(Kandahar) Les talibans ont admis jeudi avoir récemment tué un policier afghan, rendu populaire par ses vidéos humoristiques postées sur l’internet, après l’émotion suscitée en Afghanistan par la publication d’images devenues virales le montrant frappé par des insurgés, puis montrant son cadavre.

Agence France-Presse

Dans la province méridionale afghane de Kandahar, berceau du mouvement taliban, où il vivait, Fazal Mohammad était moins connu comme policier que comme comique, sous le nom de « Khasha Zwan », sous lequel il se mettait en scène dans des vidéos sur l’internet.

Ces derniers jours, il est apparu au centre d’une autre vidéo, tragique et devenue virale : on l’y voit à l’arrière de la voiture, mains liées dans le dos, encadré par deux talibans dont l’un lui assène deux fortes claques, alors qu’il semble vouloir tenter de faire rire ses gardiens.

Peu après, a été publiée une autre vidéo montrant un insurgé s’amusant avec un cadavre, décrit comme celui de Mohammad, pendant qu’un autre regarde.

Selon la presse afghane, Mohammad a été extrait de force de chez lui durant l’Aïd el Adha, la grande fête musulmane du sacrifice, par un groupe d’hommes armés.

Après avoir initialement nié avoir joué un rôle dans la mort de Mohammad, les talibans ont admis, après la publication des vidéos, que des combattants du groupe l’avaient tué.

« C’était un policier en activité, responsable de la mort de nombreuses personnes », a déclaré un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, à l’AFP.  

« Ce n’était pas un comédien, il s’est battu contre nous au cours de plusieurs batailles. Il a essayé de s’enfuir, contraignant nos hommes à l’abattre ».

Sailab, un officier de la police de Kandahar affecté avec Mohammad sur un point de contrôle, a affirmé à l’AFP que celui-ci n’avait jamais participé à des combats et était plus connu, parmi ses collègues, pour ses talents de comique que de policier.

« Son fils m’a appelé pour me dire que les talibans étaient venus chez lui et l’avaient emmené », a expliqué Sailab. « Le lendemain, son corps était découvert avec les mains liées dans le dos ».

La vidéo de son arrestation et l’annonce de sa mort ont provoqué l’émotion sur les réseaux sociaux.

« Son meurtre brutal et insensé a choqué les Afghans et leur rappelle combien les talibans sont intolérants », peut-on lire sur Twitter.

Les talibans s’opposent au talent […], ils veulent que l’Afghanistan soit le pays de gens violents qui ne rient jamais.

Un Afghan, s'exprimant sur Twitter

Les talibans sont accusés d’être derrière une vague d’assassinats ciblés, ces derniers mois, de fonctionnaires, journalistes, juges ou militants d’ONG notamment.

À la faveur du début du retrait définitif — désormais quasi achevé — des forces internationales du pays, les insurgés ont lancé début mai une offensive tous azimuts contre les forces afghanes et se sont emparés de vastes zones rurales du pays, où ils sont accusés de nombreuses exactions, qu’ils démentent.