Pour la première fois depuis longtemps, Benyamin Nétanyahou n’est plus le visage du gouvernement israélien. Grâce à une courte victoire au Parlement, une nouvelle coalition a montré la porte au controversé politicien, qui promet cependant de revenir « bientôt ». Le nouveau premier ministre, issu de la droite radicale, aura fort à faire de son côté pour maintenir la coalition qui représente des élus de la gauche, du centre et de la droite, d’autant plus que les défis sont nombreux en Israël.

Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Une courte victoire pour écarter « Bibi »

À l’assemblée parlementaire, la Knesset, une coalition hétéroclite a convenu de désigner Naftali Bennett, 49 ans, comme premier ministre en remplacement de Benyamin Nétanyahou. Le chef du parti Yamina, identifié à la droite radicale, dirigera le pays pendant deux ans avant de céder sa place à l’ancien chef de l’opposition, le centriste Yaïr Lapid, qui sera premier ministre jusqu’en 2025, si la coalition n’est pas renversée d’ici là. Le vote qui a permis d’écarter « Bibi » a néanmoins été très serré puisque 60 députés ont voté en faveur de la « coalition du changement » alors que 59 ont voté contre. Plusieurs experts s’attendent d’ailleurs à ce que cette coalition éclate avant la fin de son mandat, d’autant plus que Nétanyahou demeurera chef de l’opposition.

« Ce dangereux gouvernement de gauche »

PHOTO RONEN ZVULUN, REUTERS

Photo réunissant des ministres du nouveau gouvernement israélien. Le premier ministre, Naftali Bennett (première rangée, à gauche), dirigera le pays pendant deux ans avant de céder sa place à Yaïr Lapid (première rangée, à droite).

Peu de temps après le vote de la Knesset, Benyamin Nétanyahou a indiqué par communiqué qu’il était déterminé « à faire tomber ce gouvernement de gauche, ce gouvernement de l’arnaque qui tombera vite ». Selon l’ancien premier ministre, qui a dirigé le pays entre 1996 et 1999, puis de 2009 à 2021, la seule chose qui unit les membres de la coalition, « c’est la haine, le rejet et la soif du pouvoir ». Or, ce qui ressort du vote de la Knesset, selon Yuriel Abulof, professeur de sciences politiques à l’Université de Tel-Aviv, c’est d’abord la volonté d’écarter Nétanyahou du pouvoir. « Ce sont des gens qui ont peu de choses en commun qui ont quand même décidé de dire non à “Bibi”. » Amer, le politicien qui fait face à des accusations de corruption, de malversations et d’abus de pouvoir dit avoir été trahi par des chefs de parti qui avaient l’habitude de l’appuyer.

Un premier test ce mardi

PHOTO AHMAD GHARABLI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Dôme du Rocher situé sur l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem-Est

Le nouveau gouvernement sera mis à l’épreuve ce mardi alors qu’une marche controversée organisée par l’extrême droite est prévue à Jérusalem-Est, un secteur palestinien. Le Hamas a d’ailleurs promis des représailles si les manifestants s’approchaient de l’esplanade des Mosquées, théâtre en mai dernier de violentes manifestations contre la colonisation qui ont provoqué un conflit de 11 jours entre le Hamas et Israël. Or, la question palestinienne demeure explosive pour M. Bennett et son gouvernement, qui voudront mettre de l’avant des enjeux plus rassembleurs au sein de la population. « Cette marche, c’est un défi remarquablement difficile d’entrée de jeu », note Yuriel Abulof.

Adopter un budget

Selon M. Abulof, qui est présentement professeur invité à l’Université Cornell, l’un des premiers défis sera d’adopter un budget. Or, aucun accord n’a pu être conclu au cours des deux dernières années pour adopter un budget, une étape essentielle pour un gouvernement qui veut faire de la relance économique sa priorité. Le défi sera de taille pour une coalition de huit partis aussi divisés sur le plan idéologique avec deux formations de gauche, deux du centre, trois de droite et un parti arabe. « Ils se sont mis d’accord pour expulser Nétanyahou. Ça ne veut pas dire qu’ils vont s’entendre sur tout. Mais je crois qu’ils ont quand même appris à travailler ensemble depuis deux ans. Ils ont beaucoup à perdre, si ça ne marche pas. » L’autre défi sera de faire face à l’ancien premier ministre qui ne ménagera aucun effort pour faire tomber le nouveau gouvernement.

Un nouvel espoir

PHOTO CORINNA KERN, REUTERS

Des Israéliens célèbrent la fin du règne de Benyamin Nétanyahou sur la place Rabin à Tel-Aviv, dimanche.

De nombreux Israéliens ont accueilli avec joie la fin du règne de Benyamin Nétanyahou, perçu comme un politicien polarisant qui exploite les tensions pour demeurer au pouvoir. C’est le cas notamment de Shirley Le Penne, une Française d’origine juive qui termine un doctorat en théorie politique à l’Université Cornell. « C’est un grand soulagement de dire que la période Nétanyahou est enfin terminée. Ça apporte beaucoup d’espoir, affirme la jeune femme, qui a vécu en Israël entre 2009 et 2019. J’ai des amis à Tel-Aviv qui n’auraient jamais voté pour Naftali Bennett, mais qui se disent néanmoins soulagés. Pour beaucoup de gens, c’était tout sauf Nétanyahou ! » Plusieurs entretiennent maintenant l’espoir d’une véritable cohésion sociale au pays. « C’est une coalition qui apporte beaucoup de nouveauté, ajoute Mme Le Penne. Neuf femmes ont été nommées au cabinet ! »

Avec l’Agence France-Presse et l'Associated Press