droits de l’homme a adopté une résolution sur l’Afghanistan jugée insuffisante par les ONG et certains pays.

Agnès PéDRéRO Agence France-Presse

La résolution souligne la « nécessité d’enquêter rapidement et de manière transparente » sur toutes les allégations de violations des droits humains et du droit international humanitaire « commises par les différentes parties au conflit, et d’amener les responsables à rendre compte de leurs actes ».

Mais le texte, adopté par consensus à l’issue d’une réunion extraordinaire du Conseil des droits de l’homme (CDH) sur l’Afghanistan, ne prévoit pas de mécanisme international d’investigation, comme le réclamaient les ONG et certains pays, dont l’UE, et se contente de demander à la Haute-Commissaire Michelle Bachelet de présenter un rapport écrit au premier trimestre 2022.

L’UE, par la voix de l’ambassadrice autrichienne Elisabeth Tichy-Fisslberger, a regretté que la résolution « ne soit pas à la hauteur des ambitions que la situation en Afghanistan exige », déplorant que le texte présenté par l’Organisation de la coopération islamique (OCI) ne mentionne même pas les talibans et s’abstienne de demander une enquête internationale indépendante.

« Pour les défenseurs afghans des droits humains et les militants des droits des femmes, qui assistent avec horreur à l’effondrement de l’État de droit autour d’eux, (la résolution) est davantage une insulte qu’une réponse », a jugé l’ONG Human Rights Watch.

Pendant les débats, Mme Bachelet a d’ores et déjà appelé les talibans à respecter leurs promesses en matière de respect des droits humains et, en particulier, des droits des femmes : « Il incombe désormais aux talibans de traduire ces engagements en réalités ».

« Une ligne rouge fondamentale sera la façon dont les talibans traitent les femmes et les filles », a-t-elle dit, en insistant sur « l’accès à une éducation secondaire de qualité pour les filles ». Elle a également demandé la mise en place d’un gouvernement « inclusif », avec une représentation significative des femmes.

Pendant les débats, une soixantaine de pays ont présenté une déclaration commune lue par la représentante espagnole auprès des Nations unies, Aurora Diaz-Rato, demandant notamment « l’arrêt immédiat des assassinats ciblés de défenseurs des droits des femmes ».

« Légitimité »

Cette réunion s’est tenue à la demande du Pakistan, en tant que coordinateur de l’OCI sur les droits humains et les questions humanitaires, et de l’Afghanistan, représenté par Nasir Ahmad Andisha, le diplomate que l’ancien gouvernement avait nommé, avec le soutien de près d’une centaine de pays, dont la France et les États-Unis.

Depuis leur prise du pouvoir le 15 août, les talibans tentent de convaincre la population qu’ils ont changé et que leur régime sera moins brutal que le précédent, entre 1996 et 2001.  

Ils avaient alors imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier, et voleurs et meurtriers encouraient de terribles châtiments.

Les talibans affirment aujourd’hui qu’ils respecteront les droits des femmes et qu’elles seront autorisées à recevoir une éducation et à travailler.  

Mais cela n’endigue pas le flot de ceux qui ne croient pas en leurs promesses et veulent à tout prix partir.  

Mme Bachelet, qui début août avait évoqué « des rapports faisant état de violations pouvant être assimilées à des crimes de guerre et à des crimes », a indiqué mardi avoir reçu « des informations crédibles faisant état de graves violations du droit humanitaire international et d’atteintes aux droits humains dans de nombreuses zones » sous contrôle des talibans.

Et de prévenir les talibans : « les violations des droits humains sapent la légitimité de leurs auteurs, à la fois vis-à-vis de la population, mais aussi des institutions régionales et internationales et des autres États ».