(Ankara) La Turquie tente d’améliorer ses relations tendues avec les États-Unis en prenant en charge la sécurisation de l’aéroport de Kaboul après le retrait des forces américaines d’Afghanistan, une offre non dénuée de risques selon des experts.

Raziye AKKOC Agence France-Presse

Assurer la protection de l’aéroport est devenu un problème majeur après l’annonce par le président américain Joe Biden du retrait total des troupes américaines d’Afghanistan à partir d’août.

L’aéroport international Hamid Karzai offre un lieu sûr pour le transport des employés des ambassades et l’acheminement de l’aide humanitaire. Sa chute pourrait largement couper l’Afghanistan du reste du monde.

La proposition surprise d’Ankara, actuellement négociée entre la Turquie et les États-Unis, a donné l’occasion au président turc Recep Tayyip Erdogan de nouer des relations avec M. Biden lors de leur première rencontre au sommet de l’OTAN en juin.

Cette offre répond à deux objectifs du chef de l’État turc : resserrer les liens distendus avec les alliés occidentaux et éviter un afflux de réfugiés en maintenant les routes d’aide ouvertes.

Les autorités turques souhaitent mettre en avant les aspects humanitaires plutôt que diplomatiques de la mission.

« Notre objectif est de faire en sorte que l’Afghanistan ne soit pas fermé au monde extérieur », affirme une source diplomatique turque.

Selon les Nations unies, 18 millions de personnes, soit la moitié de la population afghane, ont besoin d’aide tandis que la moitié des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë.

« Regagner les faveurs »

Si Washington considère toujours la Turquie comme un important allié, les relations ont été entravées par des désaccords, notamment à propos de l’acquisition par Ankara d’un système de défense antimissile russe.

Washington a sanctionné Ankara pour cette acquisition en 2020.

Avec cette proposition « Ankara espère regagner les faveurs de Washington après une série de crises diplomatiques », relève l’analyste Salim Cevik dans un article pour le groupe de réflexion allemand SWP.

Une source des services de sécurité à Ankara a précisé que l’aéroport était « opéré par le personnel turc depuis six ans » et que les forces turques pourraient rester sur place en cas d’accord avec les États-Unis et les autres pays.

En contrepartie, Ankara souhaite un soutien financier et logistique de la part des États-Unis.

Selon cette source, une partie des discussions est consacrée aux opérations futures d’un système américain de défense antimissile qui protège actuellement l’aéroport des attaques aériennes.

« Nous voulons continuer notre travail. Nous ne voulons pas d’une mission combattante. Nous l’avons affirmé plusieurs fois », a-t-elle ajouté.

« Nous vous faisons confiance »

Ankara mène aussi des discussions avec les talibans dans l’espoir de trouver un accord qui pourrait empêcher les troupes turques de devenir une cible.

Les talibans ont publiquement qualifié de « répréhensible » l’idée d’une présence militaire turque à Kaboul.  

« Les ambitions turques de rester engagées malgré le retrait américain semblent réelles, mais comportent des risques pour la protection de leurs forces en cas d’escalade de la violence », souligne Magdalena Kirchner, directrice pour ce pays de la fondation allemande Friedrich-Ebert-Stiftung.

Les responsables turcs demeurent cependant optimistes.  

« Dans nos discussions avec les talibans, ils disent : nous vous faisons confiance, nous savons que vous n’avez pas d’agenda caché », a déclaré la source diplomatique turque.  

La Turquie a environ 500 soldats en Afghanistan dans le cadre d’une mission non combattante dirigée par l’OTAN.

« Les Européens sont inquiets »

En 2016, la Turquie a signé un accord avec l’Union européenne pour limiter les flux de migrants vers l’Europe en échange notamment d’une aide financière de six milliards d’euros.

La Turquie voudrait mettre à jour cet accord, face au risque d’un afflux de réfugiés afghans après le départ des troupes américaines.

« Les Européens sont inquiets », a estimé une source diplomatique turque.  

Au total, 201 437 migrants irréguliers afghans ont été arrêtés en Turquie en 2019. Si la pandémie de coronavirus a fait chuter le nombre à 29 000 cette année, leur nombre risque d’augmenter après le retrait des troupes américaines d’Afghanistan.