(Kunduz) Les talibans ont encerclé lundi la ville-clé de Kunduz, dans le nord-est de l’Afghanistan, accentuant leur pression sur les forces gouvernementales contraintes d’abandonner plusieurs districts, selon des sources locales.

Agence France-Presse

« La situation est inquiétante dans Kunduz. Les combattants talibans sont aux portes de la ville et ils affrontent l’armée », a indiqué à l’AFP Amruddin Wali, membre du conseil provincial.

« Ce matin les talibans ont pris le contrôle du pont d’Achin (au nord de la ville, NDLR) et bloquent les accès à Kunduz » depuis la frontière avec le Tadjikistan, au nord et sur l’axe principal menant à Kaboul, vers le sud, a poursuivi M. Wali.

« Les forces afghanes se sont retirées. Les talibans ont pris position sur la route principale et ne laissent passer que les civils », a-t-il ajouté.

Ces informations ont été confirmées au correspondant de l’AFP sur place par une source sécuritaire refusant d’être nommée.  

Selon cette source, les forces de sécurité afghanes ont perdu trois districts dont elles se sont retirées « après une semaine de combats intenses ».  

« Si les forces afghanes ne reçoivent pas de soutien aérien, ce sera une catastrophe », prévient ce responsable.

Selon leur porte-parole Zabihullah Mujahid, joint par l’AFP, les insurgés « mènent des opérations autour de Kunduz, mais n’ont pas lancé d’offensive contre la ville ».

Kunduz est par deux fois tombée aux mains des insurgés, en 2015 et 2016, avant d’être reprise.

Le porte-parole de la police de Kunduz Inamuddin Rahmani a fait part aux médias locaux de « 50 talibans tués et 30 blessés au cours des dernières 24 heures ».

Mais selon lui, « les forces de sécurité sont à leur poste ».

Les talibans multiplient leurs offensives sur le terrain depuis le début du retrait des forces américaines début mai, prévu pour s’achever au plus tard le 11 septembre.

L’armée afghane est assaillie de toutes parts, en particulier dans les provinces du nord – Kunduz, Baghlan, Badakhshan, Faryab, Maimana – et perd du terrain à un rythme alarmant.

Elle a récemment subi de lourdes pertes, y compris dans les rangs de ses forces d’élite qui ont enregistré la semaine dernière au moins 20 morts à Faryab, ou a été contrainte d’abandonner des avant-postes assiégés dans des zones reculées.

Selon les termes de l’accord signé avec les insurgés en février 2020 à Doha, les Américains qui sont en train de se retirer d’Afghanistan ne recourront à la force aérienne que si les insurgés menacent les villes principales.

Les talibans sont aujourd’hui présents dans presque toutes les provinces afghanes et encerclent plusieurs grandes villes, comme ils l’avaient fait dans les années 1990 pour s’emparer de la quasi-totalité du pays et installer un régime islamique autoritaire, chassé par l’intervention américaine en 2001.

Le sud est déjà largement sous contrôle taliban à l’exception des grandes villes.

Un responsable taliban a réaffirmé dimanche la volonté d’instaurer « un authentique régime islamique par la négociation », mais les pourparlers interafghans entamés en septembre dernier à Doha avec le gouvernement sont au point mort.