(Dubaï) Les États-Unis ont mis en cause mercredi l’Iran dans le « détournement » d’un navire au large des Émirats arabes unis qui s’est terminé sans dommage, six jours après une attaque meurtrière contre un pétrolier dans le Golfe pour laquelle Washington continue de promettre une « riposte coordonnée ».

Agence France-Presse

Les circonstances de ce nouvel incident restent confuses.

Le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price, a confirmé que l’Asphalt Princess avait été dans un premier temps « saisi » par du « personnel » qui a depuis « quitté » ce navire commercial battant pavillon panaméen.

« Nous pensons que ce personnel était iranien, mais nous ne pouvons pas le confirmer formellement à ce stade », a-t-il ajouté devant la presse. La veille, il avait évoqué « un comportement belliqueux très préoccupant de la part de l’Iran » dans les eaux de la région, mais s’était gardé de tirer des conclusions.

Plus tôt mercredi, l’United Kingdom Maritime Trade Operations (UKMTO), qui avait rapporté mardi un « potentiel détournement » à environ 60 milles nautiques (environ 110 km) de l’émirat de Fujairah, membre de la fédération des Émirats arabes unis, avait annoncé que l’incident était « fini ».

Les personnes qui étaient montées à bord ont « quitté le navire », qui est « en sécurité », a assuré cette agence de sécurité de la marine britannique.

Les forces aériennes du sultanat d’Oman survolent les alentours du site de cet « incident de détournement », où des navires de la Marine ont aussi été dépêchés pour « contribuer à la sécurisation des eaux internationales dans la région », selon un communiqué du ministère de la Défense.

« Totalement suspecte »

Depuis février, plusieurs navires liés à l’Iran ou à Israël ont été la cible de sabotages et d’explosions dans le Golfe.

Et une nouvelle fois, les regards occidentaux semblent tournés vers Téhéran.

Le rédacteur en chef du site spécialisé sur l’industrie maritime Lloyd’s List, Richard Meade, a ainsi affirmé au journal anglais The Times que des « forces armées » étaient montées à bord de l’Asphalt Princess et le « dirigeaient vers l’Iran ».

Mardi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh, a affirmé que « la publication d’informations sur des incidents successifs liés à des bateaux dans le Golfe persique et en mer d’Oman » était « totalement suspecte ».

Dans un communiqué sur Twitter, il a mis en garde contre « la création d’une situation faussée à des fins politiques », réaffirmant « la disposition de l’Iran à apporter toute aide en cas d’accidents maritimes » dans la zone.

Israël, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Roumanie ont accusé Téhéran d’avoir mené l’attaque de la semaine dernière sur le Mercer Street, accusations rejetées en bloc par l’Iran.

Cette attaque, qui avait pris pour cible un pétrolier géré par la société d’un milliardaire israélien, Eyal Ofer, a fait deux morts : un Britannique et un Roumain.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken s’est entretenu mercredi avec son homologue britannique Dominic Raab pour évoquer « les efforts en cours pour mettre en place une riposte coordonnée à l’attaque iranienne », selon Washington, qui a affirmé se concerter aussi « très étroitement » avec la Roumanie et le reste de la communauté internationale.

Le département d’État a également apporté son « soutien » à la demande de Londres en faveur d’une réponse du Conseil de sécurité de l’ONU visant l’Iran.

Le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, a lui exhorté les ambassadeurs à Jérusalem à « tenir l’Iran responsable de ses actes », en désignant nommément un Iranien de haut rang responsable, selon lui, de l’attaque du pétrolier et d’autres frappes en mer.

« Saeed Ara Jani est le chef du commandement des drones de l’IRGC », les Gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique, a-t-il déclaré. « C’est l’homme qui est personnellement responsable des attaques terroristes dans le golfe d’Oman », a-t-il accusé.

Ces tensions interviennent alors que le huitième et nouveau président iranien, l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, est entré en fonctions mardi, succédant au modéré Hassan Rouhani. Il devra s’atteler à redresser une économie minée par les sanctions américaines et la crise sanitaire, et relancer les pourparlers pour sauver l’accord international sur le nucléaire.